Blog - Editoriaux - People - Politique - Théâtre - 13 juillet 2018

Marlène Schiappa interviewe Claire Chazal : que ça à faire, au secrétariat d’État ?

« Marlène Schiappa, la touche-à-tout de 34 ans du gouvernement », titrait Le Figaro madame en mai 2017, avant de brosser un portrait dithyrambique de la toute nouvelle secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes.

Une touche-à-tout, donc, et sur tous les ponts. Un soir au théâtre Bobino à déclamer les Monologues du vagin , un jour à San Francisco où la Gay Pride n’attendait plus qu’elle pour se mettre en marche ; un jour chez Ruquier à titiller un Jean-Claude Van Damme cependant en pleine forme, et même au Parlement où elle tue le temps, en compagnie de copains, en se tirant le portait. Mais rien ne l’arrête, l’ex-blogueuse. La voici aujourd’hui, pour Paris Match, « intervieweuse » d’une journaliste, ex du 20 heures.

Car les Français les attendaient depuis si longtemps, les avis de Claire Chazal sur « sa carrière, son regard sur #metoo, son rapport à la maternité, son engagement pour les droits #LGBT+, et sa vision sur l’émancipation des femmes », qu’il fallait bien que quelqu’un, enfin, s’y colle ! Les journalistes Léa Salamé et Apolline de Malherbe ayant décliné pour cause d’agenda blindé, le journal a donc pensé à… la secrétaire d’État.

D’accord, la chroniqueuse a de l’énergie à revendre mais sa fonction ne la prendrait-elle que fort modérément pour qu’elle occupât son temps à des activités, disons-le sans détour, sans intérêt ? Des internautes, d’ailleurs, l’ont raillée : « Bonne continuation, hâte de lire vos carnets de voyage et votre guide du routard de la France. »

Eh bien, quoi ? Pas le droit de s’interroger quant aux exigences attendues d’un poste ministériel payé avec les deniers des contribuables ? Car si l’auteur de Les filles bien n’avalent pas n’a pas la langue dans sa poche, en revanche, l’humour n’est pas son point fort. La finesse non plus. Se remettre en question ? Vous n’y pensez pas ! Vu du haut de ses escarpins rouges, les critiques à son encontre ne peuvent venir que du « mépris agressif d’une petite caste pour les gens lisant Paris Match, regardant TPMP… » Sympa pour Paris Match

Mais qui fait montre de « snobisme » quand il traite les ouvrières d’« illettrées », les manifestants de « fainéants » ou encore, quand il compare « ceux qui réussissent à ceux qui ne sont rien », si ce n’est son patron, Emmanuel Macron ?

Marlène, tenons-nous-le pour dit, a été promue pour « sortir des codes ». À savoir que ce n’est pas parce qu’on a été nommée secrétaire d’État qu’on doit faire son boulot de secrétaire d’État, na ! Surtout qu’une secrétaire d’État doit travailler la majeure partie de ses journées dans son bureau, plancher sur ses dossiers, recevoir qui de droit, et cela engendrerait chez elle la « déconnexion de la classe politique des citoyens ». Et ça, Marlène ne le supporterait pas. Claire Chazal, 25 ans au 20 Heures du journal télévisé qui réclamait 3,5 millions d’euros d’indemnités de licenciement, la mieux placée pour représenter les citoyennes de la vraie vie, qui l’eût cru…

Ah, Marlène n’est pas Françoise – Françoise Giroud ! Première femme à avoir été nommée à la Condition féminine, réputée être un bourreau de travail, la langue française, elle savait la manier, celle qui se considérait – en 1974 ! – comme « une femme libre ». « À travailler, on s’ennuie moins qu’à s’amuser », disait-elle. À l’Égalité femmes-hommes en 2018, cela ne saute pas aux yeux…

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