Cassandre était cette princesse troyenne qui, au temps de la guerre de Troie, essaya en vain d’avertir ses compatriotes du sort effroyable qui attendait la cité. Personne ne la croyait, elle passait pour folle.

est ce brillant et sympathique philosophe qui, depuis quelque temps, annonce à qui veut l’entendre que, d’ici une cinquantaine d’années – autant dire demain –, l’islam aura triomphé en France. Nul ne tient Onfray pour un insensé, mais sa prédiction émeut peu de monde, tant elle paraît utopique.

Cassandre, au jour J, fut traînée par les cheveux hors du temple qu’elle servait, et se trouva réduite à l’état de butin, violable et corvéable à merci par son vainqueur. Espérons que le gourou français échappera à un traitement aussi ignominieux, lui qui compte aujourd’hui parmi les chouchous de nos médias. Étonnons-nous d’ailleurs qu’il le soit toujours, en dépit de ses sombres pronostics sur l’avenir de la France.

Évoquer une possible de notre pays constitue, en effet, pour la bien-pensance une véritable transgression, un crime. On en connaît plus d’un qui se sera vu subitement relégué aux oubliettes pour bien moins que cela. Michel Onfray, non. Il est partout ces temps-ci, courant de plateau télé en studio de radio, et de studio de radio en plateau télé. Bref, au lieu de l’ostraciser, on se l’arrache. Comment expliquer ce mystère ?

Trois hypothèses se présentent à l’esprit, nullement exclusives l’une de l’autre. Primo, s’il est vrai que Michel Onfray est un pourfendeur de religions, de toutes les religions, sa cible principale n’en demeure pas moins le christianisme, et l’on ne peut, n’est-ce-pas, que s’en féliciter… Secundo, présenter l’islamisation de la France comme une perspective inéluctable, c’est déjà y consentir à moitié : ce tranquille défaitisme mérite à coup sûr des encouragements. Tertio, Michel Onfray professe l’hédonisme, une école de pensée (oh non, pas une religion !) fondée au IVe siècle avant J.-C. par ce bon vieil Aristippe, qui s’y entendait comme personne pour cultiver les grands et les gros de ce monde et en tirer le meilleur profit. Il n’y a pas de mal à se faire plaisir.

Au reste, bonnes gens, ne perdez pas espoir. L’islam aussi – parole de Cassandre – finira par disparaître. La date, on ne sait pas. Un siècle ? Deux siècles ? Dix siècles ? Qu’importe, les lendemains finiront bien par chanter, que diable, il suffit de tenir bon jusque-là.

4 mai 2014

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