[LIVRE] Philippe Vardon ou l’éthique de l’espérance militante
Il est des livres qui exposent une doctrine, d'autres qui racontent une époque. Celui de Philippe Vardon, Il est très tard mais... il n’est pas encore trop tard (Éditions Idées), poursuit une ambition différente : entretenir une disposition d'esprit. Son véritable sujet n'est ni l'actualité ni la politique, mais cette frontière ténue où l'espérance l'emporte encore sur le renoncement.
Sous la forme de cinquante-cinq chroniques radiophoniques (Radio Courtoisie) écrites au fil de l'événement, Philippe Vardon compose moins un commentaire politique qu'un traité de résistance morale. L'actualité y est omniprésente, mais elle sert surtout de prétexte à une interrogation plus vaste : comment continuer à agir lorsque tout semble annoncer la défaite ?
La question traverse toute l'histoire des idées. Elle est celle de Marc Aurèle face au déclin de Rome. Celle de Charles Péguy devant l'effondrement spirituel de la France. Celle, plus contemporaine, de Dominique Venner dont l'influence irrigue ouvertement l'ouvrage. Vardon reprend d'ailleurs presque mot pour mot l'une des intuitions fondamentales de son maître : l'Histoire n'est jamais écrite d'avance.
Son titre lui-même mérite qu'on s'y arrête. « Il est très tard mais... il n'est pas encore trop tard. » La formule repose sur une antithèse classique. Elle oppose deux temporalités. Le « très tard » reconnaît l'urgence. Le « trop tard » signifierait la fatalité. Tout le livre consiste précisément à refuser que la première conduise à la seconde.
Le refus du « trop tard »
On pense ici au philosophe allemand Ernst Bloch et à son Principe espérance. Pour Bloch, l'espérance n'est pas une naïveté mais une énergie historique. Elle permet d'agir malgré l'incertitude du résultat. Chez Vardon, cette idée prend une coloration militante : il ne s'agit jamais de promettre la victoire, seulement de rappeler que la défaite n'est certaine que pour ceux qui renoncent.
C'est peut-être là la véritable originalité du livre.
Alors que beaucoup d'essais politiques contemporains cultivent une esthétique de l'effondrement, Vardon refuse la fascination du désastre. Son discours n'est pas celui du catastrophisme mais celui de la permanence.
L'Histoire comme école de la volonté
Cette permanence s'incarne dans les nombreuses références historiques qui jalonnent les chroniques : la Reconquista, l'insurrection irlandaise de 1916, Charles Péguy, Goethe, Héraclite, Tolkien, Rocky Balboa même.
L'éclectisme pourrait surprendre. Il obéit pourtant à une logique précise : montrer que les civilisations vivent selon des temporalités infiniment plus longues que les cycles médiatiques. À l'immédiateté des chaînes d'information, Vardon oppose le temps long de l'Histoire.
À cet égard, son livre relève presque d'une anthropologie du militant. Le militant n'y apparaît pas comme celui qui change le monde à lui seul mais comme celui qui accepte de n'être qu'un maillon. L'image du semeur revient plusieurs fois. Elle évoque évidemment Charles Péguy, mais rappelle aussi la vieille maxime latine selon laquelle les hommes plantent parfois des arbres sous lesquels ils ne s'assiéront jamais.
Une éthique de l'engagement
Cette philosophie de l'action donne au livre une tonalité singulière. Elle le rapproche davantage des Réflexions sur la violence de Georges Sorel, par l'importance accordée au mythe mobilisateur, que des essais électoraux classiques.
Car Vardon parle finalement assez peu d'élections. Il parle davantage d'endurance.
Le choix du format radiophonique y contribue. Chaque chronique fonctionne comme une méditation brève, presque une homélie civique, où l'événement du jour devient le support d'une réflexion plus vaste sur le courage, la fidélité ou la transmission.
Naturellement, le livre assume une vision du monde très située idéologiquement. Le lecteur qui ne partage pas ses présupposés ne sera pas convaincu par ses démonstrations. Mais ce serait une erreur de réduire l'ouvrage à ses seules positions politiques.
Son intérêt réside ailleurs : dans cette tentative de construire une morale de l'engagement. Une morale qui refuse aussi bien l'optimisme béat que le nihilisme. Une morale qui rappelle, parfois contre toute évidence, que l'Histoire demeure ouverte.
En refermant ce livre, on pense moins à un programme politique qu'à une phrase de Péguy : « Il faut toujours dire ce que l'on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. »
Philippe Vardon y ajoute une nuance qui pourrait résumer toute son entreprise : voir ce que l'on voit... sans jamais cesser d'agir.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR


































3 commentaires
La petite « espérance »…si seulement ses deux sœurs pouvaient être aussi connues et mises en œuvre…
Hereusement que des gens comme lui continuent à garder (un peu) d’espoir… même si j’ai du mal à les suivre, compte tenu des perspectives lugubres qui s’amoncellent. Mais MERCI quand-même !
Le déclin, l’effondrement, le renoncement, tout cela ne vient pas par hasard. Il y a évidemment une ou des raisons originelles. Nos dirigeants qui dépècent la France au profit d’une élite mondialiste prédatrice n’agissent pas perversité ni par haine, mais par intérêt, tout simplement. C’est vieux comme le monde.
Ce que je vois :
– au 19° siècle, quelques grandes banques, notamment étatsuniennes, ont pris le contrôle du « monde de la Finance ».
– au 20° siècle, cette puissance mondialiste a acheté l’économie, l’essentiel de la production industrielle mondiale,
– fin 20° et 21° siècle, cette puissance, devenue supérieure aux Etats qu’elle tient dans sa main par les immenses endettements qu’elle a provoqués, prend le pouvoir politique (avoir le pouvoir suprême, c’est beaucoup plus amusant et grisant que seulement avoir de l’argent).
Autrefois, les extrêmes (droite et gauche) prenaient le pouvoir par la force. Ca se voyait. Leurs oppositions finissaient par les faire tomber (guerre, révolution, révoltes, etc.) ; il suffisait que le peuple soit mûr pour cela.
Aujourd’hui, c’est beaucoup plus subtil et pernicieux : plus de violence affichée. Il vaut mieux agir sans que ça se voit trop. L’extrême droite* mondialiste surpuissante n’agit pas en tant que telle. Elle place des « agents » à son service, tel que les gouvernements en France (depuis longtemps), et dont E. Macron en est le parfait exemple (Sarkozy aussi, était champion, en jetant un referendum à la poubelle : il fallait oser ! Mais ça a marché : le peuple n’a rien dit). Sorti de nulle part, mis en place artificiellement, E. Macron agit avec une redoutable efficacité pour surendetter la France au profit de ses maîtres mondialistes. Il pousse tant qu’il peut la machine infernale « union européenne » à piller les nations au profit de l’aristocratie mondialiste, bref à dissoudre la France – non pas par perversité, mais pour qu’elle soit livrée et dépecée par ses maîtres, tel un rabatteur.
Hélas, il fait parfaitement le job.
Et la stratégie d’agir en douce, dans l’ombre, marche depuis si longtemps, il n’y a même pas encore une dénonciation de l’origine de tous nos maux. Mais c’est une lutte à mort, si nous ne gagnons pas dans un avenir assez proche, la France sera dissoute, digérée par une puissance mondialiste impérialiste redoutable, comme la Gaule a disparu dans l’empire romain.
* extrême droite car dictature privilégiant une aristocratie au détriment du peuple – ce qui est l’exacte définition de l’extrême droite.