Ce vendredi matin, au Panthéon, a prononcé un discours pour célébrer le 150e anniversaire de la proclamation de la République ; hommage à ce 4 septembre 1870 où Léon Gambetta proclama le nouveau régime, depuis le balcon de l’hôtel de ville de Paris, devant la foule rassemblée, à la fois enthousiaste et inquiète, brandissant des drapeaux tricolores, comme pour conjurer le sort, face au désastre annoncé de l’invasion prussienne.

France Inter, radio nationale de service public – ne l’oublions pas –, pouvait-elle passer l’événement sous silence ? Non, bien sûr. L’inénarrable stakhanoviste politique de la station, Thomas Legrand, s’est lancé dans une exégèse de la notion de République avec un courage subversif et une audace éditoriale dignes de louanges. Voyez plutôt.

Il commence par nous dire que « l’idée républicaine et toutes les valeurs qu’elle charrie n’étaient (jusqu’à il n’y a pas si longtemps) pas acceptées par tous ». Ouh là ! passons sur l’emphase du verbe charrier, passablement péjoratif, qui nous ramène, en pensée, aux heures les plus sombres de la Ire République, dont les tombereaux charriaient les condamnés vers la guillotine… dépouillés de leurs valeurs d’aristocrates. Faut pas charrier, tout de même !

Heureusement, après cette galéjade involontaire, notre éditorialiste militant se ressaisit et reprend le travail pour lequel nous le payons : , répète-t-il deux fois, « se dit républicaine » ; « laïcarde » ; une « entourloupe politique » pour gagner la présidentielle. À preuve, Jean-Marie Le Pen « vénérait les Chouans » et avait créé le FN, en 1972, « avec d’anciens vichystes, des monarchistes et des pro-Algérie française antirépublicains ». Quelle fulgurance de la pensée dans le syllogisme : Jean-Marie aime les Chouans ; Marine est la fille de Jean-Marie ; donc Marine n’est pas républicaine. Logique !

Deuxième démonstration : alors que les trotskistes seraient « hors des canons de la République », leur récupération par Jean-Luc Mélenchon au sein de LFI « les a républicanisés ». Une preuve ? Le patron de LFI finit ses discours par : « Vive la République en France et vive la France en République ! » Logique !

Que veut, finalement, nous faire comprendre ce bon soldat du service public macronien par ces deux démonstrations imparables ? Qu’en ce 150e anniversaire de la République, nous ne devons pas oublier que Jean-Luc Mélenchon – dont la démagogie électoraliste n’est pas questionnée – a sauvé la république de l’hydre communarde ; mais surtout que Marine Le Pen exhale, sous un sourire figé, des relents de peste brune.

Son détournement sémantique du terme « républicain » donné pour « démocrate » démontre, une fois de plus, la partialité abusive d’un service public radiophonique dont les officiants d’un politiquement correct poussé à l’extrême se posent en commissaires politiques de la pensée obligatoire.

Qu’est-ce que la République ? Un État non monarchique ou impérial, point. Et pas toujours démocratique… Dont les vertus pacifiques sont loin d’être évidentes. Il y a 150 ans, la IIIe, puisqu’il en est question, s’établit quand même au prix d’une guerre civile urbaine et d’une « semaine sanglante » qui fit 20.000 morts. Peut-on l’entendre ? Et quoi qu’en dise notre politologue de service public, le consensus républicain n’est pas si récent. « Ce fut, écrivait Bainville, la République qui signa la paix. Elle vint à bout de la Commune et rétablit l’ordre […]. Alors les craintes que la République inspirait – révolution, guerre sans fin – s’évanouirent. Et ces causes réunies firent que le régime républicain, d’abord provisoire, devint définitif. »

Non. Ce qui est récent, c’est la défiance des Français de 2020 pour un régime qui leur paraît corrompu, inégalitaire et liberticide. Pour ces nouveaux « Gaulois réfractaires », l’enfumage médiatique et les beaux discours commémoratifs, lourds des poncifs du « vivre ensemble », ne sont que triste comédie.

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