[EDITO] Macron dissout l’Assemblée ! Coup de Jarnac ou balle dans le pied ?

Capture d'écran
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Cela restera sans doute, dans son double quinquennat, comme le plus beau coup de théâtre de ce grand acteur : Emmanuel Macron, dont le parti vient d’être défait dans les grandes largeurs, a annoncé la dissolution de l’Assemblée. Celle-ci prend effet dès ce dimanche 9 juin. Le premier tour des prochaines législatives aura lieu le 30 juin, le deuxième le 7 juillet. Pas le temps de se retourner.

À court terme, d’aucuns se réjouissent d’y voir un premier clou sur le cercueil de la loi Euthanasie. D’autres constatent, éberlués, que le ministre de l’Intérieur pourrait changer, deux jours avant l’ouverture des Jeux olympiques.

Mais à plus long terme, beaucoup y voient une botte de Jarnac. Du nom de ce coup historique, habile, déloyal et imprévu passé dans le langage populaire, mais aussi de la ville natale charentaise de Mitterrand. N’est-ce pas le roué Président socialiste qui a attiré, en son temps, Jacques Chirac dans le piège machiavélique de la cohabitation, l’usant, le cramant, le démonétisant… jusqu’à ce que le fringant Premier ministre ne devienne un fusible inoffensif et épuisé ?

On le sait, l’outil rhétorique contre le RN a changé. Depuis des mois, Emmanuel Macron et son gouvernement sont passés du champ sémantique de la peur - heures sombres, bruits de bottes et tutti quanti - à celui de l’impuissance : regardez donc Giorgia Meloni, elle ne parvient à rien, ou presque, en matière d'immigration !

Bien sûr, la manœuvre est osée et nombre de députés macronistes, louchant sur les scores du RN dans leur circonscription à l’occasion de ces européennes, grincent des dents. Mais plutôt que continuer, jusqu’en 2027, à s’embourber dans son impéritie à mesure que grimpe la cote de popularité du RN dans les sondages sur l’air du « Après tout, ceux-là, on ne les a jamais essayés ! », Emmanuel Macron fait le choix de dynamiter la Chambre des députés. Il ouvre ainsi l’option, in fine, d’une cohabitation avec le RN, puisque Jordan Bardella, il y a quelques mois, s’y était dit prêt. Avec l’espoir qu’un mélange d’inexpérience et d’État profond (appelons ainsi le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel, les instances judiciaire en général et toutes les administrations qui se feront une joie sardonique de mettre des bâtons dans les roues) conduise le RN à se prendre les pieds dans le tapis, ruinant le rêve élyséen de Marine Le Pen.

Mais les paris se perdent, parfois. Et Emmanuel Macron devrait se méfier : la baraka, depuis quelque temps, semble l’avoir quitté. Si le sens de l’Histoire, comme on le prétend à gauche, existe, celui-ci semble tourner furieusement le dos au camp du mondialisme : le RN a fait plus de deux fois le score de Renaissance. Reconquête entre au Parlement européen. Et LR, dont le ventre mou a été siphonné par le macronisme, et qui a fait pour ces européennes une campagne très droitière, faiblit un peu mais se maintient néanmoins. Peu ou prou, 44 % des électeurs français veulent retourner la table. Pas qu’Emmanuel Macron y redresse le couvert pour une nouvelle petite tambouille électorale. Quand un coup de Jarnac manque sa cible, on appelle cela se tirer une balle dans le pied.

Gabrielle Cluzel
Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

114 commentaires

  1. Après la dissolution, la démission ? « Impossible » disent certains, « il n’y a aucune raison valable pour qu’il démissionne » ; d’autres affirment qu’en cas de lourde défaite aux législatives, il sera obligé de le faire. On verra qui a raison, mais pour le moment, dans la situation actuelle, il est permis de rêver. Réponse en juillet.

  2. Le gamin est contrarié, il finit de détruire la France: des élections législatives au pied levé à quelques jours des J.O ! Allez, un petit attentat et quelques manifs de blackbloc et il pourra sauter de joier en déclarant: vous voyez j’avais prévenu ! Tenons bon, et ensuite il faudra le chercher !

  3. La seule chance de conserver le pouvoir entre 2024 et 2027 est que la Droite ait une majorité absolue à l’Assemblée. Et pour cela, Reconquête, DLF, Philippot doivent s’unir.
    Je voudrais continuer à ne pas comprendre pourquoi Marine LePen refuse cette alliance. Bêtement ? Ou pas ? Car je n’ai jamais réussi à avaler qu’elle avait gâché son débat avec Macron en 2022 par incompétence !

  4. Macron aurait dû démissionner lui-même, pour l’intérêt de la France, mais la seule chose qui l’intéresse c’est l’Europe et gagner du temps en conservant les moyens politico-financiers pour accéder à la présidence de l’Europe fédérale dont il rêve.

  5. Ma pensée va vers Emmanuel Macron qui aurait pu être un très grand président mais il n’a pas été assez soutenu dans ce qu’il voulait de bien pour la France le travail, le made in France, l’entreprenariat et la formation qualifiante des jeunes aux métiers manuels dès 14 ans. Surtout on ne peut pas fustiger une seule personne quand on sait qu’il y a beaucoup d’influences néfastes qui se plaisent à détruire ce que lui voulait bâtir avec les français, cordialement

  6. Une issue de ce genre était envisageable, la frénésie de réformes de ces derniers mois laissait entendre une échéance imminente. Une cohabitation avec le RN anéantirait toute gouvernance de la France. Pour autant la dissolution devrait avoir pour effet la sortie de certains députés peu fréquentables et déshonorants nos institutions (espérons!); un autre effet est la désynchronisation des échéances électorales présidentielles et parlementaires avec une consultation à mi mandat présidentiel. Notre vie démocratique sera continuellement agitée par les soubresauts des visions électoralistes des uns et des autres la Veime République n’y survivra pas D’autre part charger le 1er ministre de mener la campagne me semble faire bien peu de cas de sa charge gouvernementale sauf à ce que le Président l’assume (d’autre l’avait qualifié de collaborateur). Pour ma part j’aurai préféré que le Président prenne acte des urnes et, courageusement, constitue un gouvernement efficace et conforme aux attentes de nos concitoyens et qu’il mette fin aux errances de cette armée mexicaine que constitue l’équipe actuelle.

  7. Je ne dirai pas ce que je pense de cet individu, qui après quelques autres hélas pas guère mieux que ce dernier, qui a fini de rabaisser la fonction de Président de la République à la hauteur des caniveaux. J’ai du respect pour la fonction, mais pas pour celui qui l’incarne et au moins deux, de ceux qui l’ont précédé.

  8. Ne rêvez pas… la nouvelle Assemblée va être élue avec un faible taux de participation : début des vacances scolaires, les gens ne vont pas renoncer à partir, surtout ceux qui avaient loué depuis longtemps, et combien penseront à donner procuration ???
    Et après, le nouveau gouvernement va prendre ses fonctions juste à la veille de l’ouverture des JO – ce qui permettra aux de les tenir pour responsables de tout ce qui se passera mal, en espérant qu’il n’y ait rien de plus grave.

  9. Dès son élection Macron s’était engagé à faire disparaître le R N, que nenni, au contraire il n’a de cesse que de le faire progresser. En conséquence, je n’imagine pas en 2027, si Marine LE PEN est élue qu’il puisse la recevoir sur le perron de l’Elysée ! M D R !……. la HONTE ! Je crois que c’est lui qui va disparaître pour ne pas vivre cet affront !

  10. À moins que cela soit « après moi, le Déluge », je m’en lave les mains…
    Pour tenter de revenir comme le sauveur du triangle de Karpman. Ce qui n’arrangera rien, bien au contraire.

  11. Bravo Madame, vous tapez juste et, comme d’habitude, vous êtes clairvoyante dans vos analyses.
    J’espère que cette fois, ce sera la bonne pour nous débarrasser de ces malfaisants.

  12.  » A voté », on connait maintenant les forces en présence sana tripatouillage de deuxième tour. Le monde entier est au courant , même les astronautes dans leur capsule, Jupiter a explosé!

  13. Je suis ravie du sursaut patriote des 37-38% de Français qui ont voté RN ou Reconquête. Néanmoins, je me méfie du « piège » de la dissolution. On va assister à de la poloche de bas étage: on le voit déjà avec les appels à un « front » anti RN. Les législatives ne sont pas une élection à la proportionnelle; les alliances contre nature de tout genre vont primer pour 1) conserver son poste de député (la soupe est tellement bonne) mais surtout 2) pour empêcher coûte que coûte que les « nazis » obtiennent la majorité à l’Assemblée. Après tout, le camp macroniste ne présentera pas de candidat dans une circonscription s’il y a déjà un candidat « du camp républicain » mieux placé. On est pas loin d’une coalition LaRem-LR – Modem-UDI-PS- Ecolo-Communistes et pourquoi pas LFI? Après tout, tout sera bon pour faire front… Maintenant si les Français sont dupes et ne voient pas ce qui se trame avec ces législatives à venir…

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