« Vis ma vie. » C’est le nom d’une vieille émission de TF1, et c’est aussi ce qu’aurait pu lancer Éric Zemmour, hier, à François Hollande : l’ancien Président, tel un vulgaire « facho », a été interdit de conférence à l’ de Lille-2. Un groupuscule d’ a forcé l’entrée, il a dû être exflitré et ses livres ont été jetés à terre, aspergés de café et déchiquetés. Une humiliation… ou une consécration : l’espace d’un instant, François Hollande, oubliant qu’il dédicaçait il y a peu dans les halls de supermarché, coincé entre le pressing et le cordonnier – ou chantonnait aux Francofolies -, a fait figure de grand dissident ayant commis un brûlot subversif et pu goûter, l’espace de quelques heures, à L’Archipel du Goulag. Car si le mur de Berlin s’est effondré, nous autres avons gardé dans nos universités une relique bolchevique, le mur des crétins, dont les Vopos, mélange d’ encapuchonnés comme des capucins et d’altermondialistes à piercing et dreadlocks comme des punks à chien, gardent jalousement les entrées. On a les « bêtes immondes » que l’on mérite : avec François Hollande, ils sont tombés bien bas. Gageons que Monsieur petite blagues lui-même a dû goûter le comique de la situation.

Toute la classe politique s’indigne, le président de l’université présente « ses excuses » et « ses regrets »… comme s’ils découvraient. Il est vrai qu’auparavant, ils s’en battaient l’œil puisque, vues de leur fenêtre, les victimes étaient de « vrais » fachos, vous comprenez ? Il y a quelques semaines, c’est la conférence de Sylviane Agacinski qui a été annulée à l’université Montaigne de suite à des menaces.

Il y a quelques mois, c’est Alain Finkielkraut qui faisait l’objet d’une chasse à l’homme dans les rues de Paris avant de rentrer enfin à Sciences Po sous escorte policière. Et tant d’autres avant eux, moins connus ou plus sulfureux.

Les censeurs se déplacent en meute à chaque intervenant étiqueté par leurs soins « extrême droite » (l’acception est large… même les très doux réseaux cathos sont réputés fachos). Pour François Hollande, c’était simplement « assassin ». L’épuration s’étend comme tâche d’huile : « Tu seras le prochain ! » criait Danton, sur l’échafaud, à Robespierre. Et l’université, sanctuaire inaccessible pour les forces de l’ordre, de berceau de la disputatio est devenu son tombeau. On y déchire les livres (sans se soucier des conséquences pour les libraires organisateurs qui n’ont pas les épaules d’Amazon, mais l’extrême altermondialiste n’est pas à un paradoxe près) et on y interdit les débats.

Personne ne semble voir que leurs slogans, leurs tags sur les murs, leurs insultes, leur accoutrement, leur graphisme et surtout leurs méthodes de censure et de dénonciation sont les mêmes que ceux des Black Blocs dans les rues de Paris, que ceux des Sleeping Giants sur Internet. Ce simple constat, s’il était un peu analysé, permettrait pourtant de dessiner les contours d’un réseau dont les liens – qu’il soient fils ténus ou solides cordes bien serrées – s’étendent, on le voit à la complaisance (active ou passive) des uns et des autres, dans des syndicats étudiants subventionnés comme l’UNEF, bien sûr, mais aussi dans certains partis comme le NPA ou LFI et jusque dans les salles de rédaction. La botte en touche « déontologique » d’Abel Mestre sur Twitter est un morceau d’anthologie : « Sur ce qu’il s’est passé à #Lille2. Il n’appartient pas aux journalistes de dire ce qu’iels (sic) pensent du mode d’action des étudiants. Ce n’est pas notre rôle […] »

Mais on préfère détourner la tête, faire semblant de continuer à s’indigner… et organiser, comme il y a quelques mois, une commission d’enquête parlementaire sur les violences d’extrême droite. Comme il se doit.

13 novembre 2019

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