Éric Zemmour, dans sa longue entrevue avec les journalistes de Valeurs actuelles (n° 4367/4368, août 2020), a dit ne « pas [en] être encore à rédiger un programme présidentiel ». Mais il a accepté néanmoins de « jouer à ce jeu-là » avec les journalistes qui le questionnaient. Venant de cette personnalité rompue aux finesses des échanges du journalisme politique, au beau milieu du champ de mines médiatico-judiciaire, ce « pas encore » ne dit-il pas ce qu’il veut dire : « Le jour viendra peut-être », voire carrément « Un jour viendra » ?

Le diagnostic sur l’état de la France par Zemmour est connu, rodé, solide et si évident que tous ceux qui se sont essayés à le contester se sont plus ou moins effondrés, voire ridiculisés. Même si le personnage irrite certains, si la formulation est raide, ce qu’il dit est désormais partagé par une majorité de Français, y compris ceux qui sont issus de l’immigration et se sont assimilés, conformément au contrat social de toute immigration.

Zemmour dit que la France doit revenir à sa situation culturelle, politique, économique et sociale des années 60. Mais il pourrait ainsi offrir son flanc à une critique (superficielle) arguée de passéisme. Pourtant, avant 1968, la France connaissait et respectait ses valeurs de vie (y compris familiales, et sociales avec le projet de participation) ; elle était puissante et très prospère économiquement, indépendante politiquement, souveraine militairement, respectueuse de sa culture et respectée pour cela, et elle portait des idéaux de démocratie dans le monde entier. Depuis ce pic de puissance et de rayonnement, elle a subi une décadence continue, à large spectre, avec, parmi les conséquences, une paupérisation dramatique des classes moyennes, un effondrement des piliers du service public et des prérogatives régaliennes. Car ce recul pathétique de l’intellection globale ne peut entraîner que des conséquences négatives. Les Français soit ne raisonnent plus soit raisonnent faux…

La potion Zemmour est un remède de cheval ! Peut-être pensera-t-on qu’il a tort de l’exposer à sa rude façon, sans fioritures, mais au moins cela est-il très clair même si on frise parfois l’utopie : suppression du regroupement familial, non-entrée sur le territoire national de l’époux étranger, renchérissement des études des étudiants étrangers, suspension du droit d’asile, suppression du droit du sol, fin des allocations pour les étrangers, suppression de la double nationalité pour les non-Européens (c’est, d’ailleurs, le cas dans beaucoup de pays, notamment du tiers-monde), expulsion des délinquants étrangers, extension des cas de déchéance de nationalité, fermeture des mosquées salafistes et radicales, suppression du droit d’ester en justice pour les associations étrangères, rétablissement de la loi sur les prénoms français.

Même s’il ne le dit pas, on suppose que Zemmour fera de la reconstruction du système judiciaire discrédité une de ses priorités, de même que le rétablissement d’une instruction publique au niveau de ce qu’elle fut.

En revanche, de grands sujets demeurent effleurés ou même ignorés : « Une véritable politique industrielle », certes, mais le « comment » est bien plus complexe. Quant à l’OMC, la Bourse, la finance, l’, il n’en est pas question. Éric Zemmour est-il capable de fédérer des talents pour remplir les case vides ? Est-il en mesure de créer un tel mouvement d’opinion qu’il balaiera les politiciens de métier ? D’effacer ou de faire renoncer Marine Le Pen ? De s’allier avec, ou de dépasser, Michel Onfray ? De fédérer la droite volontariste ? De battre Macron au second tour ? À ce jour, cela semble impossible. Mais si, comme on peut le redouter avec quelques raisons, la France post-confinée ou reconfinée s’effondre économiquement et socialement comme cela ne lui est jamais arrivé (sauf pendant la guerre de 39-45), une éruption de gilets jaunes poussés à l’émeute par la misère, bien plus violente que la première, peut tout rendre possible : le pire et le meilleur.

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