Culture - Editoriaux - Justice - Politique - 4 août 2014

La dure vie d’ambassadeur

Il a beau être français, avoir une carrière et un poste prestigieux, François Delattre s’est fait éjecter comme un malpropre par le syndicat des copropriétaires de l’un des dispendieux immeubles de Manhattan, la River House. Les accueillants voisins ont réussi à décourager le candidat infortuné en imposant une forte limitation des réceptions qu’il aurait pu organiser dans le logis convoité. Pour échanger des films avec l’actrice Uma Thurman ou demander des conseils à Henry Kissinger, prix Nobel de la paix et ex-conseiller du président Nixon, c’est râpé !

L’anecdote pourrait faire sourire si le SDF expatrié n’était l’ambassadeur de France à l’ONU et l’appartement en question un magnifique duplex de 460 m2, doté de cinq chambres et salles de bains et de salles de réception – actuellement disponible pour la modique somme de 8,2 millions de dollars.

Ancien ambassadeur de France aux États-Unis à Washington, François Delattre avait été nommé à l’ONU en juin 2014 à New York, l’obligeant à se chercher une nouvelle demeure de fonction.

Celle-ci ne sera donc pas la tour art déco défendue bec et ongles par des copropriétaires menés par Elizabeth Kabler. Cette héritière, dont la mère fut chef de protocole du président Reagan et le beau-père un ambassadeur américain, s’est fendue d’un courrier pour mobiliser ses voisins. Celui-ci soulignait les problèmes qu’engendrerait un tel voisinage, entre les nuisances sonores des réceptions, la présence de gardes et l’immunité diplomatique. Ce sont les restrictions imposées par le syndicat qui ont finalement entraîné le retrait de l’offre de l’État français, d’une valeur de 7,8 millions de dollars.

Si, en cette période de crise, une telle somme d’argent public allouée à un logement fait frémir, il faut toutefois préciser que l’ancien appartement avait été mis en vente par la France en juin et racheté pour une valeur de… 70 millions de dollars ! Une vente destinée à financer le budget du Quai d’Orsay dans une logique de baisse des crédits. Dans cette même perspective, il fut décidé de réduire les effectifs des petites ambassades, voire d’en fusionner. On peut s’interroger sur ces choix : plutôt que de réduire le deuxième réseau diplomatique mondial – un de nos atouts en matière de politique étrangère et culturelle –, ne faudrait-il pas réduire le fastueux train de vie de certaines ambassades ?

Cette affaire est une illustration de plus de la faiblesse de la souveraineté française : le logement de l’ambassadeur, enclave française, est bloqué par une voisine acariâtre protégeant son petit confort ! Alors qu’il y a quelques semaines, la justice américaine imposait une amende de 8,7 milliards de dollars à la BNP pour des transactions faites en dollars mais hors des États-Unis, ce qui donnait une scandaleuse portée extraterritoriale au dollar.

Qu’attendons-nous pour retrouver notre prestige? Une unité d’action européenne ? Une plus grande fermeté de nos dirigeants ? Alors oui, on peut attendre et l’ambassadeur changer de quartier.

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