Des dizaines de communes prennent des arrêtés de depuis deux jours. Sur la Côte d’Azur : Nice, Menton, Roquebrune-Cap-Martin, Vallauris Golfe-Juan, Mougins. Toujours sur la côte méditerranéenne : Bandol, Pourrières. Dans le midi : Béziers, Montpellier, Perpignan. Dans le nord du pays : Arras et six autres communes du Bruaysis. En Île-de-France : Colombes.

Deux secondes de polémique : pour l’instant, semble-t-il, pas de contestation de ces arrêtés auprès des tribunaux. Les associations ad hoc respectent le confinement, c’est bien ! Il est d’ailleurs fort probable que ces arrêtés se multiplient dans les prochains jours, en appui du décret de confinement pris par le gouvernement. Ces décisions des maires, officiers de police judiciaire, sont certainement très sages.

Néanmoins, on ne peut que souligner certaines incohérences, notamment gouvernementales. Nous sommes « en guerre », a déclaré, martial, le Président, mais, vendredi dernier, n’envisageait pas de couvre-feu national et, en même temps (toujours pareil…), saluait la décision de certains maires d’interdire des lieux de promenade. Le Point explique cela par la crainte que l’instauration du couvre-feu généralisé ne rappelle « trop de mauvais souvenirs ». Bah oui, faudrait se rendre à l’évidence, la France connaît une restriction de la liberté de circuler comme elle n’en a pas connu depuis l’Occupation ! C’est pour la bonne cause dans cette course contre le virus, qui semble pour l’instant avoir un coup d’avance, voire plus, mais c’est un fait. Et si le confinement devait se prolonger de longues semaines, ce qu’à Dieu ne plaise, qui nous dit qu’il ne faudra pas aussi restreindre la liberté d’expression sur les réseaux sociaux quand ça commencera à yoyoter sec dans les têtes de tout un chacun ? Bien sûr, pour raisons sanitaires. La santé mentale, c’est important, aussi. Mais laissons l’anticipation au gouvernement.

Incohérence, donc, que l’on retrouve « sur le terrain ». Ainsi – fait inédit -, le préfet des Alpes-Maritimes a pris un arrêté de couvre-feu pour l’ensemble du département : circulation interdite depuis samedi de 22 heures à 5 heures du matin, commerces alimentaires fermés au plus tard à 21 h 30 (dur pour le petit épicier d’en bas de chez soi). Mais, en même temps, samedi soir, dans le Var voisin, le préfet de la même n’avait encore pris aucune décision. Ses services, dans un communiqué, précisaient même que « l’analyse juridique démontre que la prise des arrêtés concernant le couvre-feu sur le volet sanitaire est de la compétence exclusive du préfet ». En clair, les arrêtés pris par Bandol ou Pourrières pourraient être nuls juridiquement. Toujours en même temps, mais à quatre cents kilomètres de là, samedi, le maire de Perpignan déclarait solennellement à ses administrés : « Perpignannais, Perpignannaises, je tenais à vous informer des décisions que nous venons de prendre en concertation avec M. le préfet et M. le ministre de l’Intérieur, concernant Perpignan. Nous avons décidé d’édicter le couvre-feu… » Ce qui pose un problème dans le Var n’en pose pas dans les Alpes-Maritimes et les Pyrénées-Orientales. Une et indivisible, qu’il disait…

Alors, couvre-feu pour bientôt sur tout le territoire de la République ?

Ouest-France rapporte, ce dimanche, que quatre personnes ont été verbalisées à Falaise parce qu’elles ont assisté à l’enterrement de leur grand-mère. Motif : non-respect des règles de confinement. Ces personnes étaient pourtant détentrices de l’acte de décès et du fameux laissez-passer (dont une nouvelle version serait déjà en cours d’élaboration…). Mais c’est bien connu : la loi est faite pour ceux qui obéissent à la loi. Alors, édicter le couvre-feu partout est une chose. Partout ? Partout, répondra Matamore. Faire appliquer le couvre-feu par tous en est une autre. Sous le couvre-feu couve le feu…

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