Editoriaux - International - Société - 2 août 2019

Condition féminine : l’Arabie saoudite se libéralise… un chouïa

Faut-il se réjouir des progrès de la condition féminine en Arabie saoudite ? Cette question est pour le moins incongrue dans un pays où le droit se fonde sur la charia. Tout est relatif, mais force est de reconnaître, cependant, que la condition des femmes évolue, à très petits pas, vers un peu plus de liberté. Un chouïa, si j’ose dire.

Jusqu’à présent, les femmes étaient considérées comme des mineures, devant obtenir l’autorisation d’un « tuteur », de sexe masculin, il va de soi, pour se marier, renouveler leur passeport ou sortir du pays (20 Minutes, 2 août 2019). Désormais, elles pourront, en théorie, voyager librement à l’étranger. Le gouvernement vient, en effet, d’annoncer qu’« un passeport sera délivré à tout ressortissant saoudien qui en fera la demande ». Bien que dénuée d’écriture inclusive, cette prescription semble s’appliquer également à la gent féminine.

C’est la dernière en date des mesures de libéralisation voulues par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Pour donner à ses alliés occidentaux un signe d’ouverture ou par conviction profonde ? En juin 2018, il avait déjà permis aux femmes de conduire une voiture. Elles peuvent aussi, depuis peu, assister à des matchs de football et accéder à des emplois autrefois réservés aux hommes.

Elles sont encore loin de bénéficier des mêmes droits que les hommes. Ainsi, les tribunaux considèrent que leur témoignage ne vaut que la moitié d’un témoignage masculin. La mixité est interdite dans les transports en commun ou les restaurants. Des lieux publics, comme les parcs ou les plages, ont des horaires distincts selon les sexes. Il faudra encore beaucoup de temps avant que ne cessent les discriminations envers les femmes, à supposer qu’il n’y ait aucun recul sur les points acquis. Les organisations de défense des droits des femmes ont encore du pain sur la planche !

La France elle-même a mis du temps à leur accorder les mêmes droits qu’aux hommes. Il a fallu attendre 1938 pour qu’on supprime l’incapacité juridique de la femme mariée, 1944 pour qu’on leur accorde le droit de vote et d’éligibilité, 1965 pour que les femmes mariées puissent exercer une profession sans l’autorisation de leur mari… Mais jamais elle n’a méprisé les femmes par principe religieux.

Faut-il, pour cette raison, au nom de l’égalité entre les femmes et les hommes, céder aux excès de la parité dans les élections ? Si, pour une tâche égale, les rémunérations doivent être équivalentes, cela ne signifie pas que les conditions des deux sexes doivent être systématiquement identiques. C’est pourtant ce que réclament certains mouvements féministes, qui ne sont guère hostiles à l’indifférenciation des genres. Comme si reconnaître que les femmes ont des qualités spécifiques constituait une forme de rabaissement !

Bizarrement, certaines revendications communautaires, en France, vont dans le sens des contraintes que subissent les femmes dans les pays soumis à la loi islamique. Il suffit de prendre pour exemple la demande répétée d’horaires distincts pour les piscines ou le débat récurrent sur le port du voile intégral et du burqini. La perversion des valeurs est telle que des féministes exigent pour les musulmanes le droit d’être femme, à l’opposé de ce que dicte le féminisme dominant qu’elles défendent.

Étrange paradoxe, où des pays de tradition islamique s’occidentalisent, fût-ce de façon minimale, tandis que des pays européens, de tradition chrétienne, montrent, à l’égard de pratiques islamiques une coupable indulgence ! Si on peut admettre qu’il faudra beaucoup de temps aux pays soumis à la charia pour évoluer un peu dans leur vision de la femme, il est irresponsable de transposer, dans les pays occidentaux, des comportements d’un autre âge.

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