[CINÉMA] Le Héros de Berlin, le film posthume de Wolfgang Becker

Amusant mais nettement moins recherché que "Good Bye Lenin !", le film offre malgré tout quelques passages savoureux.
Copyright Frederic Batier / X-Filme AG
Copyright Frederic Batier / X-Filme AG

Nous sommes en 2019 ; les commémorations des trente ans de la chute du mur de Berlin approchent à grands pas. Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Fakt, Alexander Landmann, cherche un sujet percutant pour intéresser ses lecteurs. Très vite, il exhume l’affaire d’un train de Berlin-Est, transportant cent vingt-sept passagers, ayant dévié vers Berlin-Ouest le 23 juin 1984.
Convaincu qu’il s’agissait là d’un acte de sabotage délibéré, Landmann parcourt les archives de la Stasi et retrouve l’identité du responsable, un ancien chef de poste de signalisation qui aurait volontairement dévié l’aiguillage du train à la gare de Friedrichstrasse.

Michael Hartung, désormais propriétaire d’un vidéoclub endetté, reçoit alors la visite du journaliste qui, d’emblée, cherche à l’interviewer et lui propose une rémunération. La tentation est trop grande pour Micha, qui accepte de se prêter au jeu et se retrouve hissé, malgré lui, au rang de héros national. Un engrenage qui va s’avérer incontrôlable…

Le dernier film de Becker

Lorsqu’il sut, environ neuf mois avant le début des prises de vues, que son cancer le condamnait à brève échéance, le réalisateur Wolfgang Becker, connu à l’international pour Good Bye Lenin! (2003), eut le choix entre parcourir le monde ou tourner un dernier film. Il décida finalement de porter à l’écran Le Héros de Berlin, roman de Maxim Leo, écrivain et journaliste d’origine franco-allemande, paru en 2022 et traduit en français chez Actes Sud en 2023. Wolfgang Becker réunit alors pour son ultime long-métrage des acteurs qu’il avait révélés au grand public : Daniel Brühl, Jürgen Vogel et Christiane Paul.

Hélas, décédé en décembre 2024, le cinéaste n’aura pas eu le temps d’achever son travail. C’est Achim von Borries qui se chargea pour lui de la phase de montage et de postproduction.

Imposteur malgré lui

Empreint des thématiques qui firent le succès, jadis, de Good Bye Lenin!, à commencer par la chute du mur et par l’installation du mensonge, Le Héros de Berlin permit au cinéaste – et on ne lui en voudra pas, compte tenu de son état – de rester dans une certaine zone de confort, bien qu’ayant fait l’économie, cette fois-ci, de « l’Ostalgie ». Néanmoins, si le mensonge était de nature pieuse dans le film de 2003, il est ici le fruit d’une forme de lâcheté et d’inconséquence. Car loin d’être le héros qu’affirment les médias et les réseaux sociaux, Michael Hartung (Charly Hübner) n’avait pas prémédité son changement d’aiguillage, cette nuit de 1984. Simplement ivre, il n’a fait que casser le bouton par inadvertance. Trente ans après, c’est lui qui prend un mauvais chemin… Alors qu’il fait la fierté de sa fille Natalie et entame une liaison avec Paula, une procureur qui était présente ce soir-là dans le train et ne manquera pas de le juger le moment venu, Micha voit pleuvoir les propositions alléchantes : passages télévisés, projets de livre et de film, et même une allocution officielle au Bundestag pour la commémoration du 9 novembre 1989 ! La coupe est pleine pour notre « héros » qui commence à avoir des scrupules…

Amusant mais nettement moins recherché que Good Bye Lenin! dans sa mise en scène, Le Héros de Berlin offre malgré tout quelques passages savoureux et permet au cinéaste de se retirer avec les honneurs.

3 étoiles sur 5

Picture of Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois