Culture - Editoriaux - Politique - Santé - 14 juillet 2018

Vite, un plan pour sauver la pauvre Agnès Buzyn !

Pauvre Agnès Buzyn ! Il paraît qu’Emmanuel Macron aurait fait fondre en larmes le ministre de la Santé. C’est ce que révélait Le Canard enchaîné mercredi. Mme Schiappa va-t-elle devoir laisser ses piges à Paris Match pour se pencher sur un dossier de harcèlement au travail au gouvernement ? Ce serait une première.

De quoi s’agit-il ? Le 4 juillet dernier, sur LCI, l’ex-belle-fille de Simone Veil est interrogée sur ce fameux plan pauvreté qui doit sortir incessamment sous peu. « En théorie, la semaine prochaine ? », demande le journaliste. Réponse du ministre, accompagnée d’un large sourire : « En théorie, la semaine prochaine. » Et puis, après quelques hésitations : « Ça dépend peut-être aussi des matchs de l’équipe de France… Normalement, ce plan devrait être présenté autour du 10 juillet, mais nous verrons si l’équipe de France est en demi-finale ou pas… » Re-large sourire du ministre : très important, le sourire. Mme Buzyn a dû apprendre cela lors des séances de média training. Il est vrai que les presque neuf millions de pauvres de ce pays (selon les données de l’INSEE) ne sont pas à une semaine près. Mais, on l’aura compris, ce n’est pas le plan qui est important – un plan qui sera probablement une belle coquille vide – mais l’annonce du plan. En pleine euphorie footballistique, il est évident que cela risquait de faire un flop.

Le Président, en découvrant les propos de son ministre, au retour de son voyage en Afrique, serait devenu tout colère. « Comment peut-on sortir des conneries pareilles ? C’est n’importe quoi ! Non seulement ils n’ont pas fait le boulot, mais ils me font porter le chapeau ! Mais ils sont dingues ! », se serait exclamé Emmanuel Macron. Faut reconnaître que, sur ce coup-là, on ne peut qu’être d’accord avec l’hôte de l’Élysée. Dévoiler ainsi les secrets de la communication gouvernementale et présidentielle révèle une part de naïveté et un manque de sens politique qui peut émouvoir les plus indulgents et consterner les briscards de la politique. Il est vrai que Mme Buzyn n’est pas une pro de la politique. Prenez Gérard Collomb, qui fait ça depuis des décennies : avec lui, même quand c’est gros, ça passe. Voyez sa sortie sur le 80 km/h. C’est un métier, quoi !

Toujours selon Le Canard, le ministre aurait donc fondu en larmes devant le Premier ministre et certains de ses collègues ministres. Le Canard ne nous dit pas si Marlène Schiappa était présente pour assurer le soutien psychologique. Culture du résultat, management, évaluation. La pauvre Mme Buzyn découvre à ses dépens que dans la start-up Macron, si on s’appelle par le prénom et se claque la bise à la machine à café, la brutalité n’en est pas moins présente. Néanmoins, Emmanuel Macron ira-t-il jusqu’au bout dans sa logique entrepreneuriale en appliquant cette maxime tirée du film Les Trois Frères ? « L’entreprise, c’est comme une montgolfière : pour prendre de l’altitude, il faut lâcher du lest. » Pas certain, car la politique, ce n’est pas tout à fait comme l’entreprise : virer un ministre c’est un peu se désavouer. Et l’on a bien compris qu’Emmanuel Macron veut bien porter le chapeau à plumes mais pas celui à grelots. À défaut de plan pauvreté, vite, un plan pour sauver la pauvre madame Buzyn !

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