Monsieur Fillon, je viens d’écouter votre conférence devant un parterre de journalistes avides, et effectivement : « Il y a pour le moins un trouble dans le déroulé de ces événements. » On peut, en effet, légitimement s’interroger sur la tardive exhumation de cette affaire et pourquoi pas en 2007, lorsque vous avez été nommé Premier ministre par Nicolas Sarkozy. Le même qui fut la cible d’un cabinet noir de l’Élysée sous la présidence de son successeur, comme l’a rapporté en son temps .

Certes, il ne semble y avoir rien d’illégal à rémunérer votre épouse, qui vous a secondé dans votre parcours, sachant que derrière tout homme politique, il y a nécessairement une femme. Mais vous n’ignorez pas que nombre d’épouses d’artisans, d’éleveurs et d’agriculteurs, pour ne citer que celles-ci, épaulent fréquemment leur mari, en s’occupant notamment de la comptabilité éprouvante qu’impose souvent l’État aux petits entrepreneurs, sans pour autant percevoir des sommes de cette ampleur. Et beaucoup s’acquittent de ces tâches sans être rémunérées. Ajoutons à cela qu’elles élèvent les enfants du couple, ce qui est un travail à plein temps !

Lorsqu’une journaliste vous demande si vous « avez songé à rembourser ces sommes », vous l’interrogez avec aplomb : « Pourquoi rembourserais-je des sommes qui correspondent au travail de ma femme ? » Puis vous dites : « Je suis en accord avec ma conscience. » D’où parlez-vous : depuis votre conscience légale ou morale ?

Il y a peu, vous avez fort justement – et courageusement, à l’heure où les catholiques de France font face à des attaques médiatiques incessantes et, désormais, terroristes, le père Jacques Hamel l’a tragiquement éprouvé – mis en avant vos convictions religieuses. Mais la foi n’est pas un décorum qu’on exhibe pour une campagne politique, elle a du sens. Aussi, la morale chrétienne vous aurait commandé de faire votre mea culpa et, selon moi, rembourser lesdites sommes – exorbitantes, admettez-le. En ces temps de disette pour une bonne partie des Français, vous vous seriez ainsi élevé par un tel geste. C’eût été une forme de rédemption. Las, il n’en est pas question, avez-vous martelé. Nous en prenons acte.

Par contre, tandis que vous avez fustigé, avec raison, le lynchage médiatique dont vous avez été victime, vous avez dans le même temps cédé à la calomnie insidieuse en pointant du doigt – ce qui n’était pas le sujet de votre conférence – « cette d’intouchables de Montretout », autrement dit la Le Pen, et plus particulièrement Marine, votre adversaire à la présidentielle.

Au second tour de la primaire de la et du centre, nombre d’électeurs de cette femme politique – dont moi – ont voté pour vous afin d’empêcher d’accéder potentiellement à la plus haute fonction de l’État. La plupart l’ont fait pour limiter la casse et sans grande conviction.

Votre remarque déplacée confirme que vous êtes bel et bien un homme d’appareil et de peu de convictions.

Dans votre propos liminaire, vous avez déclaré que c’était aux Français de vous juger. Je suis français. Mon jugement est fait.

7 février 2017

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.