[CINÉMA] On l’appelait Robin des Bois : la relecture libérale d’un mythe

Le film n’a finalement pour lui que ses paysages époustouflants, ses costumes et la présence lumineuse de Jodie Comer.
Copyright Metropolitan FilmExport
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« Robin à la capuche », « Dérobe en capuche » ou « Robin le truand », si l’on traduit fidèlement « Robin Hood » en français, est passé à la postérité comme celui qui volait aux riches pour donner aux pauvres. Un héros populaire, modeste yeoman (paysan propriétaire de sa terre) dont les premières mentions historiques remontent au XIIIe siècle. Ce n’est qu’au XIVe, toutefois, que Robin des Bois devint véritablement le personnage littéraire que nous connaissons, entouré de ses « joyeux compagnons » : Petit Jean, Will Scarlett, Marianne ou encore Frère Tuck.
Sous les Tudors, le personnage fut récupéré par l’aristocratie, devenant alors, dans les pièces d’Anthony Munday, le noble en exil, Robert de Loxley, en guerre contre Jean sans Terre, frère de Richard Cœur de Lion. Une version qui inspira la plupart des fictions ultérieures, notamment au cinéma – on pense, évidemment, aux films de Walt Disney, de Michael Curtiz, de Kevin Reynolds ou, plus récemment, de Ridley Scott.

La légende noire de Robin

Ce que l’on sait moins, c’est qu’à l’image de notre Jean Chouan national, il existe une légende noire associée à Robin des Bois, faisant du héros de Sherwood un assassin, cruel coupeur de têtes. C’est à ce type de récits, portés par de vieilles ballades populaires, que se réfère librement le nouveau film de Michael Sarnoski, On l’appelait Robin des Bois (The Death of Robin Hood, en version originale).
L’histoire imagine un Robin (Hugh Jackman) au crépuscule de son existence, rongé par la culpabilité de ses crimes passés et traqué sans relâche par les proches de ses victimes. Car le personnage, loin d’être le justicier philanthrope que l’on prétend dans la région, confesse volontiers avoir pillé, torturé et tué, toutes ces années durant, pour le plaisir.
Sauvé d’un massacre par son ami Petit Jean, Robin est emmené dans un prieuré, sur une île, et confié à Brigid, une guérisseuse qui, contrairement à lui, a réellement consacré sa vie aux nécessiteux.
Au contact de sa communauté religieuse, contraint de protéger la fille orpheline de Petit Jean, Robin fait son introspection…

Une vision typiquement libérale

Outre la légende noire de Robin des Bois, le film de Sarnoski se réfère grandement à la ballade de La Mort de Robin. Récit méconnu dans lequel notre héros meurt à l’abbaye de Kirklees où se trouve aujourd’hui sa tombe présumée.
L’époque, nous explique Jean-Claude Michéa dans ses ouvrages critiques sur la civilisation libérale, est désormais à la « déconstruction » du héros vertueux, l’individu n’étant mû, selon les libéraux, que par ses intérêts égoïstes, ses passions tristes et ses pulsions. De là la promotion active des antihéros dans la culture contemporaine… Ostensiblement noire jusqu’à la complaisance, avec sa succession de meurtres sanguinolents et de mutilations, cette version du mythe par Michael Sarnoski partait pourtant d’une démarche doublement louable : offrir un regard cinématographique nouveau sur Robin des Bois et familiariser le spectateur aux récits les moins glorieux du personnage.
Le cinéaste, malheureusement, tombe dans la caricature, se croit subtil mais ne l’est jamais, tourne en rond dans ses réflexions et nous ennuie prodigieusement au point de nous faire soupirer et lorgner notre montre. Le film n’a finalement pour lui que ses paysages époustouflants d’Irlande du Nord, ses costumes et la présence lumineuse de Jodie Comer. Cela fait peu d’arguments pour un projet de cette envergure.

2 étoiles sur 5

https://www.youtube.com/watch?v=q62y1bD6hu8

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 14/07/2026 à 11:15.
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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Un de mes enfants ayant résidé à Nottingham m’avait offert un petit livret édité localement. On y voyait que, Robin Hood a réellement existé, il s’appelait en fait Roger mais, comme il opérait masqué, il se faisait appeler Robin. Il était réellement ce qu’on pourrait appeler un bandit de grand chemin mais son activité s’exerçait dans un contexte de guerre civile, peut-être la guerre des roses. Le premier à avoir inventé la légende que nous connaissons serait Walter Scott où il apparaît dans « Ivanhoé ». En revanche son habileté au tir à l’arc serait historiquement fondée et serait l’origine de sa célébrité.

  2. Il suffit d’ouvrir la Tv au journal de 20 h pour voir les horreurs de l’actualité, des guerres en cours, nul besoin d’aller au cinéma pour se repaitre de scènes de crimes abjects. Eu égard à une réalité aussi impitoyable, il me semble légitime de demander à la fiction, par le truchement du cinéma, un peu de rêve, de bienveillance et de compassion. Robin des Bois, incarné par Kevin Costner remplit parfaitement ce rôle et j’en resterai donc à cette vision des choses. Enfin, pour répondre à certain commentateur au sujet des Croisades : la chrétienté s’est mise en branle pour tenter de délivrer le Tombeau du Christ, les Sarrasins s’étant appropriés la Terre Sainte. Pouvons-nous reprocher à nos ancêtres d’avoir été réactifs, alors que nous acceptons tout…

  3. Tant mieux ! Je n’ai jamais aimé cette légende glorifiante de Robin des bois alors que ce n’était qu’un terroriste. Quand à Jean sans terre, s’il augmentait les impôts et taxait fortement la population, c’était pour payer les frasques de son frère ayant déserté le pouvoir en Angleterre pour aller faire des croisades aussi idiotes qu’inutiles au Moyen-Orient (çà coûte cher une guerre !). Glorifier Robin et Richard Coeur de Lion m’a toujours agacé.

  4. Robin des Bois, l’abbé Pierre, bientôt Jeanne d’Arc, et pourquoi pas Jésus ?
    L’occident décadent n’en finit pas de déconstruire.

  5. Prendre aux riches pour donner aux pauvres, c’est la doctrine de la gauche! Donc robin le gauchiste serait en fait un monstre? Les électeurs de gauche vont tous pleurer dans les chaumières. Eux qui souhaitent la déconstruction de tout doivent aussi subir les tendances qu’ils lancent hahahaha! Vivement un film sur les abominations du Che, sur la gauche de 1940, sur les horreurs de Staline….

  6. Sans aucune caapacité de création, ce « genre » de réalisateur ne sait que « s’approprier » et « revisiter » des histoires légendaires et les rendre salies comme il est inimaginable ! …
    Un peu comme les « grands maîtres » de la « Gastronomie » qui vous falsifient une purée « maison tout en vous vendant la portion de 50 grammes à plus de 30 € ! …
    « Immangeables » et « remplis » d’arnaques = indigestes à en mourir tous ces « nanars » ! …

    • Exact ! Lorsque je vais dans un restaurant, ce n’est pas pour regarder ou manger un tableau, une oeuvre d’art dans l’assiette avec, certes, de la finesse dans le goût ; je veux plutôt une cuisine familiale et généreuse contrairement à ce que l’on sert actuellement !!!

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