Editoriaux - Politique - Réflexions - 19 novembre 2019

Une astuce des dirigeants politiques : en prévision de situations inextricables, écrivez deux lettres…

Partout, la situation sociale est explosive ; serait-ce dû à l’effet amplificateur de médias qui ne colportent que les mauvaises nouvelles ou à la médiocrité des dirigeants déconnectés des réalités ? Le point commun des mouvements de contestation est la défaillance de la puissance publique omnipotente, qui n’en finit pas d’enfler pour s’imposer toujours plus dans la vie privée des individus, sans en avoir la légitimité ni la capacité.

Les sommets internationaux se succèdent sans effet, tel le Forum international de Dakar pour la sécurité et la paix en Afrique, qui vient de démontrer, pour sa sixième édition annuelle, sa totale inutilité alors que la situation ne fait qu’empirer. Le Premier ministre français Édouard Philippe y a déclaré, comme par ironie involontaire : « Nous ne sommes pas réunis ici pour effectuer un exercice d’autosatisfaction, mais pour regarder la situation en face. Dans sa nuance et, parfois, dans sa vérité plus cruelle. » Tout en restituant solennellement au président du Sénégal l’épée symbolique du djihad au Sahel d’El Hadj Oumar Tall, fondateur de l’éphémère Empire toucouleur (1848-1893), combattant acharné de la colonisation.

Si la France croit, dans ce geste repentant, obtenir des gages d’apaisement des djihadistes, elle se trompe. S’il s’agit de restituer discrètement le patrimoine culturel africain réclamé à cor et à cri par les pays africains, il faudra des siècles de cadeaux diplomatiques pour en écouler les stocks.

En France, le gouvernement ne fait que constater, impuissant, qu’il n’est en phase avec aucune catégorie de la population. « La société a changé », expliquent, penauds, ceux qui n’ont pas d’élément d’explication ; comme si c’était inéluctable, non modifiable. Il aurait peut-être fallu réfléchir avant de tout casser.

N’est-ce pas, justement, Macron et sa cohorte de jouvenceaux qui ont voulu rompre avec « le vieux monde » ? N’avaient-ils donc pas de projet de substitution avant de semer le chaos socio politique ? À vrai dire, ceux qui n’ont pas fait partie des nombreuses lucioles attirées par la nouveauté juvénile s’en doutaient, mais il a fallu trente-six mois et autant de mouvements sociaux, de plus en plus violents, pour le vérifier. Et le chaos ne fait que commencer, car l’équipe au pouvoir a démontré qu’elle n’a ni compétence ni autorité, l’une ne pouvant même pas compenser l’autre.

C’est qu’en France comme ailleurs, le Theatrum mundi institutionnel fait partie des problèmes, pas des solutions. Or, ceux qui font partie du problème peuvent-ils faire partie de la solution ? Einstein a déjà répondu par la négative. Pourtant, le Premier ministre Édouard Philippe, droit dans son costume de renégat politique, ne trouve rien de mieux à dire qu’il s’agit d’un mouvement international qui dépasse le cadre de la France.

Mais ça n’excuse pas pour autant son impéritie. Et le recours au droit d’inventaire de ce qui n’a pas été fait depuis trente ans ne suffit pas. Avec Macron successeur de Hollande, il applique la fameuse « méthode des deux lettres », mélange de déresponsabilisation et d’improvisation, transmise par l’ancien président de l’URSS Nikita Khrouchtchev à son successeur Léonid Brejnev : « Quand vous serez dans une situation inextricable, ouvrez la première enveloppe, appliquez le conseil et tout va s’arranger. Si la situation redevient impossible à gérer, ouvrez la seconde. » Ayant pris ses fonctions, son successeur fait effectivement face à une crise dont il ne voit pas d’issue. Il ouvre la première lettre et découvre le premier conseil : « Rendez-moi responsable de tout ce qui ne va pas. » Le successeur s’empresse d’exécuter la recommandation et, de fait, la situation semble se calmer. Bientôt, à nouveau submergé par les difficultés, il ouvre la deuxième lettre et lit le conseil : « Écrivez deux lettres. »

Ainsi va la politique, tant que les électeurs le supporteront.

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