Agriculture - Editoriaux - Environnement - Société - 19 novembre 2019

La comédie urbaine… ça suffit !

Modes de vie, savoir-faire, us et coutumes… laissons vivre le monde rural !

Précaution et vigilance sont devenus maîtres mots pour les défenseurs de la République. Tout citoyen responsable doit dénoncer les attitudes suspectes, les propos nauséabonds, les publications équivoques et les traditions d’un autre âge que pourraient véhiculer un voisin passionné, un ami bavard ou un « follower » trop expressif. La nouvelle religion, c’est « Surveillez-vous les uns les autres comme je vous surveille ». Voilà le prix de la liberté et de la démocratie sous Macron Ier. Les vocations ne manquent pas et les coupables sont légion.

Alors, on choque, on déforme et on dénonce. À l’aube de 2020, les réseaux sociaux se révèlent être de redoutables instruments pour tous les délateurs en peau de lapin. Malheur à ceux qui ne les ont pas investis et n’ont pas su s’en rendre maîtres. Car selon que vous serez connectés ou pas, vous serez accusateurs ou accusés, selon que vous serez issus de la société citadine ou bien des confins de la province, vous serez puissants ou misérables, selon que vous serez relayés médiatiquement ou oubliés cathodiquement, vous serez adulés ou vous serez accablés.

Ainsi en est-il des populations aux modes de vie proches de la nature, bercées par les saisons et les coutumes locales, dépositaires de façons agricoles, d’habitudes culinaires, d’arts cynégétiques ou d’autres traditions séculaires. Celles-là sont systématiquement caricaturées et automatiquement condamnées par une poignée d’activistes, détenteurs de la science infuse relative à la défense de l’environnement, du bien-être animal ou du bien-vivre ensemble. Toujours abondamment relayés par quelques complices cultivant d’incestueuses connivences politico-médiatiques, ils se font fort de toucher la sensibilité et la fibre émotionnelle d’un public non averti. Et la rumeur enfle.

Depuis quelques années, le monde rural paie un lourd tribut à cette frénésie médiatique compulsive. Qu’il s’agisse des céréaliers, victimes expiatoires des pathologies cancérigènes et autres maladies du vieillissement, qu’il s’agisse des éleveurs accusés de maltraitances envers les animaux qui partagent leur existence, qu’il s’agisse des chasseurs à tir, incriminés de tous les dangers et de tous les abus, ou qu’il s’agisse des amateurs de vénerie, désignés comme la prochaine cible à abattre en raison de la « cruauté » de leur discipline, tous gagnent à être mieux connus. Plus on les connaît, plus on les aime et plus on les envie. Ils sont désormais condamnés à investir les supports médiatiques modernes afin de faire connaître la réalité de leur métiers et de leurs passions.

Plus qu’une liste de corporations à défendre ou de recettes à préserver, c’est un mode de vie qu’il s’agit de sauver et de promouvoir. Car ces traditions et ces savoir-faire reçus des générations précédentes, ce monde si mal connu et pourtant si indispensable, c’est le quotidien de villages entiers, des vallées et des forêts de notre pays. Cette proximité avec la nature que partage le monde rural, cette harmonie avec les saisons qui donnent à l’homme toute sa place dans la création, voilà l’écologie intégrale et équilibrée à laquelle nous devrions tous aspirer et qui devrait rythmer notre existence. « Totale, radicale et cohérente, elle devrait préserver non seulement les anémones, mais aussi les cultures, les langues, les arts, les comportements, et aussi la singularité des peuples », a pu écrire le globe-trotteur Sylvain Tesson.

Avoir la nostalgie de cet équilibre originel et ce sentiment d’appartenance à un tel patrimoine, bénéficier du droit d’en perpétuer l’authenticité, ressentir la responsabilité du dépôt de cet héritage exceptionnel et du devoir que nous avons de le transmettre aux générations futures afin qu’il le perpétue, telle devrait être la préoccupation principale vers laquelle tout notre être devrait tendre en dépit des contradictions.

Cet attachement est charnel et ce ne sont pas quelques idéologues parisiens déconnectés de la réalité qui doivent en décider.

Fi de la comédie urbaine !

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