En 2004, lors de l’épidémie de grippe dite aviaire, des chercheurs belges avaient allégué des effets in vitro de la chloroquine sur le virus H5N1. Mais celui-ci s’étant finalement avéré peu transmissible à l’homme, l’hypothèse n’avait pu, à l’époque, être confirmée in vivo. Elle refait surface aujourd’hui avec le Covid-19 : les Chinois et les Sud-Coréens disent avoir expérimenté la molécule avec succès et, à Marseille, le professeur Raoult a décidé de l’utiliser, il y a plus d’une semaine, sur 24 patients.

Selon ses résultats après six jours, 75 % des patients ne sont plus porteurs du virus, alors que seuls 10 % connaîtraient spontanément cette évolution favorable. La députée marseillaise Valérie Boyer, testée positive au coronavirus, est d’ailleurs actuellement traitée par le virologue phocéen avec cette méthode dont on pourrait s’attendre à ce qu’elle soit confirmée – ou non – par des essais partout dans une France « en guerre ».

Mais pour nos autorités sanitaires (dont on vous épargnera la liste exhaustive), « en l’absence de données cliniques solides et publiques, on ne peut pas en déduire une preuve d’efficacité, ni des recommandations ».

Si on s’en tient à 24 malades, c’est effectivement certain… Et puis, c’est vrai, les traitements à base de quinquina ne sont connus que depuis le XVIIe siècle : ça fait court, pour affirmer qu’on peut les donner sans risque – principe de précaution oblige ! D’ailleurs, nos vieux coloniaux, qui avaient pris une nivaquine tous les matins au petit déjeuner pour éviter le palu, n’ont-ils pas fini en cure à Plombières-les-Bains ou à Châtel-Guyon à cause d’un foie pas très en forme ? Et qu’on ne vienne pas nous dire que c’était seulement à cause des boissons anisées !

Non, pour satisfaire ceux qui ont si bien géré nos capacités de réanimation, nos stocks de masques et de gel hydroalcoolique – auxquels Agnès Buzyn vient de rendre l’hommage appuyé que l’on sait -, il faudrait probablement une étude randomisée polycentrique en double aveugle versus placebo corrigée des variations saisonnières sur 10.000 malades pendant six mois. Les premiers résultats seraient espérés vers Noël et, après avis des commissions nécessaires, l’autorisation de mise sur le marché de la chloroquine dans l’indication « Covid-19 » pourrait voir le jour au printemps prochain.

Amis confinés, rassurez-vous : pour la prochaine épidémie, il ne manquera pas un bouton de guêtre !

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