Les morts oubliés du Clos de la Métairie : des tombes mérovingiennes en Normandie

Une nécropole mérovingienne, au cœur de la Normandie, rappelle un chapitre méconnu de l'histoire du royaume franc de Neustrie.
Neustrie752

Au cœur de l’Eure, sur la commune de Porte-de-Seine, les archéologues de l’INRAP ont mis au jour, en 2025, un site exceptionnel au lieu-dit du Clos de la Métairie. Cette fouille préventive, menée avant un projet d’aménagement, a révélé une occupation humaine continue allant de la Protohistoire jusqu’au haut Moyen Âge. Les découvertes témoignent ainsi de plusieurs siècles de présence dans cette partie de la vallée de la Seine, axe majeur de circulation et d’échanges depuis l’Antiquité.

Le site présente notamment des traces d’occupations successives. Les archéologues ont ainsi identifié des fosses, hypothétiquement à vocation funéraire, remontant à l’âge du bronze, dont l’une était remplie de vaisselle en céramique, un ensemble considéré comme « peu répandu dans la région pour cette période », selon les archéologues. La présence de ce mobilier pourrait témoigner de dépôts rituels ou de pratiques liées au statut des défunts. Les chercheurs ont aussi mis au jour d’autres fosses interprétées comme liées à des activités de chasse de type « schlitzgruben ». Ce terme allemand, fréquemment utilisé en archéologie, désigne de longues fosses étroites et rectangulaires, généralement datées de l’âge du fer ou de l’époque gallo-romaine.

Le cœur de la fouille archéologique

Cependant, la découverte la plus marquante concerne des tombes mérovingiennes. En effet, les archéologues ont également mis au jour plusieurs sépultures datées de la seconde moitié du VIIe siècle, donc de l’époque du haut Moyen Âge, période qui s’étend de la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 jusqu’aux débuts de l’époque carolingienne au VIIIe siècle.

Quatre individus, âgés de 5 à 19 ans, dont deux de sexe féminin, tous accompagnés d’un riche mobilier funéraire comprenant des chaînes-ceintures, des fibules, une agrafe à double crochet, des bagues, une plaque-boucle damasquinée et un couteau, ont ainsi été retrouvés. Des études plus approfondies permettront d’en savoir davantage sur ces défunts, mais aussi sur les pratiques funéraires à l’époque des descendants de Mérovée. Les analyses anthropologiques pourraient, notamment, préciser leur état de santé, leurs liens familiaux ou encore leur alimentation.

 

Le cimetière mérovingien

Pour l’heure, les scientifiques savent que les tombes mérovingiennes ne sont jamais de simples fosses anonymes. Elles traduisent une vision du monde où le mort doit continuer d’occuper symboliquement son rang social après sa disparition. Selon l’INRAP, la tombe représente ainsi souvent « la place tenue par le défunt dans la société ». Les pratiques observées au Clos de la Métairie s’inscriraient pleinement dans cette tradition par la présence de ce riche mobilier funéraire. Ces objets accompagnaient le défunt dans l’au-delà tout en affirmant le statut de sa famille auprès de la communauté.

À partir du VIIe siècle, cependant, ces dépôts funéraires deviennent progressivement plus rares avant de quasiment disparaître, vers le milieu du VIIIe siècle. Cette évolution accompagne les transformations religieuses et politiques du monde franc. L’emplacement des cimetières change également. Quand les Mérovingiens, dans la continuité des traditions romaines, séparaient généralement le monde des morts et celui des vivants en installant les nécropoles à l’extérieur des habitats, les Carolingiens commencent progressivement à regrouper les sépultures autour des églises. Cette évolution marque la naissance du cimetière paroissial médiéval, qui deviendra l’un des centres de la vie communautaire en Occident pendant des siècles.

La Neustrie

À l’époque où ces jeunes individus furent enterrés, le royaume franc n’était pas toujours unifié sous l’autorité d’un seul souverain. En effet, après la mort de Clovis Ier en 511, conformément à la tradition franque, le territoire fut partagé entre ses différents héritiers. Cette pratique entraîna la formation de plusieurs royaumes gouvernés par différentes branches de la dynastie mérovingienne. Parmi eux figuraient notamment la Neustrie, l’Austrasie et la Bourgogne. Malgré ces divisions politiques, ces royaumes demeuraient unis par une même « famille », une culture commune et l’idée d’un unique peuple franc. Ils pouvaient ainsi être réunifiés temporairement sous l’autorité d’un seul rex francorum.

Nos tombes mérovingiennes du Clos de la Métairie dépendait alors du royaume de Neustrie, qui correspondait globalement au nord-ouest du royaume franc, couvrant une partie de l’actuelle Normandie, l’Île-de-France ainsi que les régions de Paris, Soissons et Rouen. Durant la seconde moitié du VIIe siècle, cette région fut gouvernée par plusieurs souverains mérovingiens, parmi lesquels Clovis II, Clotaire III, Childéric II, Thierry III, Clovis IV ou encore Childebert IV. Bien que largement oubliés dans notre mémoire nationale, ces souverains régnèrent durant une période décisive de transition politique, marquée par l’affaiblissement progressif du pouvoir royal des mérovingiens au profit des grands aristocrates et des maires du palais.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

8 commentaires

  1. Merci M. Mascureau. Vous avez, une fois de plus, enflammé mon imagination par la richesse de votre récit.

  2. Très intéressant. Un petit détail : je n’aime pas trop le terme d’ « individu », correct mais souvent péjoratif, et le qualificatif de « personne » leur conviendrait peut-être mieux. Merci.

  3. Il suffit qu’il soit fait mention de rois pour que le sujet passionne certains… Ici l’article est presque complètement vide mais est censé enflammer nos imaginations…

    • Mon neveu avant de construire à payé 450 euros à la direction de l’archéologie, parce que son terrain aurait été un ancien cimetière de je ne sais quoi, il n’a jamais vu d’archéologue arpenter le terrain. Mais son chèque a bien été encaissé.

    • Et bien cela nous apprend comment étaient la France d’avant au 5 siecles et 8 eme siécles leurs traditions ces personnages là étaient des Français et pas encore Normands,bravo à l’INRAP.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Le « responsable mais pas coupable », on nous le chante depuis 1991 !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois