25 août : le député Pierre Goujon, mort au combat

Pierre Goujon, dit Pierre-Goujon, est le tout premier député (et aussi parlementaire) mort pour la France pendant la guerre 1914-1918. Né en août 1875 à Paris, il est le fils du docteur Étienne Goujon (1840-1907), maire du XIIe arrondissement de Paris de 1879 à 1900 et conseiller général de Pont-d’Ain entre 1883 et 1901. Contrairement à son père Étienne, qui a servi en 1870 comme médecin-major dans l’armée du Rhin, Pierre Goujon se destine à devenir avocat et non médecin.

Après de brillantes études, Pierre Goujon devient premier secrétaire de la conférence des avocats, au cours de l’année 1902-1903. Il se marie en 1905 avec Julie Reinach, fille de Joseph Reinach (1856-1921), écrivain, journaliste et député des Basses-Alpes (1889-1898 puis 1906-1914). Attiré par la politique, le jeune avocat se présente comme candidat de gauche aux élections du 24 avril 1910 dans la première circonscription de Bourg-en-Bresse. Son programme lui permet de battre le député sortant, Victor Authier (1856-1945). Inscrit au groupe de la gauche radicale, il siège à la Commission des affaires extérieures, des protectorats et des colonies, puis à la Commission de l’armée. C’est pourquoi il défend la loi de trois ans de 1913.

Il se représente lors du scrutin des 26 avril et 10 mai 1914. Dans sa profession de foi, il redit combien cette prolongation du service militaire est nécessaire, car face aux 900.000 hommes de l’armée active allemande, notre pays “ne pouvait en donner que 500.000”. Il est réélu dès le premier tour. Lorsque survient la Première Guerre mondiale, sergent de réserve, il est incorporé au 223e régiment d’infanterie, régiment de réserve du 23e régiment d’infanterie, le régiment de Bourg-en-Bresse. Il aurait pu, comme nombre de ses collègues, rester siéger plutôt que d’aller au front. Mais il estime que son devoir de patriote importe plus. Le régiment qu’il rejoint est alors composé de 42 officiers, 125 sous-officiers, 2.080 hommes de troupe et 127 chevaux.

Au petit matin du 25 août 1914, alors que s’engage la bataille de Lorraine qui prendra fin le 13 septembre 1914, le 223e RI et le 36e régiment d’infanterie coloniale sont chargés d’enlever aux Allemands la lisière des bois de Charlieu, près de Méhoncourt. Pierre Goujon est de la bataille. Blessé à la tête de sa section, il se panse lui-même et veut repartir à l’assaut. Mais une balle l’atteint au front. Il meurt ainsi au combat de Méhoncourt, le 25 août 1914, à quelques jours de son 39e anniversaire. Il n’aura pas le plaisir de voir l’ennemi non seulement arrêté mais refoulé. Sa disparition passe inaperçue dans la presse. Le Parlement a suspendu ses travaux. Il faut attendre le 22 décembre, reprise de la session, pour que Paul Deschanel, président de la Chambre des députés, prononce son oraison funèbre et celle des deux autres députés morts pour la France depuis le 25 août : Édouard Nortier, député-maire de Neuilly-sur-Seine, capitaine de réserve au 73e régiment d’infanterie territoriale, mort le 6 septembre à la tête de ses troupes ; et Paul Proust, député de la Savoie, sergent au 97e régiment d’infanterie, tué lui aussi à l’ennemi, le 24 octobre 1914.

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