Dans Le Monde, on compare des séances chamaniques à… un pèlerinage à Lourdes

Provoquant des visions hallucinogènes, l’ayahuasca est à l'opposé de l'innocuité de l'eau de Massabielle.
By Anthony Baratier - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=158646013
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Les années soixante et soixante-dix ont connu l’appétence de l’Occident pour un bouddhisme fantasmé et édulcoré faisant office de religion de substitution. Depuis les années 2000, une autre génération tourne sa soif de spirituel vers les expériences chamaniques d’Amérique latine. Le but : se reconnecter aux divinités de la nature grâce à une boisson magique à base d’une liane, l’ayahuasca. Anthropologue interviewé par Le Monde, David Dupuis n’hésite pas à faire un parallèle audacieux : « Les personnes qui viennent au Pérou "rencontrer l’ayahuasca" sont des pèlerins, au même titre que des chrétiens se rendant à Lourdes. »

Au Pérou, pour 1.200 euros, vous pratiquerez une « diète », avec plante purgative, session d’ayahuasca suivie d’une « retraite/diète en isolement en forêt de huit jours avec ingestion de plantes maîtresses ». Cette diète sera coupée d’une « prise de jus de tabac » – bon appétit, bien sûr ! Nous sommes là en plein dans le « tourisme "chamanique" » dont parle l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, un tourisme qui promet « développement de soi, communication avec la nature, thérapeutique… », non sans risque : « Les individus tentant l’aventure étant exposés à des pratiques pouvant conduire à des intoxications éventuellement fatales. »

Derrière le rêve, vomissement et cauchemars

Nous voilà loin de l'innocuité de l'eau de la source de Massabielle... La drogue péruvienne, elle, vous tord les boyaux et la conscience. « Après une période de vertiges, de nausées, de nervosité, de transpiration et de manifestations digestives parfois violentes, l'ingestion d'ayahuasca entraîne des hallucinations sensorielles diverses suivies d'une période de lassitude », décrivent les auteurs de l'étude « Ayahuasca : liane de l'âme, chamanes et soumission chimique ». Dans l'émission Ça commence aujourd'hui, une jeune femme en souffrance, qui a fait une « retraite » en Espagne où elle a bu force ayahuasca, témoigne de l’effet de la boisson : « Une grande terreur me prend. Je me retrouve face à un monstre. Tout est rouge autour de moi – et j’ai la sensation d’être en enfer. »

Le chaman, présent lors d’une initiation, explique les visions qui se produisent. Cette explication risque fort d'être fantaisiste et cela peut « avoir des conséquences désastreuses sur la santé mentale de certaines personnes », note Aude Le Floch, une pharmacienne qui a consacré sa thèse au breuvage. Que l’utilisation d’ayahuasca puisse être « un important facteur de déstructuration psychologique » est confirmé par le témoignage de cette jeune femme : succèdent quelques mois d’euphorie puis la croyance qu’a la jeune femme d’être la réincarnation de la Vierge Marie, puis… de l’Antéchrist – de longs mois après sa prise de drogue.

Soumission chimique et emprise sectaire

Cette femme répond parfaitement à la description des « pèlerins de l’ayahuasca » tels que les décrit David Dupuis dans Le Monde, « marqués par des événements difficiles (deuil, dépression, maladie, addiction…) et une tentative infructueuse de mobiliser des thérapies classiques, comme la médecine ou la psychothérapie ». Des gens affaiblis dont il est facile d'abuser... L’ayahuasca « autorise également une forme de soumission chimique des adeptes par les responsables des sectes », écrit encore l’étude parue dans les Annales de Toxicologie analytique, pour ne pas parler de diverses affaires de viols survenus lors de séances hallucinatoires. Rapportant un cas de ce genre, une autre étude écrit que l'utilisation d'ayahuasca « en dehors du cadre traditionnel du shamanisme, trouve depuis plusieurs années un regain d'intérêt autour des mouvements de type développement spirituel et de néoshamanisme, avec tous les risques possibles de dérives et de manipulation en raison du fort potentiel psychotrope de l’ayahuasca ».

Quoi de commun avec le fait d’aller à Lourdes prier pour une guérison ou tout simplement se recueillir sans rien demander de plus ? Mais l’anthropologue du Monde tient à son parallèle. Des expériences comme celles de l’ayahuasca « sont façonnées par nos cadres culturels – par exemple, un catholique sera disposé à avoir des visions de la Vierge ». Comme si ces visions étaient chose commune ! David Dupuis connaît bien l’ayahuasca, il l’a expérimenté et en minimise fortement, sinon totalement, les effets néfastes. Il lui reste à aller à Lourdes pour mesurer ce qui l’en sépare. Le risque étant qu’il nous explique Bernadette Soubirous par des hallucinations à base d’ayahuasca… pyrénéen.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

21 commentaires

  1. Comme d’habitude à part la date dans le canard le monde rien de sérieux je me demande comment le patron du canard peut accepter que des journaleux écrivent de telles conneries

  2. Triste description de cette substance qui peut apporter tant de bien être et ouvrir un autre regard vers d’autres dimensions de ce monde. Dommage de se baser sur des rapports du « Monde » que j’exècre pour son impartialité . Cette plante est médicinale si elle est bien employée, plante des chamans pour communiquer avec d’autres valeurs que les nôtres. Monsieur Samuel Martin qui avez écrit cet article, l’avez vous testée pour pouvoir en parler avec autant de certitudes? c’est une plante médicinale, si elle est bien employée. Votre comparaison avec Lourde est lamentable. Article décevant venant de la part de Boulevard Voltaire. Aucune information valable

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