L’hypothétique, probable et peut-être même quasi certaine candidature d’Éric Zemmour à la présidence de la République aura eu au moins un immense mérite : celui de faire couler beaucoup d’encre et d’animer le paysage politico-médiatique. Passons sur l’éviction du polémiste de , sur injonction du Conseil supérieur de l’audiovisuel : pas candidat mais pourrait l’être, donc exit ! Il paraît qu’ pourrait être, lui aussi, candidat à sa succession, alors, on fait quoi ? Mais passons.

Chaque jour, donc, apporte sa contribution à cette « zemmourmania » ou « zemmourphobie ». La dernière vient du député LR de l’Yonne Guillaume Larrivé. S’exprimant, lundi, sur franceinfo, ce dernier a porté un jugement sévère sur le polémiste, estimant qu’il n’est « pas qualifié » pour gouverner la France : « S’agissant de son profil personnel, c’est quelqu’un avec qui il peut être plaisant de déjeuner, de débattre, mais je ne pense pas du tout qu’il ait le profil de diriger l’État, de rassembler les Français et d’incarner la France, parce qu’au fond, ce sont les trois points clés pour être Président. » On ne jugera pas ce jugement, mais force est de reconnaître que ces trois critères clés (diriger, rassembler et incarner), dans un débat rationnel et équilibré, devraient être pris en compte tout autant que le projet porté par un candidat. Mais existe-t-il encore un peu de rationalité, dans ce pays ?

Diriger l’État français ne s’improvise pas. C’est une vieille, lourde et complexe machine et il ne suffit pas, comme Emmanuel Macron, d’avoir été un peu secrétaire général adjoint de l’Élysée et un éphémère ministre de l’Économie pour s’y imposer. Diriger, c’est d’abord diriger (manager, comme ils disent aujourd’hui) des hommes et des femmes, avec tout ce que cela implique de luttes d’influence, de manœuvres – d’« hommeries », en somme. On aime, on n’aime pas François Hollande, jamais ministre, mais il avait tout de même dirigé le PS durant dix ans et l’avait conduit à des victoires électorales incontestables. Autre exemple : on aime, on n’aime pas Marine Le Pen, elle aussi dirige un grand parti depuis dix ans. Certains lui avaient reproché, et on peut le comprendre, l’éviction de son père. Mais d’autres y ont vu sa capacité à faire passer l’intérêt supérieur aux sentiments. C’est ce qu’on appelle aussi la raison d’État. Diriger, ce n’est pas polémiquer, c’est trancher. C’est aussi confronter les objectifs avec la réalité.

Rassembler ? Avec le morcellement de la française et, par voie de conséquence, de la vie politique, aujourd’hui, à plus ou moins 25 % d’intentions de vote, on peut commencer à espérer d’essayer de rassembler, le temps d’un court état de grâce, les Français ! Combien sont-ils, aujourd’hui, à pouvoir prétendre à ce club très fermé ? On les compte sur les doigts d’une main. Et encore… Souvenons-nous aussi qu’Henri IV fut d’abord un chef de parti avant d’être le roi de tous les Français. Certes, les partis ne sont pas à la mode, par les temps qui courent, mais tout de même…

Enfin, incarner. C’est peut-être la notion la plus subjective. Un président (ou une présidente) de la République française doit avoir de la gueule ! De Gaulle, Pompidou, Mitterrand – encore une fois, qu’on aime ou qu’on n’aime pas ! -, dans une moindre mesure Chirac, incarnaient la France. Un moment, on a pu croire qu’ pouvait incarner. Le temps d’un soir d’élection. De la gueule, mais pas que la gueule. Notion très subjective, donc, que l’incarnation. Qu’est-ce, d’ailleurs, que l’incarnation ? On peut s’essayer à cette définition lapidaire : c’est la capacité à résumer dans sa personne la France, tant dans son Histoire que dans sa réalité d’aujourd’hui. Là encore, on peut se poser la question, en essayant, bien sûr, de ne pas tomber dans le délit de sale gueule : qui peut, aujourd’hui, prétendre incarner la France ? Certes, l’onction populaire fait des miracles.

Diriger, rassembler, incarner : essayons de retenir ces critères…

14 septembre 2021

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