Editoriaux - International - 18 septembre 2019

G5 Sahel : les raisons inavouées d’un échec (3/3)

Le constat accablant et le diagnostic inquiétant imposent un traitement global du phénomène terroriste islamique. Car le continent africain est en passe de devenir l’un des principaux maillons faibles de la chaîne internationale de sécurité. La novlangue politique et institutionnelle masque mal le désarroi des puissances publiques face à des menaces sécuritaires protéiformes en mutation constante. Pire : elle crée un « schisme de la réalité » (1) par un faux optimisme et une apparence de progrès alors que les déclarations creuses et les décisions sans suites accélèrent une dégradation inexorable du phénomène qu’elles prétendent traiter. Une stratégie globale et différenciée s’impose par une approche pluridisciplinaire.

Faire preuve de réalisme, de lucidité et de pragmatisme. En effet, les appels manichéens au « combat entre le bien et le mal » et à la « victoire finale sur le mal » sont vains et la promesse d’« éradication du fléau du terrorisme » illusoire. L’ennemi et ses complices sont autant intérieurs qu’extérieurs, au sein des structures censées servir l’intérêt général comme dans les organisations criminelles et dans les cellules djihadistes. Sortir des campagnes omniprésentes de communication institutionnelle qui entretiennent des mensonges et des discours autoréalisateurs à des fins idéologiques ou électorales.

Traiter les causes autant que les conséquences. La volonté affichée doit être traduite dans des délais raisonnables en réalisations concrètes. Pour retisser un climat de confiance, le temps politique et institutionnel doit mieux s’adapter à celui des criminels et des terroristes, avec obligation de résultat et impératif de redevabilité vis-à-vis des populations et des partenaires. Cela implique de sortir des faux-semblants et du faire-semblant généralisés. Or, la communauté internationale, qui n’utilise pas les leviers de pression dont elle dispose, fait partie du problème et non de la solution.

Placer l’information au cœur de l’action et de la décision pour appréhender la complexité des causes et des effets du terrorisme en vue d’agir sur lui. En recourant à une approche globale et collective, raisonnée et rationnelle. Processus de maîtrise de l’information aux fins de décision et d’action, cette approche est non seulement descriptive et prescriptive, mais aussi opérative. Il s’agit de passer d’une « sécurité conventionnelle » strictement réactive et dépassée, car déconnectée de son environnement, à une « sécurité intelligente », mieux adaptée car informée, puis à l’« intelligence sécuritaire », où l’information occupe la place centrale, proactive et anticipatrice car contextualisée.

Miser sur le facteur humain. Investir en priorité dans l’intelligence et la vigilance de l’ensemble des parties prenantes à mobiliser dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme : États et partenaires étrangers, médias libres et responsables, société civile et entreprises, tous coproducteurs et bénéficiaires de sécurité.

En conclusion, l’augmentation des ressources financières publiques, nécessaire pour passer à une échelle géographique pertinente plus vaste que celle du seul « G5 Sahel »
(CEDEAO et CEMAC), ne suffira pas si elle est mal employée. Ce nouveau cadre exigera de la part des dirigeants et de la puissance publique l’exemplarité dans la gouvernance et une réelle implication, sous le contrôle des populations et des partenaires étrangers par des mécanismes indépendants de conditionnalité et d’évaluation des réalisations effectives. Pour cela, il reste à passer des discours politiques volontaristes mais purement incantatoires de type « la paix et la sécurité sont un bien commun » à des actes concrets ; de la volonté à la volition.

Face à l’urgence et à la nécessité, meilleurs moteurs du changement, des modèles intelligents qui ont démontré leur efficacité, et de gouvernance collaborative à grande échelle, méritent d’être explorés, tels que la stigmergie, inspirée du mode d’organisation des insectes sociaux.

(1) VoirL’Espace public oppositionnelOskar Negt, Payot, 2007

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