Indécent : je n’ai pas trouvé d’autre mot pour qualifier l’interview qu’ a accordée à plusieurs grands quotidiens italiens (La Stampa, La Repubblica et le Corriere della Sera). Indécent d’incantation européiste : « Basta a un’Unione Europea egoista » (« Assez d’une Union européenne égoïste »). L’Union européenne n’est pas égoïste, elle est inopérante.

Indécent, d’ailleurs, comme ses propos à l’occasion du sommet européen tenu par visioconférence, le 26 mars : « Ce qui est en jeu, c’est la survie du projet européen », « le risque, c’est la mort de Schengen ». On croyait l’enjeu ailleurs. Indécent, alors qu’on nous décrit une situation de catastrophe dans les hôpitaux de l’est de la France et, maintenant, en Île-de-France. Quand on se bat pour sauver des vies, parfois « dans une logique de tri », comme le déplore un médecin dans Le HuffPost de samedi. Et pendant ce temps, Macron se bat « à l’international » pour sauver son image et, bien évidemment, le « projet européen ».

Indécent parce que le Président se défend, chez nos amis italiens, de tout retard sur les mesures de confinement. Alors que la porte-parole de son gouvernement déclarait maladroitement, le 11 mars : « L’Italie a pris des mesures, je pense notamment aux contrôles de température à l’arrivée de vols en provenance de zones à risques, qui n’ont pas permis d’enrayer l’épidémie. Nous n’avions pas pris ce type de mesure. » Alors – pire sans doute – que, le 26 février, on autorisait le match Juventus de Turin-Olympique lyonnais et la venue de plus de 3.000 supporters italiens, au moment où le nord de l’Italie subissait de plein fouet l’épidémie. « Il n’y a pas lieu d’empêcher les Italiens de se rendre à un match de football », avait déclaré Olivier Véran, ministre de la Santé. Alors – pire que tout – que, le 13 mars, aller voter était un devoir et « sans danger » pour Édouard Philippe et que, le 14 mars, veille du scrutin, on fermait tous les lieux publics. Fiasco démocratique mais aussi sanitaire : de nombreux assesseurs dans tous le pays sont déclarés positifs au coronavirus depuis plusieurs jours. « Aberration », « pas raisonnable », « folie », « conditions dangereuses » : de nombreux élus locaux se sont lâchés, cette semaine, à propos de ce premier tour des élections municipales. Mais, bien évidemment, il faudra apporter la preuve que c’est bien en accueillant plusieurs centaines de personnes au bureau de vote, en dépouillant, parfois dans des conditions bafouant les mesures de « distanciation sociale », et pas en étant allé chercher son pain, la veille, qu’on a chopé le virus.

Indécent quand Emmanuel Macron déclare aux journalistes italiens : « Nous n’avons absolument pas ignoré ces signaux. J’ai abordé cette crise avec sérieux et gravité dès le début, lorsqu’elle s’est déclenchée en Chine. » Et que, jusqu’à présent, il s’est bien gardé de réagir devant la presse aux déclarations d’Agnès Buzyn au Monde qui contredisent, à l’évidence, cette affirmation faite par le Président à la presse italienne.

 

 

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