Européennes : la fin du monde politique bipolaire…

Écrivain

Ancien grand reporter au Figaro Magazine

 

Le repoussoir populiste ne fonctionne plus. À entendre nos politiques affolés, le spectre de la droite – pire, de l’extrême droite – hanterait les isoloirs, vestibules des urnes où, le 25 mai, les eurosceptiques déverseront leur excès de bile.

Avec l’échéance européenne – une fuite en avant dans la déconstruction des nations – s’ouvre en France la perspective d’une fin de monde politique bipolaire. À savoir la fin du condominium PS/UMP. Contraintes et forcées, les vierges effarouchées de l’antifascisme se voient, par conséquent, dans l’obligation de changer de registre. L’épouvantail ne sème plus la peur comme jadis.

Bref, les anathèmes ont fait long feu. Aussi vient-on de voir, plutôt discrètement, le « front républicain » de la bien-pensance voler en éclas. Mais ne comptez pas sur les grands médias pour s’en indigner comme hier ils le faisaient encore. Mieux vaut émettre des nuages d’encre en surmédiatisant le marcheur Kerviel… ce commode bouc émissaire utile à masquer les turpitudes systémiques de la Société générale. Des défaillances chroniques qu’une justice presbyte n’est pas parvenue à discerner.

Inutile, d’ailleurs, de crier blasphème à propos de la contestation des jugements qui le frappent. L’idolâtrie de la justice n’est pas de mise. Une récente affaire, vite expédiée par le Conseil d’État, en témoigne. Reste que l’affaire Kerviel met le doigt sur la plaie. À savoir les pratiques délétères des « salles de marché » révélatrices de la responsabilité des banques (et de la classe politique qui les couvre) dans la crise économique mondiale ! Par la faute de Kerviel, l’on sait maintenant que la « finance casino » n’est pas une formule purement rhétorique, mais la réalité toute crue. Ce pourquoi Kerviel doit payer. Or contrairement à ce que dit le ministre Sapin, le plus escroc des deux, de l’opérateur ou de l’institution bancaire, n’est peut-être pas celui qu’ont condamné derechef les cours de justice.

Retour sur image. Coup sur coup, Mme Le Pen, sans qu’oncques mot ne soit pipé, s’est fait adouber par les deux grands partis d’alternance. Le 14 mai, M. Copé, ci-devant patron de l’UMP, débattait sur la chaîne LCI avec icelle une pleine heure d’horloge. Deux jours plus tard, au prétexte de consultation relative à la « réforme territoriale », celle-ci était cette fois reçue par le chef de l’État au palais de l’Élysée. Lequel vient d’enregistrer un nouveau et impressionnant record d’impopularité avec 78 % d’opinions défavorables. Bref, la politique du « pas de dialogue avec ces gens-là » qui avait prévalu ces trente-cinq dernières années semble, pour le coup, morte et enterrée.

Mais indépendamment de la montée dans les sondages du parti Bleu Marine, croissance proportionnée à la poussée tellurique du mécontentement populaire, que signifie un tel revirement ? S’agit-il, dans l’urgence, de neutraliser le mouvement Bleu Marine en passe d’accéder au rang de premier parti de France à l’issue des européennes ?

En vérité, ceux qui montent croisent souvent ceux qui descendent. C’est ce qu’en substance nous dit le député UMP Lionel Tardy : « Au mois de juin, l’UMP n’existera plus, ce sera une coquille vide… » Ajoutant « Copé n’aura plus que sa centaine de millions de dettes pour pleurer. » Concluant, lapidaire : « Copé n’a plus rien à faire à la tête de l’UMP. » Saine ambiance ! Mais, au final, qu’est-ce à dire ? Que M. Hollande, à bout de souffle et de ressources, jouera sa dernière carte, la dissolution ? Que l’UMP connaîtra le sort qu’elle avait longtemps auguré pour le Front national, l’éclatement ? Bref, les mois à venir devraient être chauds, riches en surprises et en recompositions diverses et variées. Que le ciel nous tienne en joie !

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