Editoriaux - Politique - Réflexions - 2 août 2019

Et Patrick Buisson enterra l’union des droites…

Entre le politologue et l’union des droites, c’est une vieille histoire d’amour. Déjà, au début des années 1980, alors journaliste à Minute, il plaide pour une alliance allant de l’UDF au FN tout en passant par le RPR.

2007, maître stratège de Nicolas Sarkozy, l’union qu’il met en place est d’un genre différent, quoique participant de la même logique consistant à tendre la main aux électeurs du Front national. Le pacte tacite est le suivant : comme Jean-Marie Le Pen n’a aucune chance de parvenir à l’Élysée, votez pour Nicolas Sarkozy qui, lui, mettra ses idées en œuvre. Tactiquement ? Un coup de génie. Stratégiquement ? La catastrophe qu’on sait.

L’homme a de la suite dans les idées, tel qu’en témoigne sa tentative d’instrumentalisation de , au lendemain de l’élection présidentielle de 2017. Avec son compère Éric Zemmour, il reproche à d’avoir, pour résumer, mené une campagne trop à gauche, snobé les électeurs de François Fillon au soir du premier tour pour mieux cajoler ceux de Jean-Luc Mélenchon.

De la suite dans les idées, donc. Sauf que celles de Patrick Buisson ont évolué, entre-temps. Logique, la situation politique ayant fait de même. Ainsi, dans un fracassant entretien accordé à L’Opinion, le 31 juillet dernier, il affirme : « Il n’y a aucune convergence possible entre libéralisme et populisme. »

En revanche, précise-t-il, « il y a des convergences possibles entre populisme et conservatisme ». D’ailleurs, même si elle était techniquement possible – on est en droit d’en douter – et philosophiquement viable – là, on ne doute plus du tout –, cette hypothétique alliance entre droites libérale et populiste ne serait plus majoritaire dans les urnes. Lors des dernières élections européennes, le total des voix de droite (RN y compris) ne totalisait que 36 %, contre près de 60 % lors de l’élection présidentielle de 1995.

Ce constat établi, place au jeu de massacre. Les Républicains, pour commencer : « Le choix de Bellamy ciblait l’électorat très participationniste des seniors et des inclus qui forment le grand parti de l’ordre. C’était oublier qu’en période de troubles, ce parti de la peur se regroupe instinctivement derrière le pouvoir en place, pourvu que celui-ci sache exercer sans trop mollir le monopole de la violence légitime. »

, candidat des bourgeoisies de droite et de gauche, unies dans la défense de leurs intérêts de classe ? Patrick Buisson ne dit pas autre chose que ce qui est écrit depuis longtemps, en ces colonnes, par votre serviteur. Le Président le sait bien, misant sur un prochain second tour l’opposant à Marine Le Pen en 2022. Pour autant, la martingale fonctionnera-t-elle une seconde fois ? Rien n’est moins sûr. Le sortant pourrait-il être sorti ? Ce n’est pas impossible : « Dans un contexte marqué par le retour de la question sociale et l’élargissement de la fracture ethno-culturelle, l’élection présidentielle reste le seul scrutin où les classes populaires et la classe moyenne inférieure fournissent une majorité de votants. Seule une candidature opérant la jonction entre ces deux catégories serait susceptible de l’emporter. » Et comme, malheureusement, il y a plus de pauvres que de riches en France et que l’abstention de masse demeure le principal réservoir d’électeurs…

Marion Maréchal serait-elle cette personnalité fédératrice ? Là, Patrick Buisson met les pieds dans le plat : « Le moment choisi par Marion Maréchal pour revenir dans le débat laisse perplexe. D’abord en raison de l’échec de Bellamy, qui a fait apparaître l’insigne faiblesse électorale de la ligne libérale et conservatrice dont elle se réclame également. Ensuite parce que Marine Le Pen a fait montre d’une résilience dont bien peu la croyaient capable après le débat raté de 2017. » Plus cruel encore : « Son offre d’union [celle de Marion Maréchal, NDLR] à LR – une OPA sur une coquille vide et une main tendue à des gens qui n’en veulent pas – va vite trouver ses limites. »

Décapant. Surtout venant d’un homme qui prônait, naguère, cette même alliance pour, aujourd’hui, l’enterrer, mort-née ; tel un père fondateur changé en fossoyeur.

Marine Le Pen va adorer ; sa nièce, sûrement un peu moins.

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