Après la visite de Trump en Chine, le « coup de massue » américain à l’Iran ?

Y a-t-il eu un pacte faustien entre Donald Trump et son homologue chinois sur les questions de Taïwan et de l'Iran ?
Capture d'écran The White House
Capture d'écran The White House

La visite du président Trump en Chine n’a apparemment rien apporté aux Américains de ce qu’ils en attendaient pour une quelconque résolution de la crise du Golfe. Bref, les Chinois ne se sont pas joints à eux pour faire pression sur le gouvernement des Gardiens de la révolution afin que ces derniers abandonnent, notamment, leur harcèlement des navires commerciaux sur le détroit d’Ormuz.

Le « piège de Thucydide » des Américains à Taïwan

Les entretiens sino-américains commencèrent par une menace du président Xi Jinping à son homologue américain, faisant référence à l’essai du professeur Graham Allison sur le risque mortel de guerre d’une puissance dominante contre la principale puissance émergente. L’idée en est que les États-Unis et la Chine se dirigent vers un conflit armé dont ils ne veulent pourtant ni l’un ni l’autre. Le président chinois évoque ce risque de manière très claire devant son homologue américain en précisant, concernant Taïwan : « La Chine et les États-Unis ont tout à gagner d’une coopération et tout à perdre d’une confrontation. Nous devrions être des partenaires, et non des rivaux. Nous devrions nous aider mutuellement à réussir et à prospérer ensemble. » Cette mise dans l’ambiance diplomatique ne concernait pas l’Iran mais Taïwan, ce qui aurait tendance, aussi, à prouver que la diplomatie chinoise serait prête à tolérer, sans pour autant l’approuver, une opération militaire des Américains en Iran. Toutefois, l’essentiel serait pour eux de recouvrer cette « terre irrédente » de Formose dont la victoire de 1949 n’avait pu leur assurer la possession.

Le président Trump a expliqué plus tard aux journalistes qu’il aurait beaucoup discuté avec le président Xi Jinping sur Taïwan « sans prendre d’engagement ni dans un sens ni dans l’autre ». Les historiens trancheront dans les décennies à venir, une fois que les archives américaines auront été déclassifiées... En attendant, on pourrait penser à un pacte faustien du président américain avec son homologue chinois sur le thème : « Je t’échange le droit de poursuivre la guerre en Iran contre celui d’étendre mon influence sur Taïwan sans que cette dernière ne déclare son indépendance et sans que tu continues à l’aider militairement. » Ainsi, on apprenait, justement, que le président Trump « mettait en garde Taïwan contre toute proclamation d’indépendance ».

L’opération « Massue » en préparation

Alors que les négociations se poursuivaient entre les deux présidents, les médias militaires américains ont évoqué une opération « Massue » (Sledgehammer, en anglais) qui ferait suite à l’opération « Furie épique » du 28 février dernier. Cette opération déclencherait des frappes ciblées plus violentes et plus précises ayant pour but de faire revenir les Iraniens à la table des négociations avec des idées plus conformes aux objectifs des Américains et des Israéliens. Toujours les mêmes : l’abandon d’un quelconque programme de développement nucléaire militaire, l'arrêt de la fabrication de missiles balistiques et la fin du soutien aux groupes terroristes de la région. Cette reprise des opérations militaires se ferait en cas d’échec du cessez-le-feu actuel. Les Israéliens, qui poursuivent leurs frappes sur le Liban, se déclarent prêts à reprendre des opérations aériennes contre les infrastructures sensibles du gouvernement iranien dès que les Américains leur auront donné leur feu vert et assuré de leur soutien logistique, notamment en termes de ravitaillement aérien et de munitions.

Qui croire, sur cette reprise des opérations aériennes ? Sinon, peut-être, méditer sur l’autre opération « Sledgehammer » prévue par l’US Air Force de 1942 sur la région de Cherbourg et qui devait tout éliminer en vue d’un possible débarquement allié en 1942 dans la presqu’île du Cotentin. Elle n’eut finalement pas lieu, les Britanniques ayant estimé que la situation n’était pas mûre pour un débarquement en Normandie. De même aujourd’hui ou demain, comme il l’avait fait le 28 février dernier, le Mossad pourra juger de la situation en Iran comme étant mûre pour de nouvelle frappes, avec une chance ou non de faire tomber le gouvernement des Gardiens de la révolution.

Pendant ce temps, Jean-Noël Barrot rêve de Macédoine...

Alors que le détroit d’Ormuz n’est toujours pas rouvert et que les Iraniens s’emparent ou coulent même des navires commerciaux, certains Européens commenceraient à vouloir se plier aux règles de péage fixées par les autorités iraniennes en vue de faire sortir du détroit des navires, notamment pétroliers. C’est ce que déclarent, du moins, les autorités iraniennes. Alors, s’il est vrai que « cette guerre n’est pas notre guerre », les Européens et la coalition des cinquante nations autour du projet de rétablir la circulation maritime sur le détroit d’Ormuz, en lien à la fois avec les autorités iraniennes et américaines, a pour l’instant du mal à voir le jour. Mais Jean-Noël Barrot rêve d’une Europe devenue « macédonienne » et, ainsi, « sortir par le haut du piège de Thucydide »… On ne peut que vouloir rêver avec lui, mais ce serait aussi oublier que l’empire de Philippe a commencé avec la victoire de Chéronée en 338 av. J.-C. contre une coalition de cités grecques menée par Athènes et Thèbes et que le grand Alexandre a lui-même forgé son empire jusqu’à l’Indus au terme d’une épopée sillonnée d’une quinzaine de batailles et de sièges victorieux, dont celle de Gaugamèles, sept ans après Chéronée, qui lui offrait la totalité de l’Empire perse. C’est oublier un peu vite que les empires terrestres se sont d’abord forgés « au fil de l’épée ». Il ne suffit pas d’être fort pour être craint, mais aussi - et surtout - de le prouver. C’est ce que referont, tôt ou tard, les Américains et leurs alliés israéliens au Moyen-Orient.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Je rigole bien à lire tous ces spécialistes de la géopolitique et ces stratèges si pointus qu’on se demande bien pourquoi ils n’ont jamais été appelés à diriger la planète!

    • Sauf qu’en se tapant sur les cuisses, ça ne fait pas avancer le schmilblick d’un iota. Continuer comme ça, ce n’est pas possible; reculer et perdre la face non plus; alors quoi ? La Chine semble une porte de sortie mais elle sera étroite. Comme les USA, la Chine voit d’abord à ses intérêts. Mais sans elle, il n’y aura pas d’issue. Enfin c’est mon modeste avis. Mais après tout, je ne suis pas une experte et fort heureusement, je ne suis pas appelée à diriger la planète.

  2. Le salut militaire par un type qui a fait des pieds et des mains pour le pas être militaire et risquer d’aller au Vietnam! Même pas honte!

  3. Qui arrêtera la folie meurtrière de TRUMP , Monsieur veut sa guerre à tout prix , et tant pis pour le Peuple Iranien et pour les Américains , ils vont subir la folie de ce fou furieux !!!

    • BONBON bonjour,
      Trump a déclenché sa guerre d’agression contre l’Iran parce qu’il y a été entraîné par « son mentor » Netanyahou. Ce n’est pas moi qui l’affirme mais Joe Kent, le directeur national de la lutte antiterroriste des USA, qui l’écrit dans sa lettre démission le 17 mars 2026 pour marquer sa désapprobation de l’agressive politique de Trump. Kent y précise qu’à l’époque du conflit, selon les données de son National Counterterrorism Center, l’Iran ne représente aucune menace pour les Etats-Unis. Cette lettre de démission de Kent à Trump est accessible sur la presse US qui la publie.
      Cette situation de dualité mortifère n’est pas sans rappeler celle qui a prévalu en Europe en 1939 avec la mauvaise influence (réciproque) entre le Führer Hitler et le Duce Mussolini, chacun étant le mauvais génie de l’autre et poussant son alter ego dans le sens de la guerre. Cette funeste conjonction des planètes a entrainé la II° Guerre mondiale, le malheur, les destructions et les morts. L’Histoire semble se répéter en 2026.

  4. Cet édito omet le principal, à savoir que la reprise de cette guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran ne serait qu’une manœuvre politicienne de Trump pour contourner la constitution américaine, de la même façon que Sarkozy a procédé en 2007 pour imposer le traité de Lisbonne en contournant le rejet du peuple français lors référendum de 2005.
    En lançant son opération Epic Fury le 28 février 2026 avec la conviction d’écraser le régime de Téhéran en quelques semaines, Trump dispose de 60 jours calendaires pour gagner la partie, à l’issue de quoi il a l’obligation de solliciter au début mai 2026 l’autorisation du Congrès pour poursuivre son intervention militaire en application du WARS POWERS ACTS du 7 octobre 1973. Cette loi du contrôle du législatif sur l’exécutif lui impose de retirer les troupes US dans un délai de 30 jours sauf permission du Congrès, seul habilité à proroger le conflit et à proclamer une déclaration de guerre.
    Ne parvenant à vaincre les Iraniens dans le délai de 60 jours qu’il s’est fixé, Trump dépêche son secrétaire d’Etat Marco Rubio et son secrétaire à la guerre Peter Hegseth pour notifier le 1er mai 2026 au Congrès qu’il est mis fin à l’opération Epic Fury laquelle a permis – selon eux – d’atteindre tous les objectifs militaires recherchés.
    Aujourd’hui, il est question de reprendre la guerre contre l’Iran dans le cadre d’une nouvelle opération dénommée Sledgehamme (massue). En réalité, cela ne serait que la continuation masquée d’Epic Fury sous une autre appellation, et un tour de passe-passe politique pour passer outre les obligations légales du Wars Powers Act (50 US – Chapter 3). Pas sûr que ça lui portera bonheur aux prochaines élections de mi-mandat (midterms) de novembre.

    • Votre analyse est pertinente. Trump saut déjà qu’il perdra les midterms, qu’il mette fin ou non à ce conflit. Il lui faut donc une sortie par le haut pour entrer dans l’histoire : continuer le conflit et tenter de faire tomber le régime iranien. Sa vision messianique et sa mégalomanie sont peut-être les ressorts de sa politique erratique, malheureusement pour notre monde.
      Il est intéressant de voir que les EAU accélèrent la construction d’un pipeline qui sortira le pétrole en 2027 par Oman. Ils ont intégré qu’il n’y aura pas de résolution rapide et/ou définitive sur la libre circulation dans le SOH.
      Au delà, le grand gagnant de ce conflit semble être la Chine : sur le temps long, et sans s’engager dans aucun conflit elle renforcera sa fiabilité et son influence. Les soubresauts économiques liés au conflit seront vite amortis par la Chine au contraire des puissances occidentales.
      Quant à l’Europe, à moins de rouvrir les robinets avec la Russie, la facture va être lourde. Nos réserves stratégiques permettront de tenir quelques mois. Mais déjà les effets sur nos économies sont sensibles, et le pire est à venir.

      • Alban, bonjour. La première erreur de Trump est de s’être laissé entraîner par Netanyahou dans cette guerre d’agression. Sa seconde erreur majeure est de s’être accordé avec son allié israélien pour supprimer le guide suprême Ali Khamenei. N’oublions pas que par sa fatwa d’octobre 2003, cet ayatollah a interdit tout développement, détention et usage de l’arme nucléaire militaire. Cette interdiction est rappelée dans le rapport annuel de mars 2025 de Tulsi Gabbard, directrice de la Direction Nationale du Renseignement (DNI) qui chapeaute les 27 agences civiles et militaires de renseignement US. En outre, ce rapport précise que l’Iran ne représente aucune menace pour les Etats-Unis.
        Il est important de rappeler qu’Ali Khamenei était favorable à la remise à un pays tiers (Russie) de l’uranium 235 enrichi à 60 %, et ce en vue de sa dilution en-dessous de 5 %. C’est le sens des propositions faites sur son ordre aux USA avant les guerres de 2025 et 2026 par la délégation iranienne conduite par le ministre des affaires étrangères Abbas Arragchi.
        Si Trump avait l’intelligence de saisir cette perche tendue par Téhéran, il aurait remporté une immense victoire diplomatique à peu de frais et sans tirer le moindre missile. Mais sous l’influence d’Israël et mal conseillé par le promoteur Witkoff et son gendre Kushner, il s’est lancé tête baissée dans un conflit violant le droit international.
        Depuis mars 2026, la donne a changé. Le problème de la liquidation du guide suprême Ali et l’indisponibilité de son fils et successeur Mojtaba Khamenei est la prise du pouvoir par l’aile dure des Gardiens de la Révolution. Dorénavant les faucons iraniens (favorables à la poursuite du conflit) ne veulent plus entendre parler d’une nouvelle fatwa interdisant la bombe atomique, ni de la remise aux Etats-Unis de leur uranium 235 enrichi. Ironie du sort et résultat contraire au but recherché, c’est l’aveuglement guerrier de Trump qui aura poussé l’Iran vers l’acquisition de l’arme nucléaire.
        Dernière précision pour les lecteurs pas au courant : au 17 mai 2025, l’Iran ne détenait pas 440 kilos d’uranium 235 enrichi mais 8.413,3 kilos à divers taux, soit 19,12 fois plus (source AIEA) !

  5. En 1942, « la situation n’était pas mûre pour un débarquement en Normandie » : en effet, mais cela n’a pas empêché le désastreux débarquement à Dieppe le 19 août 1942.
    La seule chose qui importe vraiment, c’est que tous ces belligérants se parlent autour d’une table de négociation pour faire – si possible – progresser les choses. Nous ne sommes pas dans la même situation catastrophique qu’en 1942, que diable !

  6. Comme quoi l’Histoire, ici, Antique apporte un éclairage pertinent sur ce qu’il résulte de la volonté de domination de tel ou tel parti. Les Etats-Unis ont perdu de leur aura de superpuissance et avec eux, les Occidentaux. Un jour ou l’autre leur suprématie devra être partagée avec la Chine et le billet vert suivra également. Les Brics le détournent déjà. Il faudra s’y faire. Personne ne peut dire, aujourd’hui, qu’elle sera l’issue de la guerre avec l’Iran. La seule chose qu’on peut espérer, mais comment ?, c’est que cela n’aura pas été fait pour rien. Je plains les Iraniens mais aussi l’Europe vassale qui ne pèse rien parce que ceux qui sont à sa tête ne sont pas à la hauteur. « Il vaut mieux être maître dans sa bicoque que valet dans un château ». Voilà pourquoi, il nous faut sortir de ce qui représente pour nous aussi un piège et redevenir une Nation fière de l’être.

  7. Est-ce qu’il y a encore des différences entre la Chine nationaliste et la Chine communiste? J’utilise ces termes pour mettre en avant leur désuétude. La Chine est en régime capital communisme, elle a évolué. Comme la vie à Téhéran dans des immeubles et des logements de type occidental. Un gars qui avait habité en Argentine pendant la dictature me disait qu’il y vivait tout à fait tranquille, paisiblement, mais évidemment il ne fallait pas crier dans le rue, à bas le gouvernement…Des populations de l’URSS sont passées pendant 60 ans à l’écart du communisme…L’Inde des colonies était moitié britannique, moitié indienne…Taiwan un jour gouvernée depuis pékin…il y aura des responsables locaux, des autonomies, l » Alsace est toujours sous concordat religieux..Quant à l’Iran, je ferais bien attention, car le détroit est fermé par les USA et ça va commencer à devenir compliqué, boire le pétrole inexportable, vraiment pas bon, le coca est encore meilleur ! Comme dirait Anne Roumanoff, on ne nous dit pas tout !! Remarquez, avec l’Iran, on n’entend pas Poutine.

    • Paul Ter Gheist,
      A votre place, avant d’affirmer aussi péremptoirement qu’imprudemment que les Iraniens boiront leur pétrole rendu non-exportable à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz par les USA, je me renseignerais mieux, parce qu’il existe plusieurs autres possibilités pour commercer, importer et exporter des marchandises d’Iran en toute normalité et sécurité, y compris les hydrocarbures.

  8. La seule démarche de tous les pays c’est de se passer définitivement de ce détroit quitte à le bloquer totalement et s’adapter en conséquence.

  9. Pourriez-vous m’expliquer , comment un docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire serait capable , de savoir ce qui se dit ou ce qui se décide dans la tête de deux des plus puissants dirigeants du monde actuels ? Ne serait-il pas plus sage d’attendre et de voir pour pouvoir juger !

    • En effet MFGA a raison. Même les médias font dire à Trump ce qu’ils veulent, selon leur camp. Est-il possible qu’il répète sans cesse des propos énormes, (comme « on va rayer l’Iran de la carte ») alors que lorsque on l’écoute en direct, ses discours sont cohérents ?

      • M. Lannes. Non ce que vous dites est inexact. Les médias américains ne font pas dire ce qu’ils veulent à Trump, sinon ce dernier, procédurier usant surabondamment des voies de droit, ne manquerait pas de les traîner devant les tribunaux pour réclamer des dizaines de millions de dollars, comme sa demande faite en décembre 2025 à un juge de Floride de condamner la britannique BBC à 10 milliards dollars (2 x 5).
        Pour vous tenir correctement au courant des incohérentes déclarations de Trump, il vous suffit de faire l’effort de consulter ses exactes et intégrales déclarations écrites en américain sur son propre site Truth Social, et vous saurez tout.

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