Retour de l’exigence au bac : quand Édouard Geffray joue Merlin l’enchanteur
À l'approche du baccalauréat, Édouard Geffray, septième ministre de l'Éducation nationale sous le second mandat d'Emmanuel Macron, demande plus d'exigence dans la correction des examens : « Toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne du baccalauréat », a-t-il indiqué, lors d’une conférence de presse, le 19 mai. Enfin ! serait-on tenté de dire, un ministre qui prononce de sages paroles. Que nenni ! On aimerait bien le croire, mais tout donne à penser que ce sont des propos en l'air.
Tout d'abord, on ne peut oublier qu'avant d'être ministre, ce brillant énarque a été pendant cinq ans, de juillet 2919 à juillet 2024, directeur général de l'enseignement scolaire (DGESCO). On ne saurait donc lui dénier une bonne connaissance du système éducatif – contrairement à Élisabeth Borne, qui se vantait de n'être pas une « spécialiste » de la question. Mais que n'a-t-il plus tôt dénoncé le laxisme qui prévaut dans l'enseignement depuis des années ? Au poste qu'il occupait, il aurait pu donner aux cinq ministres qu'il a servis quelque conseil utile en matière d'exigence.
De plus, à supposer qu'on lui fasse crédit de sa bonne foi, qu'il ait enfin pris conscience de ses erreurs passées et cherche sincèrement à les réparer, comment s'imaginer (imagine-t-il lui-même) que ses directives puissent être appliquées ? « Édouard Geffray réactive le totem de l’orthographe pour prouver l’"exigence" de l’examen », titre Le Monde, dubitatif, tandis que la plupart des syndicats y voient, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, « une opération de communication ». Du reste, le ministre prendra-t-il le risque de voir s'effondrer le taux de réussite au baccalauréat ? On peut légitimement en douter.
« L'exigence au cœur de votre mission »
Dans la circulaire de rentrée, publiée au Bulletin officiel du 7 mai, il avait déjà écrit aux professeurs que « l'exigence doit être au cœur de votre mission », comme s'ils étaient responsables du déclin du niveau scolaire. Une façon un peu voyante de dédouaner le ministère, car ce ne sont pas les professeurs qui ont diminué les horaires disciplinaires, qui ont imposé, dans les IUFM et ses avatars, des dogmes pédagogiques aberrants, qui ont fait se succéder les réformes sans même les évaluer.
On ne peut pas, non plus, incriminer les élèves qui, pour la plupart, ont subi, depuis l'école primaire, les ravages d'une politique éducative mal conçue. Les vrais responsables, ce sont les ministres de ces dernières décennies qui ont le plus souvent, volontairement ou par paresse intellectuelle, suivi les modes idéolo-pédagogiques les plus contestables. Ce n'est pas en quelques semaines, ni même en un an, qu'on peut réparer les dégâts. Ce n'est pas par quelques annonces ministérielles que les élèves pourront, comme par magie, acquérir subitement les savoirs et les méthodes qui auraient dû être progressivement développés et consolidés depuis l’école primaire. Il faut du temps et une autre politique pour rehausser le niveau scolaire et le niveau du baccalauréat !
Si j'osais lui prêter quelque arrière-pensée, je dirais volontiers qu'Édouard Geffray sent le vent tourner et qu'en bon technocrate, il sait s'adapter aux circonstances. Si j'étais insolent, j'ajouterais que ce ministre est conscient des insuffisances de l'enseignement public et qu'il n'a d'ailleurs pas hésité à inscrire ses enfants dans l'enseignement privé, tant il est vrai que, chez nos dirigeants actuels, l'école publique est toujours assez bonne pour les enfants des autres. Le ministre actuel n'a aucunement l'ambition de restaurer le niveau scolaire, il cherche à abuser l'opinion, il se contente, comme d'habitude, de faire semblant.
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40 commentaires
Ce serait bien que notre ministre commence par le commencement, en partant de la maternelle jusqu’au BAC, revoir toutes les bases de l’enseignement pour atteindre un niveau respectable d’ici quelques années. On ne decide pas du jour au lendemain que tous les élèves doivent écrire correctement le Français quand l’education nationale dans son ensemble ne leur a pas enseignée les bases.
C’est trop tard! Comment résoudre en 1 mois 7 ans de laxisme, (du CP à la terminale) ? Laxisme voulu par les différents ministères.