Le sort des minorités serbes vivant dans le nord du Kosovo, notamment à Mitrovica, alimente quotidiennement les tensions entre la Serbie et son minuscule voisin. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, des tirs ont été échangés à la frontière serbo-kosovare. En cause, l’instauration par Pristina de nouvelles règles frontalières qui devaient entrer en vigueur lundi 1er août.

Les nouvelles règles prévoient notamment que tout ressortissant serbe entrant au Kosovo dispose d’un document temporaire pendant son séjour dans le pays. Les autorités avaient en outre, donné deux mois aux Serbes du Kosovo pour remplacer les plaques d’immatriculation serbes de leurs véhicules par des plaques de la République du Kosovo. Une situation qui a bien failli dégénérer, au point que les forces de l’OTAN basées à Pristina avertissent par voie de presse leur volonté d’intervenir au cas ou « la stabilité du nord du pays était remise en question ».

État artificiel soumis à l’Albanie, l’existence du Kosovo, pur produit de l’OTAN, dont l'indépendance n’est d’ailleurs pas reconnue par l'Organisation des Nations unies, a été le véritable coup d’arrêt aux ambitions de Belgrade lors de la guerre de 2008 qui fit plus de 10.000 morts. Ce territoire, peuplé en majorité par des Albanais et revendiqué par la Serbie comme berceau historique de sa nation, n’en finit plus de créer des tensions dans les Balkans.

Une situation pas inhabituelle

Pour Nikola Tanasic, journaliste serbe installé à Belgrade, « ce genre d’événement arrive une ou deux fois l’an. La seule nouveauté étant qu’il a profité cette fois d’un emballement médiatique international ». Joint par messagerie, le journaliste a une explication : « L’invasion de l’Ukraine a considérablement isolé la Serbie dont le principal allié reste la Russie. Il est probable que Tirana et Pristina aient voulu tirer profit de cette situation. » Du côté de Moscou, on « accuse l'Union européenne et les États-Unis d'être derrière les tensions en cours entre le Kosovo et la Serbie ». Le ministère des Affaires étrangères russe appelle à cesser sans délai les provocations et à respecter les droits des Serbes au Kosovo.

En effet, en France, des voix comme celle du journaliste Jean-Christophe Buisson, infatigable porte-parole de la cause serbe, ont tiré dimanche soir la sonnette d’alarme : « Cette crise armée intervient alors que les tensions se sont multipliées récemment. Un seul exemple : la croix et le portail de l'église du Saint-Sauveur à Prizren (XIVe siècle) ont été vandalisés, ces derniers jours. Tout est fait pour décourager les Serbes de vivre au Kosovo. »

Nikola Tanasic se veut, de son côté, plus rassurant : « Le gouvernement serbe est tenaillé par sa volonté d’intégrer l’Union européenne et son opinion publique lassée de l’immobilisme devant les multiples provocations albanaises et kosovares, mais personne ici ne souhaite un conflit armé. »

En effet, ce lundi matin, les appels au calme se sont multipliés et la désescalade a commencé aussi vite qu’elle est apparue. Les Serbes n’ont pas franchi la frontière et Pristina a repoussé sine die l’application des nouvelles règles. Il n’empêche, la situation reste extrêmement tendue et la guerre en Ukraine n’arrange rien. Pour l’instant, Belgrade joue l’apaisement, même si, comme dit le proverbe serbe, « le fait que je sois paranoïaque ne veut pas dire que j’ai tort ». Quelques jours auparavant, le secrétaire d’Etat américain était à Pristina pour afficher sa volonté d’intégrer ce territoire dans l’alliance euro-atlantique.

Sans verser dans la paranoïa, il y a de quoi suivre cela avec attention. D’autant qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, l’armée serbe reste sur le qui-vive et les forces spéciales kosovares seraient en approche des enclaves serbes.

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1 août 2022

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