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Armées - Editoriaux - Histoire - 14 mai 2020

15-17 mai 1940 : à Stonne, l’héroïsme des soldats français

Bataille oubliée de la Seconde Guerre mondiale, Stonne symbolise, à bien des égards, la résistance et la pugnacité de l’armée française face à l’invasion ennemie, suite à l’offensive du 10 mai. Les combats s’engagent le 14 mai aux alentours de cette petite ville des Ardennes, située au sud de Sedan, prise le 13 mai par les Allemands.

Stonne est un verrou stratégique car il permet l’accès aux routes vers Paris, vers le centre et le sud de la France. Les Français disposent de 42.500 hommes et de 130 chars face aux 90.000 hommes et 300 chars ennemis. Malgré ce rapport de force défavorable, les soldats français vont défendre leur territoire de manière acharnée. En effet, au plus dur des combats, entre le 15 et le 17 mai, le village, qui compte alors une soixantaine d’âmes, sera pris et repris par les Allemands. Il change de mains dix-sept fois au cours de ces trois jours !

L’affrontement est à la fois brutal et meurtrier, causant la disparition de 7.500 Français (tués et blessés), de 26.500 Allemands (tués et blessés) et entraînant la destruction de 33 chars français et de 24 chars allemands. Deux épisodes significatifs incarnent l’âpreté des combats.

Le 16 mai, le capitaine Pierre Billotte (1906-1992), du 41e bataillon de chars de combat (41e BCC), pénètre dans Stonne avec son char Renault B1 bis et traverse la place du village. De l’autre côté arrive une colonne de panzers allemands. Un obus perforant étant déjà prêt dans le canon, Billotte ordonne le tir et fait mouche sur le Panzer IV en tête du convoi. Le char de tête immobilisé, la colonne allemande ne peut plus avancer. Alors, il tire sur les autres chars alignés. L’un après l’autre, 13 blindés allemands sont mis hors de combat. Au cours de la canonnade, le char B1 bis de Billotte reçoit 140 impacts issus des tirs adverses, mais le blindage du char français se révèle plus résistant. C’est d’ailleurs le point fort de ce type de char. Son blindage très épais le met à l’abri de nombreux tirs ennemis.

Le lendemain, le 17 mai, en fin d’après-midi, une section de trois chars B1 bis du 49e BCC (qui appartient, comme la 41e BCC à la 3e division cuirassée) entre dans Stonne. L’un d’eux, baptisé Riquewihr, est conduit par le lieutenant Domecq. Il se trouve face à face avec une colonne de fantassins allemands qui tente de se protéger dans une portion de fossé le long de la route. Les Allemands ouvrent le feu sur le char français. Celui-ci poursuit sa route et neutralise les tirs en écrasant les occupants du fossé sous ses chenilles. Arrivés dans le village, les défenseurs allemands rompent le combat, pris de panique à la vue des chenilles couvertes de sang. On parlera du char Riquewihr comme du « Boucher de Stonne ».

Au soir du 18 mai, les Français tiennent toujours tête à dix divisions d’infanterie et deux , stoppant net leur avancée. Le général Heinz Guderian (1888-1954) est furieux car les Français viennent de menacer le 19e corps d’armée allemand. Mais les Français ne contre-attaquent pas, perdant l’occasion de transformer le statu quo en victoire. Du 19 au 22 mai, un calme relatif règne sur la zone avant une reprise des combats, de manière sporadique.

Les forces allemandes, sans cesse renforcées, luttent pour conquérir chaque bois, chaque village, chaque élévation. La bataille ne concerne plus seulement le village de Stonne, mais tout le massif situé à l’ouest du canal des Ardennes.

Les unités françaises sont usées par l’engagement incessant. L’état-major doit aussi tenir compte de l’évolution de la situation sur le reste du front. Finalement, les troupes françaises reçoivent l’ordre d’évacuer leurs positions le 25 mai. L’historien allemand Karl-Heinz Frieser cite un officier allemand comparant Stonne à Monte Cassino et Stalingrad !

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