Quand François Hollande « prend le thé » à la Grande Mosquée de Paris

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

C’était, lit-on, une « visite imprévue ». Après la cérémonie officielle d’hommage aux victimes des attentats de janvier place de la République, François Hollande s’est invité à « prendre le thé » à la Grande Mosquée de Paris, flanqué de Bernard Cazeneuve.

Plus qu’une visite imprévue, c’était surtout une visite incongrue. Mais que sont-ils donc allés bricoler là-bas ?

Bernard Cazeneuve, la veille, déjà, ne s’était-il pas rendu dans une mosquée de Saint-Ouen-l’Aumône, dans le cadre des journées portes ouvertes ? Ce n’est plus de l’amour, c’est de la rage. Quand on devient collant à ce point, cela frise le harcèlement.

Et pourquoi donc la cérémonie d’hommage aux attentats de janvier devait-elle se clôturer à la Grande Mosquée puisqu’il est entendu, établi, prêché par l’épître de saint Padamalgam aux Parisiens qu’il n’y a rigoureusement aucun rapport entre l’islam et les attentats de Charlie Hebdo, perpétrés, on a formellement identifié les coupables, par les loups solitaires Barbarie et Terrorisme ? Quelle drôle d’idée, donc, d’aller maladroitement recréer des liens, même pour les dénier ?

Plus qu’une visite imprévue, c’était une visite imprévoyante. Légère. Inconséquente.

Imprévoyante parce qu’Henri Guaino, qui a réagi vigoureusement à cette visite, a bien sûr raison : Hollande « accrédite » ainsi la « stigmatisation des musulmans ».

Lorsque, tous les jours, le médecin vient tâter votre pouls, vous scruter le fond de l’œil et compatir, l’air grave, à vos petites misères, il finit par vous rendre définitivement hypocondriaque : c’est quand même lui, le toubib ! Si François Hollande lui-même vous répète qu’on vous en veut, qu’on vous stigmatise, qu’on vous amalgame, c’est que ce doit être vrai. Puisqu’il le dit.

C’est quand même lui le Président.

Légère parce que quelques heures plus tôt – en tant que ministre des Cultes, Bernard Cazeneuve ne pouvait l’ignorer -, deux églises en Seine-et-Marne avaient été incendiées, par une main criminelle qui, non contente de brûler des œuvres d’art classées, avait volé l’Enfant-Jésus dans la crèche et profané des hosties consacrées en les jetant au sol. Mais Bernard Cazeneuve est ministre des Cultes comme Madame Lepic est mère. Poil de Carotte a un œil au beurre noir, mais c’est avec l’autre, le préféré, que l’on va prendre le thé en devisant gaiement. Ce n’est que 24 heures plus tard qu’il s’avisera de se rendre sur les lieux du sinistre. Ce n’est pas ainsi, non, que l’on réconcilie les fratries.

Inconséquente parce que dès lundi, un autre incident venait émailler l’actualité : un professeur juif était l’objet, à Marseille, d’une agression à la machette par un adolescent se réclamant de l’État islamique. Et si – c’est benêt – on n’avait pas été prendre le thé avec les plus stigmatisés ?

Plus qu’une visite imprévue, c’est une formidable bévue. Qui convainc les uns, pour le plus grand bonheur de Daech, qu’ils font l’objet de brimades insupportables – puisque même le gouvernement français le reconnaît ! – faisant germer rancœur et esprit de revanche, et indigne les autres qui rongent leur frein, exaspérés de tant de déférence, comparée à tant d’indifférence à leur endroit.

Ce qui est surtout imprévisible, c’est l’issue de ce cocktail explosif d’aigreur et d’injustice, que ce gouvernement aura savamment dosé.

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