« C’est un droit, un devoir. C’est aussi sans danger. » Cette phrase historique d’, prononcée vendredi 13 mars 2020, est à conserver précieusement dans un petit coin de la mémoire de « chacune et chacun ». On ne sait jamais, cela pourrait servir un jour dans un prétoire.

Dimanche soir, j’assistais au dépouillement dans plusieurs bureaux de vote de ma commune. Des personnes, nombreuses, dans une salle de classe exiguë, agglutinées autour des tables de dépouillement. Plus de distance de sécurité, plus de marquage au sol… Le maire et ses adjoints, dépassés, résignés. Le Code électoral, vous comprenez. On ne peut pas interdire aux gens d’assister au dépouillement : on ne peut pas à la fois briguer un mandat et faire la police ! Mais il est vrai que voter est sans danger, qu’il a dit, le Premier ministre. Ce matin, un ami me disait : « On a mis ma vie, ma santé en danger. On m’a dit que c’était sans danger de voter. Sans danger d’être assesseur, à passer huit heures dans un bureau de vote et à voir défiler des centaines de personnes. Sans danger d’assister au dépouillement en attendant de signer le procès-verbal. »

Il paraît que les Français doivent prendre leurs responsabilités et donc se discipliner. Tant pis si l’on me reproche de polémiquer alors que ce n’est pas le moment – mais on se rend compte, avec un peu de recul, que ce n’est jamais le moment ! -, et on se prête à souhaiter que l’homme qui déclarait, il y a quatre jours à peine, que c’était un « devoir » d’aller voter prendra, lui aussi, sa part de responsabilité dans ce qui s’est déroulé, sans doute, dans des milliers de bureaux de vote, partout en France.

Il y a, bien sûr, la responsabilité pénale. La mise en danger de la vie d’autrui est un délit, dit-on. L’obligation de sécurité et de prudence s’impose au quotidien à toute une foule de professionnels, notamment aux chirurgiens. Pourquoi ne s’imposerait-elle pas à celui qui dirige l’administration française, c’est-à-dire le Premier ministre ? Les manquements à cette obligation, entraînant des atteintes à la vie ou à l’intégrité physique de la personne, même de façon involontaire, constituent un délit. Oui, je sais, cette manie de tout judiciariser ! Mais ne sommes-nous pas dans un État de droit ? Et donc de droits… et de devoirs.

Mais il y a aussi la responsabilité politique. Elle est très lourde. Dans une démocratie digne de ce nom, la crise passée, elle devrait plomber définitivement ce gouvernement et le premier des ministres. Sous les rois, on était responsable et donc coupable par définition. En 1766, Lally-Tollendal, gouverneur général de l’Inde française, laissa sa tête sur le billot en place de Grève car jugé responsable de la défaite de la France aux Indes face aux Anglais. Puis, sous Mitterrand, nous eûmes le fameux « responsable mais pas coupable ». Plus récemment, avec le fiasco du système de la paye des militaires qui mit en grande difficulté des milliers de ménages, Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, dut admettre qu’il n’était pas possible de définir une responsabilité. Ni coupable, ni responsable ! La phase ultime. Dans une démocratie digne de ce nom, disions-nous… Édouard Philippe peut être tranquille.

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