Le suspense était insoutenable. Le ci-devant Premier ministre allait-il être recasé en tant que président de l’Agence de financement des infrastructures de transports de France ou était-il appelé à d’encore plus nobles fonctions ? Histoire de soulager l’angoisse de nos lecteurs, nous sommes en mesure de dire que oui : même s’il rêvait de diriger la SNCF, CDD assez bien rémunéré et fortuitement occupé jusqu’en 2024, Emmanuel Macron l’a finalement nommé à la tête du groupe RATP, ce mercredi.

Bref, on respire. Il aurait été dommage que les Français se privent d’un tel talent, tant est de l’étoffe des grands. C’est bien simple, et ce, au seul niveau du charisme : à côté de lui, Michel Houellebecq, c’est Gilbert Bécaud, Monsieur 100.000 volts.

Après, ne soyons pas taquins plus que de raison : de telles méthodes sont aussi vieilles que les institutions de cette Cinquième République ayant au moins montré l’exemple à nos amis écologistes en matière de recyclage de vieilleries périmées. La preuve par Alain Madelin et Charles Millon, anciennes demi-soldes de la Chiraquie, millésime 1995, ayant ensuite connu une seconde vie ; l’un, en 2010, à la tête du Groupement d’intérêt public pour l’éducation numérique en Afrique, comité Théodule dissous par l’État trois ans plus tard. L’autre bombardé ambassadeur français auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, de 2003 à 2007. Rien de fondamentalement scandaleux, quand on sait que la chanteuse Georgette Lemaire fut nommée au Conseil économique et social par François Mitterrand en 1989, au même titre que l’amuseur Harlem Désir à deux reprises, de 1989 à 1994, puis de 1997 à 1999.

Emmanuel Macron ne pouvait donc déroger à cette longue tradition de copains recasés au gré des infortunes électorales et des jeux de chaises ministérielles. Élisabeth Bourguignon, par exemple, éphémère ministre de la Santé d’Élisabeth Borne et battue aux dernières élections législatives, se retrouve illico parachutée à l’IGAS, l’Inspection générale des affaires sociales. Puis Emmanuelle Wargon, naguère ministre du Logement dans le gouvernement de Jean Castex, est à son tour propulsée, en août 2022, à la direction de la Commission de régulation de l’énergie ; on espère que, par les temps qui courent, cette dame ne compte pas ses heures.

Toujours dans le même registre, il y a Jean-Michel Blanquer, ex-ministre de l’Éducation nationale et caution droitière d’Emmanuel Macron. Rassembleur, il parvient à se fâcher en même temps avec la droite et la gauche avant d’être défait par le lepéniste Thomas Ménagé aux mêmes élections législatives. Et se retrouve désormais intronisé professeur de droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas, provoquant ainsi l’indignation du président de cette faculté, Stéphane Braconnier : « Il m’a été demandé d’envisager la possibilité d’accueillir au sein de notre université l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, agrégé de droit public, spécialiste de droit constitutionnel et de droit public comparé. » Avant de démentir cette information devant le tollé provoqué, Anne Roger, secrétaire générale du syndicat SNESUP-FSU s’étant tôt insurgée : « Il suffit qu’un ministre ait besoin d’un poste et on en trouve un, c’est scandaleux ! »

Pourtant, il est un fait que ces mauvaises habitudes – tradition républicaine, objecteront les plus indulgents – commencent à faire sévèrement tousser. Marianne, pourtant bonne fille, commençant à faire figure de mémère poussée dans les orties. Ainsi, Amélie de Montchalin, un temps ministre de la Transition écologique avant d’être renvoyée à ses chères études par les électeur mélenchonistes, toujours lors de ces foutues élections législatives, a-t-elle été pressentie pour une possible nomination d’ambassadrice à Rome, Londres ou Madrid.

Le Quai d’Orsay s’étant dressé vent debout contre une telle hasardeuse promotion, ne reste plus à cette macroniste de la première heure qu’à briguer une fonction tout aussi prestigieuse.

Juré à la prochaine édition de l’Eurovision ?

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19 octobre 2022

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27 commentaires

  1. Je ne suis pas mécontent. Au moins, Castex est utile au poste qu’il tient, çà vaut mieux que de pantoufler à la Cour des comptes à peigner la girafe

  2. Du temps de Louis XIV on aurait parlé de « fait du prince ». Mais pour l’adolescent gâté qui dort à l’Elysée, l’Etat c’est encore « Moi ». Rassurons nous du moment qu’on a « fait » l’ENA on est bon à tout. Une dame n’est elle pas justement déjà passée de la RATP aux Armées etc. etc. etc . ? Et puis serait-ce humain de laisser un vieux serviteur bien docile se chercher tout seul un travail honnête ?

  3. S’il fallait un compétent à la présidence de la RATP , c’est sur que Castex est le profil idéal , il a géré à merveille … la période covid , un homme de cette qualité doit obligatoirement être sollicité , pauvre france … !!!!

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