Editoriaux - Polémiques - Politique - 20 mai 2019

Débats télévisés : en gros, LREM réclame un comité de censure en direct !

C’était dimanche, au « Grand Rendez-vous » d’Europe 1, avec CNews et Les Échos. Invité : Pascal Canfin, ci-devant numéro 2 de la liste LREM aux européennes.

Pascal Canfin en est convaincu : il incarne le parti de la vérité. Et son président, notre Président, en est l’incarnation. C’est pour cette raison que le candidat à la députation européenne réclame, pour les trois débats télévisés qui vont, cette semaine, opposer les têtes de liste des partis en lice, une sorte de comité de censure en direct.

Bien sûr, ce n’est pas ainsi que les choses sont présentées. La demande formulée par LREM aux chaînes organisatrices – respectivement LCI, RTL et Le Figaro, France 2 et BFM TV – concerne la mise en place d’un « dispositif anti-mensonges, anti-fake news en direct ».

C’est très simple, dit Pascal Canfin, il suffit de constituer « une cellule de trois, quatre journalistes qui, en live, pendant le débat, vérifient si le chiffre ou l’affirmation qui viennent de sortir sont vrais ou faux ». Un peu comme « Les chiffres et les lettres », en somme. « Si c’est factuellement complètement faux, et c’est quand même une grande spécialité du RN, alors nous suggérons un bandeau en direct pendant l’émission », ajoute-t-il. Et de conclure : « Cela permettra d’améliorer la qualité du débat démocratique. »

En voilà une idée qu’elle est bonne, comme disait Coluche. On s’étonne, d’ailleurs, qu’on n’y ait pas pensé plus tôt.

L’amusant, dans l’histoire, est que la démarche est ouvertement ciblée. Monsieur Canfin parle sans ambages : « La démocratie souffre du fait que certains candidats, particulièrement ceux du RN, puissent dire absolument n’importe quoi. » Et comme la démocratie en question fait que, pour quelque temps encore, on ne peut pas totalement leur clouer le bec, il faut bien trouver un moyen d’imposer les vérités officielles.

Cela me remet en mémoire une petite saynète dont je fus témoin : un monsieur assenant, péremptoire, à l’adresse de mon père : « Moi, Monsieur, j’ai la vérité ! » Et mon cher père, répondant dans un grand éclat de rire : « Alors, cramponnez-la bien ! »

Monsieur Canfin se cramponne donc. Il sent le bateau qui tangue et s’agrippe au bastingage.

Car la vérité est chose mouvante… Surtout la vérité des chiffres, ces objets insaisissables auxquels, c’est bien connu, on fait dire ce que l’on veut. Reste – et c’est une évidence – que la vérité du RN n’est pas celle de LREM ; toutefois, elle paraît assez proche de celle des adhérents de La France insoumise puisqu’une certaine porosité s’opère entre leurs électorats. Ma vérité est ton mensonge, vice versa et réciproquement…

Au-delà de ces considérations métaphysico-pataphysiques dont le caractère aléatoire aurait comblé la gidouille du père Ubu, reste une question fondamentale : qui mettre dans ce comité de censure ? Qui pour endosser le costume de Monsieur/Madame Vérité ? Et à quelles sources ces gardiens du temple vont-ils s’abreuver ?

L’argument de Pascal Canfin est de poids : « Les fact-checking que l’on trouve après les débats dans la presse arrivent trop tard et personne ne [les] lit. » Il faudra donc que les téléspectateurs prennent pour acquis qu’il existe une vérité officielle, à savoir celle qui défile en bandeau sur l’écran. Ce que ne verront pas les participants au débat, et qu’ils ne pourront donc pas discuter.

Est-on sûr que la démocratie y gagne ?

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