J-F Copé n’a pas une once de sincérité !

Entretien réalisé par Robert Ménard

Boulevard Voltaire a rencontré Marine Le Pen. Tour d’horizon des questions économiques, politiques et « sociétales », comme on dit. La Présidente du Front national ne mâche pas ses mots. Deuxième volet…

BV. Comment réagissez-vous face à la crise de l’UMP ?

MLP. On assiste à une déliquescence généralisée du pouvoir politique, de la classe politique, mais aussi de nos institutions, de notre démocratie, de notre société, de notre civilisation. Ce qui se passe à l’UMP est, en réalité, le reflet de ce qu’est devenue la classe politique française, c’est-à-dire une accumulation d’intérêts particuliers. Celle-ci a totalement perdu de vue la défense de l’intérêt général. L’UMP n’était plus qu’un syndicat de défense des intérêts électoraux de ses candidats. Cela pouvait donner une illusion d’unité mais l’échec de Nicolas Sarkozy — et c’est la raison pour laquelle j’avais prévu cette implosion, parce qu’elle était mécanique — a entraîné la confrontation d’intérêts particuliers, et l’unité de façade est en train d’éclater…

Cette implosion fait votre affaire…

Tout ce qui contribue à déchirer le voile du mensonge, à faire tomber les masques, à permettre aux Français de regarder lucidement ceux qui les dirigent et de les juger lucidement va dans notre sens, bien sûr !

Vous renvoyez Copé et Fillon dos-à-dos ? Le premier, même par calcul électoral, est quand même plus proche de vous…

C’est faux. Tout cela ne relève que de la tactique politique, du marketing. J’en ai d’ailleurs un exemple très précis. Nos députés ont déposé il y a quelques semaines un amendement pour supprimer l’Aide Médicale d’État : Monsieur Copé et l’ensemble de ses députés ont voté contre. Quinze jours plus tard, il affirmait y être favorable ! Il n’y a pas une once de sincérité chez cet homme. Il est dévoré par l’ambition. Et la manière dont se déroule cette crise à l’UMP est très révélatrice : les électeurs de l’UMP vont bientôt devoir venir avec une pince Monseigneur car Jean-François Copé s’est cadenassé à son trône. On a le sentiment que deux gladiateurs combattent sans se rendre compte que plus personne ne les regarde, que le cirque s’est vidé. Leurs électeurs fuient et ils s’en moquent ! Ils préfèrent leur combat d’égos, le monde dans lequel ils vivent entre eux depuis tellement d’années. Combien sont-ils ? 1 000 ? Ils ne parlent qu’entre eux et ont complétement oublié qu’ils étaient les représentants d’un peuple.

Pour vous, le clivage droite / gauche n’a plus de sens ?

Plus aucun.

Il a été remplacé par un clivage mondialiste / patriote ?

Absolument. C’est exactement ça. Et c’est le seul véritable clivage aujourd’hui. Il traverse l’Europe mais également les partis politiques. C’est vrai au Parti socialiste, à la gauche de la gauche tout comme à l’UMP…

Si la situation est aussi grave que vous le dites pour notre pays, si le clivage droite / gauche a été remplacé par celui qui oppose les mondialistes aux patriotes, pourrait-on imaginer une union sacrée entre vous, Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg et même Jean-Luc Mélenchon ?

Tout ce qui se passe aujourd’hui constitue les prémices d’une recomposition du paysage politique, sur la base de ce clivage justement. Il va évidemment falloir dépasser des intérêts partisans dans un pays qui est, somme toute, très partisan dans son fonctionnement politique. Mais la réalité est bien là : la pierre d’achoppement, c’est l’Union européenne. Deux grands sujets permettent de mesurer la sincérité de ceux qui luttent contre la mondialisation dérégulée : l’immigration et le libre échange. On ne peut pas être pour l’un et contre l’autre. On ne peut pas, comme la droite populaire, être à la fois contre l’immigration et pour le libre échange : c’est complètement incohérent car l’immigration est un des éléments de la mondialisation au même titre que le libre échange. On ne peut pas plus être pour l’immigration et contre le libre échange comme Monsieur Mélenchon, parce que c’est contradictoire. Quand ces gens-là seront allés au bout de leurs contradictions et auront fait le choix de la nation, en tant que cadre indépassable de la protection des salariés, de l’emploi, et de la protection sociale, nous arriverons, tout à fait légitimement, à nous retrouver.

Cela signifie que vous pourriez faire un bout de chemin avec Monsieur Chevènement ?

Il a refusé alors que je pense que ce serait possible. Mais certains chez lui le font déjà. Bertrand Dutheil de la Rochère est un ancien chevènementiste. Il a monté le mouvement Patrie et citoyenneté mais il adhère au Rassemblement bleu marine car il se retrouve bien plus dans l’engagement politique que je défends que dans n’importe quel autre.

On vous a beaucoup opposée à Jean-Luc Mélenchon. Mais, au fond, vous êtes plus proche de lui, excepté sur l’immigration, que de toute une partie de la gauche et de la droite ?

C’est exactement ce qu’a expliqué l’économiste Jacques Sapir lorsqu’il a refusé de signer le texte que lui proposait le Front de gauche : il a dit qu’on ne pouvait pas être contre l’austérité et pour le sauvetage de l’euro. C’est contradictoire car l’austérité est menée au nom du sauvetage de l’euro. Là encore, Mélenchon est tellement pétri de contradictions et d’incohérences dans sa réflexion politique et économique qu’il est très difficile de nous trouver un point commun. On pourrait tomber d’accord sur un constat mais il ne va pas au bout des solutions concernant l’indépendance nationale et la défense de l’emploi français.

Vous diriez que vous êtes de droite ?

Non. Si la droite est ce que je vois, non. Je ne me sens ni de droite ni de gauche.

Florian Philippot s’est rendu sur la tombe du Général de Gaulle à l’occasion du 40e anniversaire de sa mort : c’était une erreur ? Vous l’auriez fait ?

Non, bien entendu. Il l’a fait à titre personnel.

Mais il est votre bras droit !

Et il n’a jamais caché qu’il venait du mouvement gaulliste. Le but d’un rassemblement, par définition, n’est pas de réunir des personnes d’accord entre elles à 1 000 % ! C’est aussi une preuve de maturité d’accepter des gens qui ont une sensibilité, un parcours différents du nôtre, qu’ils soient chevènementiste, communiste ou gaulliste ! Personnellement, je ne pardonne pas au Général de Gaulle son comportement lors de la Guerre d’Algérie, mais ça ne m’empêche pas de me sentir une proximité avec lui sur la vision qu’il avait de la grandeur de la France, ou de l’absence de soumission du politique au moindre lobby ou aux groupes de pression, aussi importants soient-ils !

Le Rassemblement bleu marine est la structure d’ouverture du Front national ?

C’est une démonstration de maturité et, en même temps, la preuve de la gravité de la situation de notre pays. Nous ne pouvons plus être, aujourd’hui, dans une bataille d’influence entre partis politiques. Nous devons dépasser cela, c’est-à-dire faire l’effort d’aller au-delà de nos sensibilités pour devenir des forces politiques qui participeront à la reconstruction de la vie politique française.

Mais vous n’allez pas demander à Debout la République, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, de rejoindre le Rassemblement bleu marine. N’envisagez-vous pas de signer des accords de parti à parti pour les prochaines municipales ?

Je pourrais tout à fait lui proposer de rallier le Rassemblement bleu marine. Encore faudrait-il que j’aie la moindre confiance en la sincérité de ces gens-là…

Vous ne faites pas confiance à Nicolas Dupont-Aignan ?

Monsieur Dupont-Aignan est un peureux. Quand je vois que Lionnel Luca vient de signer afin que sa part de financement aille à Debout La République, je pense que les liens d’intérêts entre Debout La République et l’UMP, au travers, notamment, du mandat de Monsieur Dupont-Aignan, sont définitivement des liens de soumission dont il n’arrivera jamais à se défaire.

Mais il y avait un candidat UMP face à lui aux dernières législatives ?

Il savait pertinemment qu’il ne représentait aucun danger pour lui. Mais Nicolas Dupont-Aignan a présenté un candidat contre moi à Hénin-Beaumont. Et si on vote à nouveau là-bas, il recommencera. Alors que, très objectivement, entre le socialisme pourri du Pas-de-Calais, Mélenchon et moi, il ne devrait pas se poser la question une seule minute. Et quand je lui ai proposé de ne pas mettre de candidat FN contre lui dans sa circonscription, dans une sorte de gentleman agreement — non pas que j’ai eu quelque chose à craindre de son candidat contre moi, qui n’allait pas dépasser les 1 % — il a refusé de peur que son image soit entachée. On ne peut pas dire que l’on défend l’intérêt supérieur de la France quand on a ce genre de comportement politicien…

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