Football

Les stars du football sont-elles les gladiateurs du XXIe siècle ?

 

On peut aimer les matchs de football, les attaques bien construites, les tirs habiles des joueurs, l’ambiance même qui règne parmi les supporters, quand ils n’en viennent pas aux mains : ce sont les beaux côtés de ce sport populaire. Mais quand on voit les excès qui accompagnent l’arrivée de Neymar à Paris, on en vient à se demander s’ils ne sont pas le signe d’un déclin de civilisation ou, en tout cas, du triomphe de l’argent roi.

Dans la Rome antique, de hauts magistrats offraient au peuple des combats de gladiateurs. Histoire de montrer leur puissance et d’assurer la paix sociale : plus on se passionnait pour les combats dans l’arène, moins on s’intéressait au reste, notamment à la politique. Le peuple se divertissait, oubliait sa condition, s’étourdissait dans le spectacle. « Panem et circenses », écrivait le poète latin Juvénal, dans l’une de ses satires, jugeant ce phénomène.

Il y a deux mille ans, comme de nos jours pour les compétitions sportives, les combats de gladiateurs avaient leurs stars, qui soulevaient la passion de leurs fans ; les hommes hurlaient, les femmes se pâmaient ; les bibelots divers (produits dérivés de l’époque) faisaient l’objet d’un commerce lucratif. Les écoles de gladiateurs connaissaient aussi leur mercato avec des transferts qui impliquaient un investissement considérable. Bref, beaucoup de points communs avec la situation d’aujourd’hui : du marketing avant l’heure !

L’arrivée de Neymar à Paris en est un exemple probant dans la démesure. Vendredi, une file d’attente impressionnante se presse devant la boutique officielle du PSG pour acheter le maillot de la star, avec son numéro 10. Moins de trois heures après l’ouverture, rupture de stock : le PSG aurait vendu, en une seule journée, les 10.000 maillots disponibles. Au prix moyen de 100 euros, cela fait déjà une belle somme.

La foule des fans se presse pour accueillir le champion, mais peu d’entre eux l’aperçoivent. Pour entrer au Parc des Princes, le joueur brésilien, aussi protégé qu’un chef d’État, est passé par un parking. Ils auraient pourtant voulu l’approcher, recevoir un autographe pour l’afficher dans leur salon, le toucher dans l’espoir d’un miracle. Justement, après une victoire, il aime s’exhiber avec le bandeau « 100 % Jésus » ! Voilà qui le rapproche de Macron, l’homme providentiel qui veut sauver le monde.

Lui va se contenter de sauver le PSG, chercher à le hisser à la hauteur des plus grandes équipes internationales : cela vaut bien un peu d’argent, non ? Car, dans cette affaire, l’argent coule à flots. Le football doit être aussi rentable qu’une grande entreprise du CAC 40. C’est facile, c’est cher, mais ça peut rapporter gros.

Le Qatar n’investit pas seulement dans les banlieues ou dans notre patrimoine immobilier, il investit aussi dans le sport : voudrait-il se donner une image de mécène ? Selon France Info, le montant du transfert s’élèverait à 402 millions d’euros, sans compter les cotisations sociales. Quant au joueur brésilien, il touchera, chaque semaine, l’équivalent d’une vie entière de SMIC. Il est vrai que le Qatar est un banquier aux ressources inépuisables. Le gouvernement, qui cherche de l’argent gratis pour boucler son budget 2017, pourrait solliciter un don ?

Même nos politiques s’en mêlent. Gérald Darmanin, notre ministre de l’Action et des Comptes publics, est aux anges : les caisses de Bercy vont se remplir. « Si effectivement Neymar vient dans un club français, alors le ministre des Comptes publics se réjouit des impôts qu’il va pouvoir payer en France », a-t-il déclaré, jeudi matin, sur les ondes de France Inter.

Les stars du foot sont bien, comme les gladiateurs d’antan, des stars du business. À cela près que, sauf accident, ils ne risquent pas leur peau.

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