Deux amendements au projet de loi santé de Marisol Touraine proposent de supprimer la clause de conscience des médecins et le délai de réflexion existant jusqu’à présent. Quelles conséquences si ces deux mesures étaient votées ?

Malheureusement, ces dispositions vont prendre acte d’une réalité plus qu’elles ne vont contribuer à changer une situation qui a déjà évolué dans un sens catastrophique. Le monde médical, s’agissant de l’avortement, a complètement perdu la conscience du bien et du mal. Le nombre de gynécologues-obstétriciens français qui ne pratiquent pas l’avortement se comptent sur les doigts d’une seule main. Et ces quelques résistants ont tous eu des ennuis. À quoi bon et comment se battre pour garder une morale et des contraintes formelles qui ne correspondent plus à rien ?

On assiste, en fait, à une dérégulation complète de l’avortement, cet acte étant devenu positif, citoyen et républicain dans l’esprit des gens et dans le discours politico-médiatique. À partir du moment où l’avortement a été hissé au rang de « droit fondamental » par l’Assemblée nationale, fin 2014, les quelques freins à l’utilisation de ce droit apparaissent comme dérisoires. Quant aux amis qui occupent efficacement un espace de résistance, le seul domaine dans lequel ils hésitent à résister, c’est celui du respect de la vie humaine des premiers instants au dernier souffle. Manque de chance, quand on a lâché sur le respect de la vie, tout se détricote et plus rien ne tient !

Les partisans de ces amendements estiment que le délai de réflexion est une manière d’« infantiliser » les femmes qui voudraient avoir recours à l’avortement et qu’il « stigmatise l’avortement comme un acte médical à part ». Que leur répondez-vous ?

Si « infantiliser » les femmes signifie les conduire à réfléchir à l’irréversibilité de l’acte qu’elles vont commettre, c’est une bonne mesure. Offrir un délai de remords, de repentir, pouvoir se rétracter, avoir le droit de changer d’avis, se rendre compte qu’on s’est trompé de chemin est une attitude profondément humaine. Au contraire, vouloir enfermer les gens dans une décision hâtive, précipitée, prise le plus souvent sous la contrainte, est attentatoire à la liberté.

Quant à la stigmatisation de l’avortement comme un acte à part, c’est justement ce que les socialistes (comme d’ailleurs une grande partie de la droite parlementaire) veulent éviter. Mais l’avortement, par nature, est un acte à part. L’avortement n’est pas l’acte d’un médecin mais celui d’un avorteur, les deux professions ayant toujours été soigneusement distinguées jusqu’à ce vote par lequel des nations, longtemps civilisées, ont renié ce que, pendant plus de 2.000 ans, tous les maîtres de la médecine avaient constamment juré (Hippocrate, 400 ans av. J.-C.).

« L’avortement est un droit, mais il y a un acharnement militant pour le banaliser », a regretté Hervé Mariton, député UMP. L’IVG, aujourd’hui, est devenue un acte banal ?

Le fait de procurer la mort d’un enfant avant sa naissance, avec la complicité de la médecine, n’a jamais été et ne sera jamais un droit en dépit des pétitions de principe et des déclarations incantatoires. En effet, par définition, il s’agit d’un acte injuste. La justice consistant à « rendre à chacun ce qui lui est dû », nul ne peut prétendre que la mort soit due à qui que ce soit, fût-ce un enfant non désiré.

Se plaindre d’un acharnement militant pour banaliser l’avortement, en répétant que l’avortement est un droit, c’est se plaindre des conséquences dont on chérit les causes. Les législations sur l’avortement n’ont pas été produites par des enfants de chœur. Elles produisent mécaniquement leurs effets dont le premier est le vieillissement de la population, remplacée peu à peu par une population d’origine étrangère à la démographie plus dynamique. de masse, immigration de masse. La géopolitique est une affaire de démographie, les politiques l’ont oublié.

Après la suppression de la « situation de détresse » dans la loi début 2014, et les deux nouveaux amendements présentés ce mois-ci, quelle prochaine étape peut-on craindre ?

Il est encore possible d’étendre les délais pour avorter, sachant qu’une raison dite médicale comme le handicap de l’enfant permet déjà d’avorter jusqu’à neuf mois de grossesse.

L’idéal pour les promoteurs de l’avortement libre et gratuit serait, à la limite, qu’une loi ne soit même plus nécessaire pour accomplir un acte dont la nature serait comparable à celle de n’importe quel autre acte médical.

D’ores et déjà se profilent des mesures d’essence totalitaire. En effet, le plan national de Mme Touraine prévoit d’établir une liste d’établissements de santé dont « l’activité d’IVG est insuffisante ». Ces établissements devront, dans le cadre de contrats d’objectifs et de moyens, s’engager sur des quotas d’avortements, à hauteur d’1 avortement pour 4 naissances.

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