Mots offensants : le Portail lexical du CNRS avertit ses usagers
Un des sites français de référence en matière de lexique prévient ses lecteurs que des mots peuvent les « offenser ». L’avertissement reflète la pression wokiste qui pèse sur la société et, en l’espèce, sur une université.
Tous les mots ne sont pas lisses ni creux
Des dictionnaires en ligne, il y en a à revendre. Mais nul ne vaut le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), créé en 2005 par le CNRS et animé par l’université de Lorraine. Grâce à l’agrégation informatique des sources (lexiques et dictionnaires), les notices sont extrêmement riches. Le CNRTL offre un dictionnaire de qualité, loin des principes contestables ou vérolés sur lesquels s’appuie la prétendue encyclopédie Wikipédia.
Le 1er septembre prochain, le site actuel sera remplacé par le Portail lexical. Interface modernisée, ressources supplémentaires : les utilisateurs n’auront qu’à s’en féliciter. Une surprise, cependant, un « avertissement » qui ne figurait pas sur l’ancien site : « Des mots figurant dans des définitions ou des citations pourraient être jugés offensants envers certaines personnes ou certains groupes de personnes. » Ce concept de « mots offensants », on le connaît. Le Scrabble™ en a viré des quantités, de son dictionnaire officiel. C’est l’application du principe de discrimination dans la vraie vie à un dictionnaire, comme si la vie et un livre se situaient sur le même plan.

Source https://www.portail-lexical.fr/
Quand tête-de-nègre était une couleur
Le Portail lexical craint-il que des fondamentalistes chrétiens leur reprochent les mots « curaillons », « curetons », et les citations qui les illustrent ? Que des religieuses intégristes leur reprochent la pâtisserie « dont la forme peut rappeler une religieuse », ainsi que la définition du pet-de-nonne ? Non, n’est-ce pas. « Tout le monde sait », selon la formule de Bouli, tout le monde sait que le Portail lexical essaye d’amadouer par avance les agents de la police du langage, de désamorcer leur colère.
À ce sujet — Scrabble™ nous la joue « jeux interdits »
Prenez le mot « nègre », type du mot « cancelé ». Le célèbre roman d’Agatha Christie a été détitré. La délicieuse confiserie tête-de-nègre a été rebaptisée de diverses façons, alors que ce n’était, à l’origine, que le nom d’une couleur. Le Portail lexical nouvelle génération précise que, « actuellement, nègre semble en voie de perdre ce caractère péjoratif, probablement en raison de la valorisation des cultures du monde noir ». À voir. Certains ont le droit de l’utiliser, d’autres non, selon des critères implicites. Récemment, à Biarritz, le « Quartier de la Négresse » a été débaptisé par décision de Justice, sous pression d'une association qui lutte contre le passé colonial de la France.
Des valeurs Netflix
« Ces mots doivent être remis dans le contexte socioculturel de l'époque où ils ont été utilisés », dit encore l’avertissement. Cette idée que, jadis, les Français étaient racistes, homophobes, grossophobes, transphobes, misogynes et islamophobes est dénuée de tout fondement scientifique. L’idée est décoloniale et wokiste. Le CNRS et l'université de Lorraine se croient obligés de préciser que ces mots « ne représentent pas les valeurs véhiculées par le CNRS et l'université de Lorraine ». Quelles sont-elles, ces valeurs de l’université de Lorraine ? « Universalité, créativité, réflexivité, solidarité et responsabilité ». Des valeurs Netflix plus que doctorales.
Contacté par BV, le laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF), cheville ouvrière du portail lexical, nous confirme le sens de l’avertissement. Il est là « simplement pour éviter de heurter certaines sensibilités et surtout pour remettre les choses en contexte ». L’ATILF nous précise n’avoir « jamais eu de menaces de poursuites judiciaires ». Il pourrait avoir bien pire : une polémique médiatisée où il serait accusé de véhiculer un glossaire bolloréen dans un contexte trumpiste…
Dans La Vie des mots étudiée dans leurs significations (Delagrave, 1887), le philologue Arsène Darmesteter envisageait aussi les différentes causes de leur mort. Mais le bannissement d’un mot, sous la pression voire la menace d’une exécution sociale, ça, il ne l’imaginait pas. À son époque, l’immixtion de la morale dans le lexique se contentait de reléguer certains termes à des niveaux de langue, elle n'allait pas jusqu'à les rayer du dictionnaire. À la nôtre, elle sert au wokisme à contrôler le langage et la pensée. Que le Portail lexical tienne bon contre une censure toujours possible !
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26 commentaires
Il y avait un champignon également que l’on appelait « Tête de négre » c’est une espèce de bolet bref un cèpe, mais pour en revenir à « Negre » on fait quoi pour les familles au nom de Negre, on en connaît pas mal en politique on a Louis, Christian aussi ancien du ministère de la culture, je crois aussi un Pascal dans la musique il me semble, on leur demande de changer de nom ?
Et que dire du « blanc manger » que l’on trouve aux Antilles ?
Ou en Angleterre…..
Cela peut produire l’inverse de l’effet recherché , chez le français qui n’aime pas qu’on lui dicte ce qu’il doit dire .
Entre nous nous allons dire les mots dans leur sens initial , éthymologique, lexicales ou figurées .
Ce qui va créé une forme de résistance contre ce qui se veut une forme de censure qui cherche à pousser à l’autocensure .
Il fut un temps, vers le XVII et XVIIIème siècle où certains ont pensé bon d’épurer la langue. C’est ce que l’on nomme le langage des Précieux. Les dents sont appelées les perles de la bouche, le fauteuil devient les commodités de la conversation. « Rendre son dernier soupir » pour mourir nous est resté. Enfin, j’ai l’impression que de nos jours, certains sont offusqués par les mots comme il y a de cela des siècles, donc rien de vraiment nouveau.