Mémorial du Camp de Rivesaltes : lutte mémorielle entre la gauche et la droite
Inauguré le 16 octobre 2015 par Manuel Valls, alors Premier ministre, le Mémorial du Camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) est devenu, en quelques années, l’un des principaux lieux de mémoire du sud de la France. Conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, lauréat du concours d’architecture en 2006, ce bâtiment de béton brut s’insère au cœur des vestiges d’un camp où plus de 60.000 personnes furent internées ou regroupées entre 1939 et les années 1960. Son ambition officielle est de transmettre l’histoire du site et de rendre hommage aux populations qui y ont souffert de cet internement. Officieusement, l’objectif semble plus vaste, au point de parler de tous les malheurs de la Terre et, selon certains responsables politiques, tendre ainsi à s’éloigner de sa vocation première. Ainsi, comme souvent lorsqu’il s’agit de mémoire collective, la question du contenu, de la gestion et de l’orientation intellectuelle du lieu suscite de nombreux débats.
Les critiques du mémorial
Ces dernières années, plusieurs voix ont exprimé des réserves sur l’évolution du mémorial. La critique la plus récente est venue de son propre architecte, Rudy Ricciotti. Dans un entretien accordé à Guyonne de Montjou, du Figaro, pour son émission Libre à vous, ce 5 juin, il déplore ce qu’il considère comme une dénaturation progressive de son projet. Selon lui, « l'expérience mystique [...] a totalement été effacée du mémorial », remplacée par une accumulation de dispositifs pédagogiques, de panneaux, de cloisons et d’aménagements qui altéreraient la force évocatrice du lieu, « devenu », selon lui, « une maison de jeunes [...] traitée avec une médiocrité ». Il appelle cela « la névrose de la pédagogie », « alors que la pédagogie, elle est déjà faite, il y a tous les baraquements dans lesquels étaient internés les Juifs, les républicains espagnols, hébergés les harkis ».
«J’ai construit le mémorial de Rivesaltes, mais j’ai honte de la manière dont c’est géré ! C’est géré comme une maison de jeunes ! Ça s’appelle le principe idiot de la démocratie participative. À cause de ça, on n’arrive plus à vivre l’expérience historique du lieu», déplore… pic.twitter.com/6tK3LzyTJ3
— Le Figaro TV (@LeFigaroTV) June 5, 2026
Cette critique soulève ainsi une question plus large : un lieu de mémoire doit-il avant tout transmettre un savoir historique par des expositions et des médiations ou doit-il préserver une forme de silence, de sobriété respectueuse et de confrontation directe avec les vestiges du passé ? Ricciotti semble plutôt défendre cette seconde approche.
Bien avant cette sortie médiatique, en 2025, le député RN Laurent Jacobelli avait déjà dénoncé ce qu’il percevait comme une dérive idéologique du mémorial, devenu selon lui « un temple du wokisme. Ici, on propose des expositions sur l'Ouganda, sur les LGBT, sur tout et rien, pour diffuser une pensée de gauche et pro-migrants. On ne parle plus des harkis. Quelle honte ! », estimant ainsi que certaines expositions éloigneraient l’institution de sa mission première. La direction du mémorial a fermement rejeté ces accusations, rappelant que « le mémorial est un lieu d’Histoire et de mémoires, ouvert sur le monde contemporain ».
Pour la socialiste Carole Delga, un lieu « profondément politique »
Aujourd’hui, le débat semble donc se poursuivre sur le terrain politique. En effet, depuis qu'en mars dernier Julien Potel, du Rassemblement national, a emporté la mairie de Rivesaltes, le devenir du mémorial inquiète plusieurs élus de gauche de la région. Parmi eux figure la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, ancienne secrétaire d’État sous François Hollande et députée PS, qui, lors de l’inauguration de la nouvelle exposition permanente du mémorial, a décrit ce lieu comme « pas seulement architectural ou muséographique, mais profondément politique, au sens le plus noble du terme. Car nous vivons une époque où la vérité historique est contestée, où les récits sont instrumentalisés, où la falsification du passé devient un outil au service de la division. Face à ces tentatives, le Mémorial constitue un rempart. »
Au passage, sur les réseaux sociaux, l’association Culture et Patrimoine juif de Narbonne a déclaré qu’elle aurait « bien aimé être associée ou, du moins, être invitée en tant qu’association culturelle juive », une remarque qui peut surprendre, pour un mémorial consacré notamment au destin des Juifs internés dans cet ancien camp et pour lequel des personnalités israélites comme Serge Klarsfeld ou Simone Veil avait apporté leur soutien lors de sa construction.
Mais alors, si ce lieu est « politique », selon les mots mêmes de la présidente de région, de quel bord est-il ? La question mérite d’être posée. Et si, comme l’écrit Libération, ces déclarations constituent « une référence à peine voilée à l’offensive du RN contre le mémorial », c’est qu’elle n’est pas de droite et, donc, qu’elle est plutôt de gauche. Cette perception ne peut qu’être renforcée, par exemple, par la participation du mémorial à l’événement Nostre Mar organisé par SOS Racisme, association classée à gauche, et auquel participe l’historien Patrick Boucheron, père du spectacle controversé des Jeux olympiques de 2024 et intellectuel de gauche.
Entre ces positions politiques opposées se dessine néanmoins une interrogation légitime. Un lieu financé par des fonds publics, à l’image de l’audiovisuel public ou des grands établissements culturels nationaux, ne devrait pas devenir, par ses choix de programmation ou d’expositions, l’instrument d’un courant politique particulier, qu’il soit de droite ou de gauche, surtout quand cela est plutôt manifeste.
L’histoire d’un camp
Le camp de Rivesaltes fut initialement construit à des fins militaires à partir de 1939. Très rapidement, il devint un lieu d’internement. Des républicains espagnols fuyant la victoire franquiste y furent accueillis, puis des Juifs étrangers, des Tsiganes et d’autres populations considérées comme indésirables par le régime de Vichy. En 1942, environ 2.300 Juifs furent transférés depuis Rivesaltes vers Drancy avant d’être déportés vers Auschwitz.
Après la Libération, le camp ne ferma pas ses portes et servit à la détention de prisonniers de guerre allemands. À partir de 1962, il accueillit plusieurs milliers de harkis et leurs familles après la fin de la guerre d’Algérie. Après leur départ, le camp fut utilisé pour héberger près de 800 militaires guinéens engagés auprès de la France ainsi qu’un petit groupe d’anciens supplétifs originaires d’Indochine. Entre 1986 et 2007, un centre de rétention administrative destiné aux étrangers en situation d’expulsion fut installé sur le site avant d’être transféré en novembre 2007.
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13 commentaires
Ma mère me grondait quand je grattais les croutes de mes bobos. Quand allons nous nous réunir autour de banderoles = » Le mémoriel, basta ».
En tant qu’enseignant,plutôt ciottiste, j’apprécie ce mémorial qui est bien conçu pédagogiquement et traite de tous les réfugiés notamment les Harkis qui y ont une grande place (ainsi que les Juifs et les tsiganes). Certtes je n’apprécie pas la récup de Nostre Mar mais ce mémorial est essentiel et bien tenu.
Une députée socialiste qui vient nous parler de vérités historiques contestées, de falsification du passé… si ce n’était pas aussi cynique de la part de ces dignes héritiers du régime de Vichy ( composé en grande majorité de ministres issus de la gauche, rappelons-le ) ce serait à mourir de rire.
C’est la parfaite évolution d’une majorité de français qui n’en sont plus que des ersatz, socialos gauchos islamos. Seuls le RN ce pelé , ce galeux d’où nous…, maintien la fierté d’être français, de son histoire. La soumission au parti de l’étranger est le lot de quasi tous les autres. La négation de soi en somme…
Vous demandez à la gauche d’avoir un peu d’humilité mais elle ne sait même pas ce que mot veut dire, des traine-savates c’est gens là.
Et si on le transformait en gigantesque CRA ?
Déjà fait notamment pour les Harkis a Bias et St Maurice l’ardoise ou j’ai passé ma jeunesse derrière les barbelés avec couvre feu permanent jusqu’en 1981 surtout a Bias. Je vous sens un peu taquin .
Depuis les sites ont disparu pour ne ne laisser comme trace que les dalles de béton comme témoignage.
.
A ce camp, il serait bien de rappeler que les nazis étaient d’extrême gauche, comme leur inspirateur les fascistes. La vérité historique commanderait un peu d’humilité à la gauche actuelle qui ose faire des leçons de morale…
Après la conquête de la France par le Sud, Rivesaltes fut transféré à Calais.
C’est toujours drôle quand une gauchiste dit « une époque où la vérité historique est contestée, où les récits sont instrumentalisés » ! Les gens de gauche instrumentalisent tout et à eux seuls contestent tous les livres d’histoire de France.
Ce camp était abandonné depuis plus longtemps : j’y suis allé en 91 et il n’y avait plus que des ruines :plus de châssis aux fenêtres, plus de portes. Les cheminées tombées à travers les toitures,on tirait à la carabine sur des canettes. Il n’y avait personne à expulser.
Cette dérive était prévisible (ou prévue?) dès le début de ce mémorial! En février 2017, invité par les enfants de Harkis du pays basque à une conférence sur le projet, j’avais été révolté par le déséquilibre mémoriel au détriment des Harkis: il n’y en avait que pour les républicains espagnols et pour les Juifs. Or ce sont les Harkis qui y ont passé le plus de temps. Je rappelle au passage que de nombreux descendants de ces antifranquistes espagnols ont été particulièrement odieux dans le sud-ouest avec les harkis et les pieds noirs en 1962, ne voulant pas d’eux. S’agissant des seconds c’était au motif qu’ils « n’étaient même pas français » car s’appelant souvent… Sanchez ou Gomez. Ce qui ne manque pas de piquant!
Bien répondu pour les pieds-noirs et surtout les harkis.