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Coronavirus - Editoriaux - Politique - 22 mars 2020

Covid-19 : y a-t-il un médecin dans le service ?

Le professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique qui informe le gouvernement, a déclaré, la semaine dernière, que lors de la sortie du confinement, il faudra pratiquer une politique de tests de grande envergure pour lutter contre le coronavirus. Mais cette stratégie n’est, hélas, pas possible pour le moment car les tests de dépistage sont en nombre nettement insuffisant. Le confinement actuel aura pour effet de retarder l’évolution de l’épidémie mais n’aura, vraisemblablement, que peu d’influence sur le nombre total de sujets atteints. Nous ne pouvons, cependant, pas rester éternellement en situation de confinement : il faudra donc, après cette période, continuer à dépister les personnes infectées (malades ou non) afin de les isoler et de les traiter.

C’est très certainement ce que nous aurions dû faire depuis le début pour éviter cette situation économiquement et socialement catastrophique. Ce sont les pays qui ont le plus utilisé les tests de dépistage comme Singapour, la Corée du Sud, l’Allemagne et la région de Venise où l’on compte le moins de morts.

Les mesures de dépistage seront donc les bienvenues, mais encore faut-il avoir les tests !
Pour l’instant, en France, les tests diagnostics sont exclusivement réservés aux patients hospitalisés pour un tableau évocateur de Covid-19, aux trois premiers patients résidant en EHPAD qui présentent un tableau clinique évocateur de Covid-19, aux professionnels de santé, aux personnes pouvant déclarer une forme grave (pathologie associée), aux femmes enceintes et aux donneurs d’organes ; ce qui limite considérablement le nombre de gens à tester. Pourtant, il serait grand temps de pouvoir disposer de suffisamment de tests pour effectuer un recensement massif des sujets infectés.

Peut-être était-il difficile de stocker suffisamment de tests, ces derniers mois, car l’apparition d’une épidémie d’une telle ampleur était sans doute difficile à envisager, mais il est difficilement admissible que le personnel soignant manque de masques de protection alors que, jusqu’à il y a une dizaine d’années, ils étaient stockés en quantité suffisante pour faire face à une épidémie et que, sans doute pour faire des économies, on a décidé de diminuer considérablement l’importance des stocks. On voit maintenant le résultat. Les médecins généralistes et les infirmières libérales n’ont toujours pas de masques adaptés, bien que promis à chaque déclaration gouvernementale. Faute de protection, les soignants sont de plus en plus touchés (d’après la presse, il y aurait 20 % de médecins de SOS Médecins infectés). Par ailleurs, le président de la Fédération hospitalière de France a déclaré que 4.000 lits de réanimation pouvaient être déployés dans les hôpitaux privés, mais qu’ils étaient très peu utilisés. On peut y voir une nouvelle manifestation d’incohérence dans la gestion de cette crise par les pouvoirs publics.

On peut également se poser d’autres questions, comme par exemple sur le traitement des personnes infectées (à l’exclusion, bien sûr, de celles qui sont en réanimation et qui nécessitent des soins spécifiques) par l’association hydroxychloroquine et azithromycine, comme le conseille le professeur Raoult, infectiologue à la personnalité atypique, certes, mais à la compétence reconnue. Faudra-t-il attendre une étude randomisée en double aveugle pour savoir si on peut utiliser ces deux molécules, alors qu’elles sont utilisées depuis des années par tous les médecins qui en connaissent bien l’usage ? Le seul risque encouru est que le traitement soit inefficace. Mais comme nous n’en n’avons pas d’autre, on peut dire que ce risque est négligeable.

Ce qui est regrettable, dans ce type de crise, c’est que les mesures proposées sont élaborées par et pour la médecine hospitalière publique sans tenir compte de ceux qui sont au contact quotidien des patients en ville, ou dans l’hospitalisation privée, et dont l’avis, apparemment, importe peu.

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