Le Foll à Caenossa ?

, qui porte au bout d’un grand corps embarrassé une tête rustique qu’on dirait taillée à coups de serpe dans le buis, n’est pas seulement porte-parole du gouvernement, mais aussi ministre de l’Agriculture. Est-il pour autant le ministre des agriculteurs ? C’est une autre paire de bœufs.

Informé comme tout le monde de la flambée de révolte des éleveurs, M. Le Foll, estimant apparemment qu’il n’y avait pas le feu au lac, avait d’abord fait savoir qu’il était certes disposé à recevoir une délégation des mutins bloqueurs de routes et de sites, mais pas avant jeudi, et dans les locaux ministériels. Une chose est de discuter calmement, à l’abri des doubles portes d’un salon Louis XV, entre gens raisonnables sous les lambris de la rue de Varenne. Une autre de se rendre sur le terrain et de risquer d’y essuyer, outre les huées et les quolibets, les mottes de terre, les cailloux, les tomates bien mûres et les œufs pourris des bouseux en colère. Il faut des tripes pour se rendre à Caen dans les circonstances présentes, pour y subir éventuellement une conduite de Grenoble. Le ministre a pourtant dû s’y résigner, bien à contrecœur, sous la pression des événements et devant l’irrépressible montée de la jacquerie.

De quoi d’autre pouvait-il, en effet, être le messager et le porteur que de gentilles mesurettes, dérisoires compresses insuffisantes pour enrayer l’hémorragie qui vide de tout son sang la filière de l’élevage français ? Des avances de trésorerie, des facilités bancaires, des aides au désendettement, rien qui soit de nature à enrayer la crise actuelle, rien qui remette en cause les données fondamentales qui en sont la cause. Pas question de lever les sanctions contre la Russie, à l’origine de l’embargo qui pénalise l’ensemble de notre production agricole. La France tient à rester un bon petit soldat de l’OTAN, un employé modèle de Washington. Pas question de fermer nos frontières à une concurrence éhontée de l’Allemagne et de la Pologne, dont la compétitivité doit tout à l’emploi de travailleurs roumains et ukrainiens au rabais, au risque de déplaire à nos partenaires de l’Union européenne. Pas question de réduire autoritairement les marges de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution et de reverser la différence aux producteurs. Ce serait contraire aux principes du socialisme de marché, cet enfant bâtard de la gauche et du libéralisme.

Tout ce que François Hollande, son Premier ministre et son envoyé spécial ont finalement trouvé dans leur sac à grosses malices, c’est d’inviter les consommateurs français, au nom de la patrie, à acheter français, c’est-à-dire plus cher, donc à payer de leur bourse la différence qu’ils doivent au laxisme, au tropisme fédéraliste et aux abandons de ce gouvernement et de ceux qui l’ont précédé.

Le malheureux Stéphane Le Foll n’était évidemment pas en mesure de satisfaire aux légitimes revendications des éleveurs. On peut prédire que ceux-ci sauront s’en souvenir. Les élections régionales sont pour la fin de l’année. Les socialistes qui avaient déjà passé par profits et pertes la Normandie réunifiée peuvent également faire leur deuil de la Bretagne chère à M. Jean-Yves Le Drian. Autant en emporte Le Foll.

Dernière minute. Toutes mes excuses à Stéphane Le Foll. Son voyage de découverte lui a permis “d’écouter les spécificités normandes” (sic). Voilà un déplacement justifié.

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