« J’avais averti que s’il sortait, il recommencerait » : la récidive de Kobili Traoré courue d’avance

Pour Me G.-W. Goldnadel, l'irresponsabilité pénale de l'agresseur a toujours été un non-sens qui mènerait au drame.
Sarah Halimi

Déclaré irresponsable pénalement, en 2019, du meurtre de Sarah Halimi, commis deux ans plus tôt, Kobili Traoré a été interpellé et placé en garde à vue, ce 25 février, pour séquestration et vol avec arme, selon une information de TF1-LCI révélée ce jeudi.

Un drame couru d'avance

Le 27 janvier, il s’était introduit, avec deux autres personnes interpellées le même jour, au domicile d’un homme auprès duquel lui et ses complices se fournissaient en stupéfiants. Sur fond de « litiges financiers » opposant l’un d’eux à la victime, les agresseurs l’auraient aspergé de gaz lacrymogène avant de le frapper, de l’attacher à une chaise et de le bâillonner. L’un d’eux lui aurait également infligé des brûlures de cigarette. L’appartement aurait été fouillé et un butin estimé entre 50.000 et 100.000 euros emporté. « Les trois étaient connus pour faire l’objet de soins psychiatriques », relate Le Figaro, de source judiciaire.

Traoré était actuellement hospitalisé en psychiatrie, où il avait intégré un « pavillon de sortie », prévoyant sa sortie définitive, toujours selon Le Figaro, après avoir été placé jusqu’en 2020 en unité pour malades difficiles à la suite du meurtre de la sexagénaire juive qu’il avait défenestrée après l’avoir rouée de coups, en récitant des sourates du Coran et en criant « Allah akbar ». Sous l’empire du cannabis, qu’il consommait en grande quantité depuis l’adolescence, ce musulman d’origine malienne qui fréquentait une mosquée réputée proche de l’islam radical avait été déclaré pénalement irresponsable par la cour d’appel de Paris en 2019, décision confirmée par la Cour de cassation en 2021.

D’après Le Figaro, l’homme, qui bénéficiait de permissions de sortie, était en fuite de l’hôpital psychiatrique au moment des faits qui lui sont reprochés. Des permissions qui ne « datent pas d’hier », rappelle l’avocat de la sœur de Sarah Halimi, Me Goldnadel, lequel dénonce auprès de Boulevard Voltaire « un traitement judiciaire idéologique et inepte depuis le début ».

Pour le pénaliste, le drame était couru d’avance. « Dès cette époque, j’avais averti que s’il sortait, il recommencerait », rappelle-t-il. L’avocat avait en effet dénoncé, comme une grande partie de l’opinion publique, le caractère déresponsabilisant retenu pour la prise de stupéfiants avant le passage à l’acte. « Ces individus peuvent être excentriques, parfois déséquilibrés, et rarement pondérés, y compris sur le plan intellectuel, c’est une réalité. Mais cela ne suffit pas à conclure à l’irresponsabilité », défend-il aujourd’hui.

Les fous, ces dangereux libérables trop facilement

Pour Pierre-Marie Sève, délégué général de l’Institut pour la justice, « ce qui gêne, c’est l’incertitude de la sortie [du malade meurtrier] : à partir du moment où une personne est reconnue pénalement irresponsable, la victime perd des éclaircissements qui auraient pu être donnés en audience publique et, du point de vue de la société, demeure une incertitude sur la possibilité de sortie de cette personne ».

Il renvoie à cette affaire du militaire poignardé, gare de l’Est en juillet 2024, par un homme déjà auteur d’un meurtre et déclaré pénalement irresponsable, car schizophrène. L’homme était sorti de l’unité psychiatrique dans laquelle il était retenu depuis six ans seulement, malgré le précédent meurtre en 2018 lors duquel il avait tué un jeune homme de 22 ans.

La famille de Sarah Halimi, qui a vécu l’absence de procès « comme une blessure qui ne se referme pas », espère toujours la réouverture du dossier, a fait savoir son avocat, Me Pardo. Devant les faits qui réveillent chez eux ces douloureux souvenirs, il s’agit de « démontrer que la thèse de l’abolition du discernement après la prise de stupéfiants ne correspond pas à la réalité » et qu’« il y a eu une préméditation incompatible avec une abolition du discernement ».

Vos commentaires

68 commentaires

  1. Les magistrats et médecins concernés par cette affaire désastreuse doivent être licenciés et poursuivis au pénal et au civil.

  2. Ce sont les juges et les psychiatres qui dans ce cas sont irresponsables. Ce type savait très bien ce qu’il faisait en tuant Madame Halimi : le cannabis l’a juste désinhibé et lui a permis de passer à l’acte. Je pense même que c’était prémédité.

  3. Non, les hôpitaux psy ne sont pas plein si on n’y met que des malades nécessaires a leur état.
    Trop facile de juger un barbare d’irresponsable pour dégager la justice et les autorités débordés par le nombre faute de prendre les vrais mesures qui s’imposent depuis trop longtemps.
    Si les mesures nécessaires comme sur le Traoré avaient été prises dés le départ la justice serait moins engorgée. En fait ils reportent au lendemain ce qu’ils pourraient faire de suite avec d’autre victimes en plus.
    Notre chef de l’État vrais et premier responsable du bateau France qui regarde ailleurs quant ses responsabilités sont en cause s’occupe plus de son avenir que de la France.

  4. Il y a belle-lurette que les Français n’ont plus confiance en la justice ! bien trop de décisions « d’injustice » nous poussent vers ce constat! Qu’a-t-il été fait depuis le scandale du « mur des cons » ? : RIEN….

  5. Si je comprends bien fumer beaucoup de cannabis vous rend pénalement irresponsable et si je bois une bouteille de whisky et qu’au volant de ma voiture je tue un autre automobiliste je serais aussi rendu irresponsable ?

  6. Le jour où les juges seront pénalement responsables de leurs décisions alors les choses changeront et les victimes seront enfin reconnues et respectées.

  7. Pénalement irresponsable, mais
    toujours fou. Et pourquoi le principe de précaution ne s’applique-t-il pas pour les garder enfermés ?

  8. Erwin Lecoeur, social-iste (euh socio-logue ce qui est exactement pareil) sur France Info va nous expliquer que Kobili Traoré est un membre du RN.

  9. Faut mettre le psy en taule en compagnie du préfet qui a suivit ses recommandation et des juges qui devaient surveiller ce type.. Sur que les autres réfléchiraient.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois