[VUE D’ARGENTINE] Défaite en Coupe du monde et chances de réélection pour Milei

Malgré une brève expérience dans une équipe de football, il est fort peu probable que J. Milei se laisse abattre.
Les fans argentins attendent le retour de leur équipe le 20 juillet. (Photo by Luis ROBAYO / AFP)
Les fans argentins attendent le retour de leur équipe le 20 juillet. (Photo by Luis ROBAYO / AFP)

En cette froide après-midi d’hiver, le peuple argentin est encore sous le choc du naufrage, en Coupe de monde de football, face à une vaillante et méritoire équipe d’Espagne. Comme consolation, on pourra dire que l’envol de la coupe vers la mère patrie est bien moins douloureux que si cette déroute eût été le fait de l’ennemi héréditaire d’outre-Manche. De toutes façons, il convient de remettre les événements à leur juste place et, politiquement parlant, il est certain qu’une quatrième étoile dans le prestigieux tournoi n’aurait pas pesé lourd face aux maudits neuf défauts sur la dette qui demeurent pour l’instant un péché originel de difficile rédemption.

Malgré une brève expérience dans une équipe de football dans laquelle il officiait comme gardien de but et était surnommé « El Loco » – le fou –, il est fort peu probable que Javier Milei se laisse abattre par l’adversité. Gageons qu’il est décidé à profiter des 15 mois qui le séparent des élections pour accélérer au maximum son ambitieux programme de réformes.

Démission du chef de cabinet pour fraude fiscale

Le seul fait marquant d’un mois de quasi-léthargie – championnat du monde oblige – est la démission, au demeurant trop tardive, du très antipopulaire chef de cabinet, Manuel Adorni, soupçonné de fraude fiscale. Cette affaire est doublement misérable. Son montant (de l’ordre de 440.000 euros) est, heureusement, parfaitement ridicule par rapport aux « standards » péronistes qui surfent sur des vagues de dizaines de milliards, mais le plus incompréhensible est la lenteur de son expulsion qui ne fait aucun bien au label de transparence que s’acharne à imposer Javier Milei.

Son remplaçant, M. Diego Santilli, politicien chevronné qui a longtemps milité dans le parti de centre droit de l’ancien président Macri, quitte son poste de ministre de l’Intérieur et arrive aux affaires porteur d’une réputation d’habile négociateur, d’excellent communicant et semble surtout doté d’un pragmatisme précieux en cette période préélectorale. Il devrait employer ses talents de modérateur pour unifier l’équipe gouvernementale souvent victime de péchés de jeunesse d’ego mal contrôlés.

Pour synthétiser, nous pourrions distinguer trois lignes d’action nécessaires pour que Javier Milei puisse se présenter confortablement devant les électeurs, au mois d’octobre 2027 : en terminer une bonne fois pour toutes avec les ambitions péronistes, consolider définitivement le secteur externe et donner le coup de grâce à l’inflation et lancer un paquet de lois pour relancer les investissements et l’économie

Trois lignes d'actions nécessaires

La première clause est probablement la plus facile à gérer. En effet, d’une certaine manière, le travail est en train de s’accomplir de l’intérieur. Sur toile de fond, le méga procès dit « des cahiers de la corruption » dont nous avions parlé dans ces colonnes et qui durera des années, révélant chaque jour l’obscénité du pourrissement de la plupart des dirigeants kirchneristes (certains déjà sous les verrous, dont l’ancienne présidente) et d’une ample brochette de grands industriels complices de gigantesques pots de vin dans des concessions de grands travaux. Parallèlement, l’étau judiciaire se resserre sur Martin Insaurralde, ancien maire de l’immense commune de La Matanza, 2.000.000 d’habitants et collaborateur très proche de M. Kicillof, actuel gouverneur de la province de Buenos Aires qui ne peut qu’être fortement éclaboussé par un énorme scandale naissant. Les ambitions présidentielles de ce dernier, déjà amoindries par une gestion calamiteuse notamment en ce qui concerne la sécurité, se heurtent à l’aigre animosité de Cristina Kirchner, enfermée pour six ans. Sans parler des syndicats maffieux en perte de vitesse. La fidélité des derniers gouverneurs est douteuse. Le panorama est lugubre.

Le secteur externe, historiquement talon d’Achille de la politique argentine, est sous contrôle. La banque centrale accumule des réserves à un rythme près de deux fois supérieur au niveau accordé avec le FMI. Les exportations boostées par les hydrocarbures de « Vaca muerta » devraient atteindre 100 milliards de dollars en 2026, record historique. La priorité de Luis Caputo, ministre des Finances, passe plus par la baisse du coût de la dette que par le respect des échéances.

L’inflation de 1,9 %, en juin, est à la baisse et devrait diminuer lentement, dans les mois à venir. La liste des projets de lois et décrets prévus est fort longue. Pour ne pas fatiguer le lecteur, nous citerons la réforme tributaire pour alléger la pression fiscale, la loi d’inviolabilité de la propriété privée, le réforme des retraites, la réforme des statuts de la banque centrale garantissant son indépendance, la réforme du Code pénal vers un durcissement des peines, etc. Et, bien sûr, une quantité impressionnante de normes paralysantes qui devraient passer de vie à trépas sous la pression du « normicide » de M. Federico Sturzenegger.

La presse fait état d’une légère reprise des salaires. L’emploi progresse dans les provinces pétrolières et minières ; il stagne ailleurs. Si l’amélioration modeste de l’humeur populaire se maintient, le plus dur sera fait.

Et Javier Milei, gardien de but de l’Argentine, aura dévié le penalty fatal.

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Michel de Saizieu
Essec, vit en Argentine depuis 1973, CEO d’entreprises agricoles, ancien Conseiller du commerce extérieur de la France à Buenos Aires.

Vos commentaires

3 commentaires

  1. Un pays magnifique, un potentiel géant ; une splendeur, ruinée consciencieusement depuis Peron. Mais voici une capacité à renaître, même si ça prendra longtemps. Et quel contraste avec l’inaction gouvernementale française sidérante sur l’économie de notre pays qui se meurt d’une société basée sur la consommation, cette impasse.

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