Condé-sur-Sarthe : permission de sortie familiale pour la tête d’un réseau de narcotrafic

Détenu au QLCO de Condé-sur-Sarthe, Adel G. a obtenu une permission malgré l’avis défavorable du parquet.
@Matthew Ansley/unsplash
@Matthew Ansley/unsplash

Être incarcéré dans la prison qui accueille certains des criminels les plus dangereux de France n’enlève pas le droit de sortir prendre l’air. Pas même, semble-t-il, lorsque l’on est présenté comme le chef d’un important réseau de narcotrafic.

Adel G., lié à la Mocro Maffia, en a fait l’heureuse expérience. Incarcéré au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), il a obtenu d’un juge de l’application des peines (JAP) une permission de sortie, alors qu’il a été condamné, en novembre dernier, à huit ans de prison, révèle Le Figaro.

Une permission qui fait grincer des dents

Cet étranger, frappé d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), a ainsi été autorisé à quitter la prison pour le week-end afin de se rendre à Mulhouse, près des frontières suisse et allemande, où il devait retrouver sa sœur. Une décision motivée par le maintien des liens familiaux, prise malgré les avis défavorables du parquet et de l’administration pénitentiaire.

Car être détenu au QLCO n’est pas anodin. C’est un signe de la dangerosité des criminels qui s’y trouvent et, surtout, de la nécessité de les tenir loin des occasions de fuite. Raison pour laquelle cette décision du JAP n’a pas manqué de faire réagir. « Soit le placement en QLCO est justifié et il ne devrait surtout pas bénéficier d’une permission de sortie, soit son profil permet une permission de sortie, alors il n’a rien à faire dans ce secteur et doit intégrer un établissement classique », souffle-t-on, dans le milieu pénitentiaire.

Quand les permissions tournent à la cavale

Qu’un individu soit détenu en QLCO ou ailleurs, le risque de fugue n’est d’ailleurs pas théorique. En témoigne ce début de mois d’août qui en fournit un autre exemple : lundi dernier, le tribunal correctionnel du Havre jugeait un détenu de la prison de Nantes qui n’avait pas réintégré son établissement à la suite d’une permission de sortie accordée le 6 juillet. L’homme, interpellé 25 jours plus tard au Havre, avait pourtant écopé d’une peine de 12 ans d’emprisonnement pour « extorsion et séquestration avec actes de torture ou de barbarie », révèle Le Courrier cauchois. Des crimes qui exigent, en outre, un examen psychiatrique avant qu’on n'autorise une sortie provisoire.

En mars, c’était à l’occasion d’une sortie culturelle organisée au Louvre qu’un détenu de la prison de Nanterre s’était évadé par le métro parisien. Babacar D., très connu de la police du XVe arrondissement pour trafic de stupéfiants et cambriolages, avait été retrouvé plusieurs jours plus tard au Sénégal alors qu’il devait purger sa peine jusqu’en 2028.

Quelques jours plus tôt, le 27 février, Ouest-France révélait qu'un prisonnier du centre de détention de Joux-la-Ville (Yonne), condamné pour une série de vols, avait profité, lui aussi, d’une autorisation de sortie pour aller voir son père souffrant, avant de se volatiliser. Avant d’être interpellé après 13 jours de cavale, il avait eu le temps d’agresser, avec des complices, un homme avec lequel il avait eu un différend.

En janvier, la BAC de Saint-Malo a mis fin à une cavale de huit mois d’un détenu de la maison d’arrêt de Nantes qui s’était enfui, lui aussi, à l’occasion d’une permission de sortie. L’homme, qui devait purger une peine de cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants, avait été arrêté en possession de 16 grammes de résine de cannabis. Des faits qui lui ont valu une nouvelle condamnation à… six mois d’emprisonnement ferme, toujours selon Ouest-France. Sa fugue lui aura fait gagner deux mois de liberté.

Qu’ils adviennent lors d’une sortie sportive à Valence en février 2025 ou au planétarium de Rennes en novembre de la même année, à Brest en mai 2024 ou à Mulhouse en septembre 2024, les exemples s’accumulent et interrogent d’autant que les « non-réintégrations de permissions de sortie sont régulières », confie-t-on encore, du côté des syndicats.

« La permission de sortie est un pari sur la réinsertion parfois risqué, mais qui doit se construire avec l’avis du terrain », estime-t-on dans les rangs. Une prudence que les syndicats pénitentiaires avaient déjà défendue en novembre 2025, lorsque la permission de sortie accordée à un détenu du QLCO de Vendin-le-Vieil avait, elle aussi, fait monter au créneau les représentants du personnel.

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Est il rentré? Peut être, on le saura dans quelque jours.
    Sinon motus. Je serais le ministre de la justice, le guignol qui a autorisé cette sortie,serait embastillé seance tenante, et si l’évadé commettait un meurtre, le responsable de cette sortie, immédiatement exécuté, en attendant l’auteur éxécuté sans procés. Cela remettrait de l’ordre dans la faune de la justice.

  2. avec tout ce qu’on nous met sous les yeux chaque jour ,on trouve encore des juges indignes qui commettent boulettes sur boulettes ,heureusement que dans le lot ,il en reste quelques uns qui font de la résistance au grand n’importe quoi….. Comment et pourquoi ces lascars décérébrés sont-ils encore en fonction?

  3. Combien de fois faudra -t-il rappeler que le JAP ne sert à rien et que l’on peut douter fortement que la corruption lui soit étrangère ?

  4. Pourquoi les français jugent les juges incompétents et ridicules? Parceque les juges ont ce don incroyable de se ridiculiser et de ridiculiser notre pays. Qui peut s’identifier à ça? Qui a envie de faire partie de ça? Les juges se voient forts mais nous on les voit faibles et sans consistance… D’ailleurs l’exécutif et le législatif sont aussi concernés, c’est pathétique de nullité tout ça et le pire c’est qu’ils nous coûtent un pognon fou…

  5. La première permission de sortie, c’est après que la peine a été purgée ! Les juges auraient-ils besoin d’un référendum pour confirmer cette évidence ? Ils n’ont qu’à demander !

    • Vous avez certainement raison ! Mais doivent-ils pour cela, par des jugements emprunts de lâcheté, de soumission, laisser régner et se répandre la peur et la violence dans la société qu’ils sont censés défendre et protéger !? Et les profs, les médecins, les policiers, les pompiers et quantités d’autres fonctionnaires, n’ont-ils pas peur ? Ne prennent-ils pas des risques ? Si les juges ont peur, c’est qu’ils n’ont pas compris la responsabilité de leur fonction et ce qu’elle implique. Qu’ils changent donc de métier s’ils ne sont plus capables d’en assumer les risques !

    • Le juge, quoi qu’on en pense, a sa place dans le tribunal: il connaît le droit et notamment les peines encourues. Mais à ces propositions de peine se heurte un espar: le juge a aussi la possibilité de moduler la peine qu’il prononcera, du fait d’arguments ou d’arguties telles que, très franchement, c’est souvent idéologiquement vers le bas qu’il module….
      Une proposition serait de faire entrer un peu de justice populaire dans nos tribunaux. Un co-juge tiré au hasard dans une liste de gens non fichés, non condamnés évidemment, partagerait cette possibilité de modulation à son compte, possibilité de modulation dont les juges ont objectivement usé et abusé, genre deux ans de prison et 45 000 euros d’amende réduits à 30h de TIG et un rappel à la loi, ,style qui nous a donné la société actuelle. Le co-juge (la terminologie reste à affiner), mis au fait de la fourchette des peines encourues pour un délit ou un crime ne valant pas les assises. Egalement mis au courant des faits reprochés, ainsi que du contexte de la survenue du délit ou du crime. Il aura alors à juger de la gravité des faits reprochés et de la sévérité de la condamnation à apporter. Sa position sera, hors public, comparée avec celle apportée par le juge. Si les deux versions sont voisines, à eux deux d’être consensuels. Par contre, si l’un est nettement moins-disant, et que l’autre est au contraire plus-disant, avec un écart important, c’est la version du co-juge qui serait retenue.
      Ce n’est qu’une ébauche, mais ce recours au bon sens populaire rendrait la justice plus proche des attentes d’un public que la justice devait initialement protéger, avant que des notions idiotes et gauchistes, n’en dévoient le fonctionnement et les attentes. La gauche est un agent destructeur!
      `Le co-juge serait désigné. par tirage au sort, pour un jour ou une semaine, pour une affaire ou sans limite, toutes ces notions. restent à affiner pour la mise en œuvre du barnum.
      L’intention est d’obvier à la trop grande permissivité de certains juges, ou à la hargne et la précipitation de ceux (ou celles, coucou, Bénédicte la mal nommée…) aux avis un peu trop idéologisés ou politisés, qui font la honte de leur profession, malgré leurs effets de manches outragés ( tiens, encore l’influence de la gauche!)

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