Guerre États-Unis/Iran : un accord de pacotille

Le détroit d’Ormuz : un cessez-le-feu le temps d’un G7 à Evian ?
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

L'« accord de paix » que chacun souhaitait depuis des semaines pourrait être signé vendredi prochain à Genève. Il arrive juste à point pour permettre aux Américains de tenir la dragée haute à leurs alliés européens, ce lundi 15 juin au G7 à Évian et, début juillet, au sommet de l’OTAN. Ne nous y trompons pas, il s’agit d’un accord « consommable » et jetable, le temps d’une respiration stratégique.

Alors que depuis au moins une semaine, on évoquait, surtout depuis la Maison-Blanche, la perspective d’un cessez-le-feu, voire d’une paix dans le détroit d’Ormuz, les fausses bonnes nouvelles à ce sujet inondaient les salles de rédaction des médias, surtout occidentaux. On avait bien compris que la guerre menée depuis plus de trois mois par la coalition israélo-américaine commençait à s’essouffler, faute de stratégie, faute d’hommes au sol qui auraient pu au moins matérialiser des objectifs concrets sur le terrain, et surtout faute de volonté politique de la part des Américains, alors que s’impatientaient à la fois l’opinion publique occidentale et les marchés capitalistes, un peu partout dans le monde.

Il n’y aura plus de guerres de Sept Ans ou de Trente Ans…

Dans ce XXIe siècle au début prometteur, malgré le 11 septembre, le spectre des guerres à forte intensité est en effet réapparu avec l’attaque russe sur l’Ukraine, puis ces suites de courtes guerres israélo-iraniennes. Elles ont poursuivi l’action des services secrets et la lutte clandestine entre les terroristes du Hezbollah et de Tsahal par une série d’opérations aériennes, à la fois chez les deux belligérants, mais aussi (et c’est nouveau) dans l’ensemble de la région du Golfe. Après une torpeur de plus de 70 ans de « paix immuable », les Occidentaux avaient tendance à croire que les guerres chez les autres n’auraient plus de conséquences chez eux et que, lorsqu’elles commençaient, elles se finiraient nécessairement très vite. Aujourd’hui, malgré les déclarations grandiloquentes de l’administration Trump (voir les messages publiés sur X « Mission accomplie ») et la chute du prix du baril de pétrole à moins de 85 dollars, les marchés ne sont pas euphoriques, malgré l’annonce tonitruante du président américain selon laquelle « le pétrole coule à flots » et les deux blocus américain et iranien seraient levés.

Il n’y aura pas, cette fois-ci, de traité de paix comme à Paris, en 1973, entre les États-Unis et le Nord-Vietnam, ni de congrès, comme en 1919, visant à créer une autre Europe, un autre monde. Non, la guerre ne finira pas, sinon l’espace de la réunion d’Évian et de la réception grandiose à Versailles marquant, côté français, le 250e anniversaire de l’indépendance des treize colonies britanniques. Non, la guerre est désormais permanente et les pauses stratégiques ne sont pas des traités de paix.

Le bilan de plus de cent jours de guerre

Aucun des objectifs affichés par les États-Unis et Israël, au début de cette guerre le 28 février dernier, n’a été jusqu’à présent atteint. Même si les « élites » du gouvernement des mollahs, devenu celui des Gardiens de la révolution, ont été atteintes dès les premiers jours du conflit, les infrastructures souterraines iraniennes continueraient à produire des drones, des missiles et peut-être même à poursuivre des recherches nucléaires. On a certes, vu de Paris, du mal à le croire, mais apparemment, « même pas mal ! », les autorités survivantes de la république islamique continuent à traiter d’égal à égal leurs agresseurs et à essayer de leur rendre coup pour coup jusqu’à la déclaration de cet « accord de paix » qu’il faudra analyser de près avant de croire en une paix perpétuelle, au moins au Moyen-Orient.

D’ailleurs, comment les Américains, les Européens ou bien l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pourraient-ils poursuivre des visites de vérification et de contrôle dans un pays aux infrastructures en partie détruites et dont plusieurs centres de recherche nucléaire souterrains resteraient encore hors d’atteinte de ces spécialistes ? De même, il sera impossible de déterminer avec précision si les autorités iraniennes ne seraient plus en mesure de continuer à fabriquer ou non des missiles balistiques. Quant au soutien des mouvements terroristes chiites du Moyen-Orient et d’ailleurs, ces derniers seront de nouveau en mesure de recevoir, sinon des armements ou des munitions de la part de la république islamique, du moins les sommes d’argent nécessaires à la poursuite de leurs actes néfastes. Donc, au terme de ces cent jours de guerre, le bilan reste incertain et il est probable que les hostilités reprennent, au moins de la part d’Israël, qui a accueilli avec beaucoup de tiédeur l’annonce de « l’accord de paix ».

La guerre est un caméléon

Les moyens navals et aériens ont cette particularité d’être réversibles, contrairement aux forces terrestres toujours lourdes à déployer ou à replier : les soldats sont autant de cibles pour les terroristes qui circulent comme des poissons dans l’eau dans leur population d’origine. La guerre change d’apparence et prend la couleur de son environnement. Clausewitz avait bien compris que la guerre d’affrontement de troupes dites réglées n’était que l’une des formes de la guerre. Les services secrets israéliens et américains continueront à infiltrer la population iranienne et peut-être à la soutenir dans le cadre d’une révolution aboutissant à un changement, non pas seulement de gouvernement, mais de régime ; le moment n’est simplement pas encore venu. Alors, attendons un peu et espérons simplement que cette trêve, aussi courte soit-elle, permette à la population iranienne de « respirer un peu » avant de se libérer des tyrans qui la martyrisent. Cet « accord de paix » n’est en fait qu’un traité de pacotille à l’image des traités que signaient, lors de la « conquête de l’Ouest », les « tuniques bleues » de la nouvelle république américaine avec les tribus indiennes qu’elles allaient par la suite soumettre ou faire disparaître. Chacun y trouvera pourtant son compte... jusqu’à la reprise de la violence.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

76 commentaires

  1. Papy Trump s’est fait plumer par les iraniens qui vont même demander a passer a la caisse maintenant ,le spays arabes vont casquer car ils viennent seulement se rendre compte que la protection étatsunienne n’existait pas ,,que les bases américaines sur place ne servaient a rien et que l’occident qui nous parle d e la meilleure armée du monde nous cache la vérité ,les américains ne sont pas dans le coup….Ils se sauvent d’Iran pour ne pas subir un nouveau Vietnam dont ils ne sont pas encore remis financièrement et leurs 7000 milliards de dollars pour l’Afghanistan ou ils ont tout laissé sur place pour mieux équiper les talibans

  2. Vraies ou simulées remontrances de Trump traitant Netanyahou d’irresponsable, Israël continue ce jour 17 juin de bombarder comme d’habitude le Liban en dépit de l’interdiction du fantasque président US. L’Iran incluant l’arrêt des attaques israéliennes au Liban comme condition sine que non dans le préaccord prévu pour être signé ce 19 juin (le sera-t-il ?), il est clair que par tous les moyens les plus violents et retords, les dirigeants israéliens saboteront tout accord entre les Etats-Unis et l’Iran. Voir sur ce point les paroxystiques harangues de Netanyahou, de Smotrich, de Ben-Gvir et d’autres dirigeants israéliens d’ultra-droite.

  3. Très bon article , sauf que ce sont les iraniennes et les iraniens qui payent le prix du sang, cette guerre n’avait qu’une justification la libération de la majorité des femmes et hommes iranien désarmés opprimés massacrés par des obscurantistes d’un autre âge armés jusqu’aux dents de moyens modernes ( sûrement grâce à l’occident) cet accord si il dure dans le temps marquera l’incompétence d’un président américain en matière militaire comme il a été dit un joueur de poker face à des joueurs d’échecs. Comme disait un grand chef de gouvernement moi je fais la guerre , Trump lui il fait des deals , et la c’est un deal pour rien ?
    Mais avec les américains faut toujours penser qu’ils n’ont jamais subit une guerre par un autre pays sur leur sol, et qu’ils n’ont jamais gagné sauf face au Japon ( bombe atomique) leur seul but de guerre c’est le business , soit pour le pétrole soit pour les ventes d’armes sinon pour la pseudo culture américaine coca cola Mac Donald Google AI .

  4. Que c’est triste de voir des commentaires qui, même de la part d’un professionnel aguerri, oublient qu’un accord a toujours des conséquences imprévisibles. Rappelez vous les accords d’Helsinki d’Henry Kissinger et qui ont fait rire la planète entière (et surtout la France bien sûr) ont été la pièce fondamentale de la chute de ‘l’URSS. Oui, je sais il faut du temps…et alors ?

  5. « Quand un guignol rencontre d’autres guignols, qu’est c’qui s’racontent? Des histoires de guignols »…Mais nous, nous n’allons pas rire. Censurés en tout, les gueux. C’est pour notre bien!…

  6. Trump joue les fanfarons au G7 d‘Evian, mais quoi qu’il s‘en défende à cause de son ego surdimensionné, il n’en mène pas large et est contraint et forcé d’accepter, content ou pas, la proposition de Macron que la France prenne la direction des opérations internationales de déminage du détroit d’Ormuz, de la mer d’Oman et du golfe Persique après la signature de l’accord USA-Iran et le cessez-le-feu.
    La Force de Guerre des Mines (FGM) de notre Marine nationale française est trois fois et demie plus importante en nombre et est très largement supérieure en expertise et capacités opérationnelles aux chasseurs de mines de l’US Navy (frégates LCS de la classe Independence) qui ne sont absolument pas adaptés à cette mission. Avec ce coup de pied de l’âne, Macron boit du petit lait. Pour une fois je suis d’accord avec lui.

  7. Le régime des mollahs n’est pas renversé et l’Iran a toujours son Uranium pour fabriquer l’arme atomique et de plus son état islamique reçoit de l’argent donc échec pour Trump . Merci pour les augmentations à la pompe Nicolas paye encore et toujours

    • Nostalgique bonsoir,
      Le 21 juin 2025, dans le cadre de leur massive opération Midnight Hammer, les USA de Trump ont bombardé les trois centres nucléaires iraniens de Fordo, Natanz et Ispahan, notamment avec leurs bombes géantes anti-bunker GBU-57 qui ont forcément causé de très importants dégâts.
      Ce n’est pas d’hier mais depuis des mois que je suis persuadé que des milliers d’atomistes iraniens réduits au « chômage technique » du fait de ces intenses frappes US ont été répartis entre les centres nucléaires de la Russie, la Chine, la Corée du Nord et le Pakistan pour y poursuivre leurs activités nucléaires passant dorénavant du domaine civil à celui militaire à cause des agressions armées des Etats-Unis et d’Israël. Je suis convaincu de cet envoi à l’étranger des scientifiques iraniens, nulle part évoqué dans la presse.
      Enfin, je confirme que de source officielle AIEA, au 17 mai 2025 l’Iran ne possédait pas 440 kilos d’uranium 235 enrichi mais un énorme stock total de 8.413,3 kilos (8,413 tonnes) incluant 408,3 kilos d’U235 au taux 60 %. Vous voyez bien qu’ils ont de quoi faire avec ces 8,413 tonnes. Il est illusoire que Trump récupère la totalité de ces matériaux fissiles.

  8. Tous ces spécialistes de plateaux TV, tous ces officiers de pacotille qui godillent tous soirs et tous ces journaleux à l’anti trumpisme primaire claironnent un accord de paix à portée de main : FOUTAISE !
    Il s’agit simplement des protocole (sorte de sommaire) pour se mettre d’accord sur les sujets à traiter pendant les soixantes prochains jours !
    Ceci n’est pas un accord de paix !!!
    Israël allier des USA est déposé sur le bord de route, l’Iran ajoute, en douce, le péage pour ormuz et l’intégration du Liban dans ce projet de traité…
    Ne pas s’emballer, d’ici quelques jours ce sera retour à la case départ.
    Pour étouffer les « gardiens de la révolution, il suffit peut-être de couper les routes et voies fermées du nord et de l’est du pays pour que les échanges avec la Chine soient réduits à peaux de chagrin…

    • Bernard47
      ——– 1/ Votre remarque : « Israël allier des USA est déposé sur le bord de route »
      Peu m’importent la situation et le sort d’Israël coauteur de cette guerre d’agression. Etant français, le seul pays qui compte pour moi est la France et les intérêts du peuple français.

      ——– 2/ Votre suggestion : « Pour étouffer les « gardiens de la révolution, il suffit peut-être de couper les routes et voies fermées du nord et de l’est du pays pour que les échanges avec la Chine soient réduits à peaux de chagrin… »
      Depuis mai 2025 une double ligne de chemin de fer 4.014 km, financée par Pékin, relie l’Iran (Aprin-région de Téhéran) à la Chine (Urumqi-X’Ian). Trump est certes fantasque mais pas assez fou pour bombarder cette voie ferrée, car cela reviendrait déclarer la guerre à la Chine.
      Par ailleurs les USA n’ont pas les moyens militaires pour bloquer la circulation sur les 4.941 km de frontières terrestres entre l’Iran et ses voisins et ses six voisins (Azerbaïdjan, Arménie, Turkménistan, Afghanistan, Pakistan et Irak). Les Russes peinent à tenir les 1.000 km de front en Ukraine avec 700.000 hommes (soit 700 par km). Comparativement, 3,458 millions de soldats seraient nécessaires pour boucler le 4.941 km de frontières de l’Iran. Or l’armée américaine n’en a pas les moyens, ses effectifs terrestres s’élevant tout juste à 401.654 militaires de l’US Army et du corps des Marine.
      Enfin sur la mer Caspienne, l’Iran dispose de plusieurs ports de commerce reliés à ses pays voisins ainsi qu’à la Russie.
      Au total les Etats-Unis sont militairement incapables de bloquer le trafic marchand ferroviaire, routier et maritime entre l’Iran, ses six pays limitrophes, la Russie et la Chine.

  9. La guerre va continuer. Jusqu’à ce qu’un vainqueur décide d’aller au bout de sa victoire.
    Et aujourd’hui, tout est possible, dont le pire.

  10. Les déclarations de satisfaction hypocrite de D.Trump génèrent en Occident un sentiment de malaise. On imagine surtout l’état d’amertume dans lequel se trouve baigné la population iranienne.

  11. L’Iran ayant formé chez lui et à l’étranger des milliers d’ingénieurs et de techniciens maîtrisant le savoir-faire nucléaire, il ne fait aucun doute que ce pays dispose des capacités humaines et de la base technologique nécessaire pour se doter de l’arme atomique, ultime garantie de sa survie face à Israël et aux Etats-Unis.
    Il se pourrait bien à mon sens que le programme nucléaire militaire de l’Iran soit développé par des physiciens atomistes iraniens non pas dans les centres bombardés (Fordo, Natanz, Ispahan …) du territoire de l’Iran, mais dans les complexes atomiques d’autres pays « partenaires » hôtes comme la Russie, la Chine, la Corée du Nord ou même le Pakistan, bien à l’abri du regard et des frappes des USA et d’Israël.
    A noter que l’Iran ne détient pas 440 kilos d’uranium 235 à 60 % comme partout raconté par la presse, mais de 408,3 kilos d’U235 lesquels peuvent produire 272,2 kilos enrichis à la qualité militaire de 90 %. Une telle masse de matières fissiles à 90 % est, selon la technique employée (utilisation ou non de réflecteurs de neutrons), suffisante pour fabriquer entre 12 et 15 bombes nucléaires A à fission, total destructeur conséquent.
    Pour la petite histoire, sachez enfin qu’en plus des 408,3 kilos à 60 % précités, l’Iran possède au 17 mai 2025 un stock distinct de 8.004,7 kilos (8 tonnes) d’uranium 235 enrichi à divers taux. Une paille !

    • Excusez-moi, je n’ai pas tout à fait compris. Vous dites, je cite : « ….Iran ne détient pas 440 kilos d’uranium 235 à 60 % ….. mais de 408,3 kilos d’U235 lesquels peuvent produire 272,2 kilos enrichis à la qualité militaire de 90 %. » Je ne comprends pas en quoi cette différence de 31,7 kg mérite d’être mentionnée et en quoi elle changerait quoi que ce soit ??? 12 ou 15 bombes atomiques, cela revient au même dans la pratique.
      PS: Et en réalité, aucun d’entre nous ne connaît la quantité exacte !

      • Glenn bonjour,
        Comme vous dites n’avoir pas compris, je vous explique. L’Iran détient non pas 440 kilos comme inexactement propagé par les médias mais 408,3 kilos d‘U235 à 60 %. A ce taux-là, ce matériau fissile n’est pas de qualité militaire, et il faut donc l’enrichir à 90 % (au moins), ce qui produit 272,2 kilos pour fabriquer 12 à 15 bombes nucléaires A à fission, ce que vous ignoriez visiblement.
        En plus vous me dites « qu’aucun d’entre nous ne connaît la quantité exacte ». Non, moi RIRI.06, qui ne lis pas dans le marc de café ni dans la boule de cristal mais suis un homme précis, vous réponds que c’est pour la bonne information des lecteurs de BV que je leur communique des données précises issues du rapport de juin 2025 de l’AIEA sur ses constatations techniques du 17 mai 2025.
        Toute la presse française propageant de fausses informations, vous devriez au contraire me donner raison et me savoir gré de rectifier ces Fake News au lieu de me critiquer. En fait, triste à dire, vous me reprochez de dire la vérité.

    • Merci infiniment RIRI.06 pour toutes vos informations toujours très instructives. Vous maîtrisez parfaitement ces sujets très complexes. Bravo et merci pour le partage.

    • RIRI.06, 17 juin 2026 à 12 h 06 min >>> Oh, non. Je ne vous critique pas, et encore moins je ne vous reproche quoi que ce soit. Je voulais simplement dire qu’une différence de quelques kilogrammes d’U-235 enrichi à 90 % (ou quel que soit le pourcentage nécessaire pour une arme nucléaire) n’a aucune importance en termes d’utilisation effective. Alors évitons de nous lancer dans un débat sur ces quantités ridicules alors que le résultat en cas d’utilisation est le même. Même les chiffres de l’AIEA sont pratiquement sans importance dans un tel cas.

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