[HISTOIRE] Saint Louis, un enfant roi sacré dans l’urgence
Cette année 2026, la France commémore le huitième centenaire du sacre de Saint Louis, célébré à Reims le 29 novembre 1226. C’est à cette occasion qu’aura ainsi lieu, ce 28 mai à la cathédrale Saint-Louis de Versailles, une messe commémorative à 19 heures en présence du prince Jean d'Orléans, comte de Paris. Cette histoire nous rappelle alors qu’avant l’image d’Épinal du roi rendant justice sous son chêne, devenue célèbre par les récits de Joinville, se trouvait un enfant de douze ans brutalement propulsé sur le trône dans un contexte de crise politique et de tensions féodales. En effet, le sacre de Louis IX ne fut pas seulement une cérémonie religieuse. Il constitua une démonstration d’autorité destinée à sauver la monarchie capétienne au moment où celle-ci paraissait menacée.
Un royaume fragilisé par la mort de Louis VIII
Le 8 novembre 1226, le roi Louis VIII meurt à Montpensier (Puy-de-Dôme), probablement emporté par la dysenterie après la croisade menée contre les Albigeois dans le Midi. Son règne n’aura alors duré que trois courtes années. Son héritier, Louis IX, n’est encore qu’un enfant et cette minorité inquiète profondément quant au maintien de l’autorité royale. En effet, selon François-Régis Legrier, auteur de Saint Louis, modèle des chefs d'État, auprès de BV, cette situation est une menace structurelle car le pouvoir des Capétiens repose encore sur un équilibre fragile entre monarchie héréditaire et élective. La minorité du roi ravive ainsi le souvenir d’une royauté où, surtout avant Philippe Auguste, les grands pouvaient encore prétendre influencer, voire choisir, le souverain.
Conscient de cela, Louis VIII, quelques jours avant son trépas, avait préparé l’avenir en demandant que son fils soit couronné rapidement et aurait également souhaité que sa chère épouse, Blanche de Castille, devienne bailli du royaume - et non pas la régente, comme on le dit par abus de langage, même si la fonction reste globalement la même. Désormais devenue veuve et malgré le fait qu’elle soit enceinte du dernier fils de feu le roi, le futur Charles d’Anjou, Blanche de Castille comprend elle aussi que le salut de la dynastie dépend d’un sacre immédiat. Le choix de Reims s’impose naturellement malgré plusieurs complications, notamment les travaux en cours dans la cathédrale, suite au terrible incendie qui l’avait ravagée en 1210, mais aussi l’absence de l’archevêque de Reims, décédé lui aussi au début du mois de novembre sans qu’aucun successeur n’ait encore été désigné. Qu’importe pour Blanche de Castille, l’avenir de son fils et du royaume de France en dépend : le sacre aura lieu avant la fin du mois.
Le cérémonial du sacre
Ainsi, en novembre 1226, à peine quelques semaines après la mort de son père, Louis IX prend le chemin de Reims. Avant d’y parvenir, il est fait chevalier à Soissons. C’est d’ailleurs l’évêque de Soissons, Jacques de Bazoches, qui, accompagnant le roi jusqu’à Reims, présidera la cérémonie du sacre ayant lieu le 29 novembre. Lors de ce rite, les regalia, ces insignes du pouvoir, lui sont remis selon un ordre précis. Son oncle, Philippe Hurepel, bâtard légitimé de Philippe Auguste, lui remet l’épée royale. Puis viennent les éperons d’or, symbolisant la fonction guerrière du souverain, le sceptre représentant l’autorité politique, la main de justice rappelant le devoir d’équité du roi et, enfin, la couronne, ce signe visible de la continuité dynastique.
Le moment central de cet événement demeure l’onction. Avec l’huile conservée dans la Sainte Ampoule, relique prestigieuse associée au baptême de Clovis, l’évêque consacre ainsi le jeune souverain, à l’image du prophète Samuel ayant oint les rois d’Israël Saül et David. Par ce geste, le roi devient alors un personnage sacré, considéré comme le sergent ou le lieutenant de Dieu sur Terre, c’est-à-dire celui qui tient lieu, son royaume et son autorité, du roi des Cieux. Fort de cette consécration, Louis IX accomplit le traditionnel toucher des écrouelles, censé guérir les malades par simple contact. « Le roi te touche, Dieu te guérit » : telle est, alors, la formule consacrée.
La menace des barons
Malgré l’importance de l’événement, plusieurs grands seigneurs brillent par leur absence. Certains n’ont pu rejoindre Reims à temps, tant le sacre fut organisé rapidement. D’autres choisissent délibérément de ne pas venir afin d’afficher leur distance envers la régence de Blanche de Castille. Selon François-Régis Legrier, la centralisation capétienne suscite une résistance forte des barons, attachés à leurs prérogatives et à leur autonomie politique. Parmi les princes les plus turbulents figurent alors Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, ainsi que plusieurs autres seigneurs du nord et du sud du royaume comme Hugues de Lusignan ou encore Raymond de Toulouse. La crise atteint une dimension concrète peu après le sacre, notamment lors de l’épisode de Montlhéry, où certains grands tentent de s’emparer du jeune roi afin de l’influencer. Blanche de Castille mobilise alors rapidement les Parisiens pour escorter Louis IX jusqu’à Paris. Le sacre n’efface donc pas les tensions. Dès l’année suivante éclate la révolte des barons, premier grand défi du règne de Louis IX qui, avec l’aide de sa mère, devra déployer toute son énergie diplomatique et militaire pour préserver l’œuvre des Capétiens.
Huit cents ans après les faits, le sacre de 1226 apparaît ainsi comme bien davantage qu’une cérémonie fastueuse. Il fut un acte politique décisif, organisé dans l’urgence afin d’empêcher l’effondrement de l’autorité royale. Aujourd’hui, la figure de Saint Louis continue d’évoquer la justice, le bien commun et l’idée d’un pouvoir exercé comme un devoir et non un privilège, des principes dont les fondations trouvent leur origine dans ce sacre de Reims.
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17 commentaires
Je regrette que ce ne soit pas Louis XX qui soit à la messe commémorative… Ceci dit, j’aimerais savoir si la Sainte Ampoule existe toujours, ou ce qu’il en reste, sachant que les révolutionnaires ont tout saccagé. Et, dans l’affirmative, s’il subsiste quelque chose, où se trouve t’elle ? Est-ce que M. Mascureau pourrait apporter ses – brillantes – lumières à cette question ? Mille mercis.
Nos politicards devraient effectivement se souvenir que l’exercice du pouvoir est d’abord un devoir…
Blanche de Castille, Anne de France, Catherine de Médicis : chacune a dû protéger un enfant-roi des ambitions des grands seigneurs – d’autant tant plus enclins à s’emparer de la couronne que leurs ancêtres avaient élu le premier capétien – et sauver la France d’une guerre civile, voire d’une invasion! Ce qui n’empêche pas les ‘wokes’ de prétendre qu’il a fallu attendre le 20ème siècle pour voir enfin la libération des femmes en pays chrétiens en général, et en France en particulier.
On attend maintenant impatiemment le descendant de Louis XVII qui sera sacré, remettra Dieu au centre et refaira de la France une nation catholique.
Le malheureux Louis XVII aurait été d’autant plus en peine d’engendrer un descendant qu’il n’était âgé que de dix ans lorsqu’il fut assassiné par les révolutionnaires.
Saint-Louis de Versailles. Mais aussi trois autres églises très symboliques consacrées à Saint Louis : Saint Louis des Invalides, Saint Louis des Français, Saint Louis de Brest
La première c’est celle des militaires. Allez à la sacristie, et voyez Saint Louis à cheval. Prions pour que ce tableau n’ait pas été retiré …..
La seconde, c’est celle de Chateaubriand à Rome qui y fit installer un mausolée pour Pauline de Beaumont …. très belle histoire racontée par le regrette Jean d’Ormesson.
La troisième, martyre de la seconde guerre mondiale, rasée puis reconstruite.
Mais Saint Louis, c’est aussi le nom d’une grande ville américaine, d’une petite ville frontalière française, d’un avion célèbre, d’un port à l’embouchure du Rhône.
Et la marque du sucre produit pas les Raffineries de Saint Louis !
J’apprécie beaucoup des « flashs historiques ».
Ce naze a ruiné le pays avec ses onéreuses croisades ( + une rançon = à 1 an de PIB !!). On n’imagine pas la nullité de ces « rois » ( lui et tellement d’autres…) hors sol, quand la population en bavait au quotidien !
Au moins, Macron est plus prudent, il ne part pas en Russie ou en Iran pour se battre…
Macron se battre, ici, ailleurs ou n’importe où? Faites pas rire!
Cher monsieur non seulement vous utilisez des termes extrêmement désobligeants, mais de plus vous faites preuve d’une surprenante méconnaissance historique. Je vous encourage donc à vous renseigner quant à la biographie de Saint Louis. Vous parviendrez peut-être à vous replonger dans l’atmosphère du treizième siècle afin de vous faire une opinion plus nuancée de ce grand roi de France. Quelques nazes (c’est ainsi que vous le qualifiez du haut de votre compétence alimentée je n’en doute pas par une érudition historique affirmée) ne seraient pas totalement inutiles au redressement de notre pays et à la pérennité de notre civilisation .
« L’Italie sous les Borgia a connu trente ans de terreur, de meurtres et de carnage, mais elle a produit Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. La Suisse a connu cinq cents ans de paix et de démocratie, et qu’a-t-elle produit ? Le coucou. »
Orson Welles dans Le Troisième Homme (1949)
en réponse à furioso, quel irrespect et quelle méconnaissance ! Savez-vous que ce “naze” comme vous dites si vulgairement « ……..est né le 25 avril 1214, Louis IX est monté sur le trône à l’âge de 12 ans. Sa mère, Blanche de Castille, devient alors régente et se charge très rapidement de son sacre le 29 novembre 1226 en la cathédrale Notre-Dame de Reims. Louis IX a régné pendant plus de 43 ans. Il a fortement contribué à la consolidation de l’Etat capétien en agrandissant le domaine royal et en imposant son pouvoir souverain sur la Normandie, la Touraine et le Poitou. Son règne a donc marqué une étape essentielle dans le long processus qui a fait progressivement passer la France d’une monarchie féodale à une monarchie moderne.
Belle accumulation d’inepties! On songe tout de suite à Einstein: « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »
Merci Monsieur pour ce bref historique tout à fait passionnant. 800 ans déjà, mais Saint Louis reste toujours proche dans nos coeurs. Il a toujours été mon monarque préféré. C’est pour honorer la charte de Saint Louis, conférant en 1250 aux Maronites la même importance et la même statut que tout sujet français, que je suis allé en janvier 1976 combattre au sein des milices kataëb. Saint Louis nous a engagé auprès des Maronites pour l’éternité!
C’est une personne comme la vôtre qu’il faudrait nommer ministre des affaires étrangères. Merci et bravo pour votre courage et votre engagement .
23h15 … Aucun commentaire ! Incroyable ! Bon, je ne suis qu’un français par le sang versé mais l’Histoire c’est l’ADN d’un peuple. Bref, merci pour vos articles monsieur Mascureau.