Guerre États-Unis/Iran : et c’est reparti pour un tour !

Donald Trump ne peut faire autre chose que de traiter le gouvernement iranien de « malades mentaux » et d' « ordures ».
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

Comme cela était malheureusement prévisible, il y a quelques semaines, il était clair que, du côté américain comme du côté iranien, le protocole d'accord signé par le président Trump à Versailles n’allait pas durer aussi longtemps que les traités éponymes antérieurs. Ce mercredi 8 juillet, à Ankara où le sommet de l’OTAN doit commencer le 9 juillet, Donald Trump ne peut faire autre chose que de traiter le gouvernement iranien de « malades mentaux » et d'« ordures », et affirmer qu'il ne veut plus négocier avec ces gens-là. De même que les actions militaires ont repris de part et d’autre, les sanctions financières que les Américains avaient levées contre le gouvernement des mollahs vont reprendre de plus belle et vont tenter, cette fois-ci, d’étrangler économiquement le gouvernement iranien une bonne fois pour toutes.

Les Gardiens de la révolution pensaient avoir gagné la guerre !

Alors que le gouvernement iranien pensait avoir réussi une véritable démonstration de force avec la visite d’une trentaine de délégations étrangères à Téhéran, à l'occasion des obsèques en fanfare devant des millions d’Iraniens de l’ayatollah Khamenei senior, au mausolée de Behesht-e Zahra, là où est enterré l’ayatollah Khomeini, tout est remis en cause après ce week-end de célébration nationale.

On ne sait pas vraiment qui a repris les hostilités le premier. Si ce sont les Iraniens qui prétendent avoir bombardé une cinquantaine de bases américaines dans la région, notamment à Bahreïn et au Koweït, qui d’ailleurs avaient peut-être, contrairement à Oman ou à l’Irak, omis d’envoyer une délégation aux obsèques de Khamenei ; ou bien les Américains qui prétendent avoir traité quatre-vingts objectifs en Iran. En réalité, le gouvernement iranien pensait tirer les « dividendes » de l’accord signé avec les Américains en prenant sous sa responsabilité les règles de navigation internationale dans le détroit d’Ormuz, sans tenir compte des conditions américaines.

Sans compter les alliés russes, chinois et biélorusses, les délégations envoyées le week-end dernier à Téhéran, pour ces funérailles grandioses, regroupaient tout le gotha des mouvements terroristes : Houthis du Yémen, Hamas de Gaza, talibans d’Afghanistan, mais aussi l’Irak et son président chiite, le Liban représenté par une délégation du Hezbollah, le Pakistan, des pays africains comme le Congo et la Turquie voisine (membre de l'OTAN !), montrant ainsi aux yeux des Américains le rayonnement politique et stratégique du gouvernement de la République islamique. Nombre de républiques d’Asie centrale étaient d’ailleurs représentées par leurs chefs d’État.

Cet étalage de cérémonies officielles autour de la figure tutélaire de la République islamique d’Iran ne pouvait pas plaire, en effet, aux adversaires américains en leur donnant l’impression qu’ils avaient laissé l'Iran devenir la puissance régionale avec laquelle il fallait désormais compter. Les missiles américains lancés ce mercredi matin étaient là aussi pour remettre les mollahs et les Gardiens de la révolution à leur place de simples cibles des avions américains, à qui on demande seulement de signer un accord censé respecter les buts de guerre de ces derniers.

L’Oncle Sam se rebiffe

Mais ces frappes déclenchées par les États-Unis dans la nuit du 7 au 8 juillet sont sans doute aussi destinées à montrer aux alliés de l’OTAN, Turcs compris, que le boss, dans la région, c’est bien Donald, et personne d’autre. Et surtout pas Khamenei Junior qui, du reste, n’a toujours pas fait d’apparition publique, contrairement à ses frères, lors des obsèques de leur père. Les Américains savent bien que la levée, pour quelques semaines, des sanctions économiques a permis aux Gardiens de la révolution de se refaire une santé et d'opprimer encore davantage leur propre population, même si des figurants, soutiens du régime, ont servi de décor aux festivités funérales de cette fin de semaine. Ainsi, il y a deux jours, l’opposante âgée de vingt-cinq ans Arghavan Fallahi, alors en prison depuis janvier 2025, vient d’être condamnée à mort. Cette sympathisante des moudjahidin du peuple, opposante de gauche au régime, a fait les frais de ce sentiment de toute-puissance des gouvernants de son pays.

Par ailleurs, mardi 7 juillet, devant un président turc médusé, Donald Trump a répété plusieurs fois que ses alliés européens de l’OTAN n’étaient pas fiables en temps de guerre, car lorsque les États-Unis leur demandent de l’aide, ils n’acceptent d'intervenir que lorsque les hostilités sont terminées. Il en a déduit que les Américains ne continueraient pas à subventionner une organisation inutile. Alors, on verra bien, mais comme nous l’avions expliqué la semaine dernière, l’OTAN n’existe en fait et encore que pour assurer aux États-Unis un marché de l’armement, comme le montre d’ailleurs le bon élève turc qui souhaite acquérir des F-35, malgré les réticences israéliennes.

Si la guerre a repris dans le détroit d’Ormuz, c’est certainement aussi pour cela : dissuader les Européens d’une quelconque jacquerie contre l’Oncle Sam. Guerre et diplomatie avec le président Trump sont bien indissociables, ce que l’Union européenne est loin d’avoir encore compris.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Depuis le début, je répète que ce sera une guerre d’usure, longue et difficile car les tactiques guerrières sont différentes. Les muscles contre l’observation et la patience. Il faut épuiser l’adversaire mentalement et physiquement…Les cowboys contre les nomades des déserts….

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