Nicolas Sarkozy vient de passer une mauvaise semaine : il est distancé par Alain Juppé et poursuivi par l’affaire Bygmalion. M. Juppé, lui, peut savourer sa position de favori des sondages. Un jour, il flatte son centre et sa gauche, les incitant à aller voter ; le lendemain, il reçoit le ralliement de l’ultra-libéral et anti-loi Taubira Mariton. Rassembleur, Juppé ? Peut-être. Mais quand l’exercice confine au grand écart, vous devenez le candidat attrape-tout.

Donc, cette primaire censée nous donner notre prochain président de la République se jouera entre Juppé et Sarkozy, avec avantage au premier pour le moment.

Mais, quel que soit le candidat désigné, le premier vainqueur de la primaire est Mme Le Pen. Elle doit savourer ce jeu de massacre auquel se livrent ces coqs LR. Pensez donc, ils lui donnent tous les arguments, toutes les formules à ressortir contre celui qu’elle aura en face d’elle au second tour ! Souvenez-vous de tout ce que les adversaires de Hollande avaient dit de lui : la droite n’a eu qu’à piocher dans ce réservoir d’amabilités pour l’habiller pour son quinquennat.

En outre, l’évolution de la situation économique, européenne et migratoire donne raison à Mme Le Pen et pousse tous les candidats LR à droitiser leur discours, de façon tardive et opportuniste, pour « coller » aux attentes de l’électorat de droite. Ils apparaissent de plus en plus insincères et les électeurs préféreront, comme on dit, l’original à la copie.

Mais elle tirera aussi un autre profit de cette primaire car il est certain que les troupes du candidat battu, malgré la règle du jeu, ne rallieront pas comme un seul homme le candidat désigné. Vous imaginez les électeurs droitiers de Sarkozy voter Juppé… ou les supporters centristes ou anti-sarkozystes de Juppé soutenir franchement Sarko ? Non, ça filera d’un côté chez Mme Le Pen, de l’autre chez Macron ou Bayrou. Dans tous les cas, ce sera tout bénéfice pour Marine Le Pen qui devrait gagner là, dès le premier tour, des dizaines de milliers d’électeurs, voire beaucoup plus.

Il resterait un dernier plan sur lequel Mme Le Pen pourrait être la grande gagnante de la primaire de la droite. Faisons un rêve (ou un cauchemar, selon votre tendance !) : et si les militants, sympathisants, électeurs FN, ou tout au moins une partie conséquente des soutiens du « premier parti de France », décidaient de prendre d’assaut cette primaire, d’être les dizaines de milliers de anonymes et d’aller voter pour le candidat Poisson – le plus proche d’eux sur les questions économiques, sociales et migratoires. En fait, le dernier souverainiste de ce parti.

Alors qu’il n’est crédité que de 1 % dans les sondages, ils pourraient le hisser très haut, déjouer tous les pronostics, renverser la table et dégager le terrain à droite à Marine Le Pen, pour le second tour.

Alors, électeurs de Marine ? Cela vous coûte 2 €, nécessite de s’engager à préparer l’alternance (c’est bien ce que vous voulez, non, une franche alternance ?) et d’adhérer aux valeurs de la droite (pas de souci de ce côté, puisque les partis de droite les ont toutes reniées, et que c’est pour cela que vous votez Marine Le Pen).

Alors, les 20 et 27 novembre, électeurs patriotes, mobilisez-vous : créez la surprise ! Car la force du courant patriote en mai dépendra de ce qui va se jouer fin novembre.

2 octobre 2016

À lire aussi

Maurice Genevoix : une lucidité et un humanisme qui nous parlent aussi d’aujourd’hui

Trop longtemps, l'œuvre de Maurice Genevoix fut négligée : on lui préférait, pour de bonne…