Arcom 2026-2028 : un inquiétant projet de contrôle des médias français

Sans complexe, l'Autorité vise la mise sous tutelle administrative du monde audiovisuel et numérique français.
@wikimedia commons
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Une volonté de contrôle tous azimuts. Dans un long rapport publié ce mardi 19 mai, l’Arcom dévoile son « projet stratégique à horizon 2026-2028 ». L’autorité de régulation y détaille ses ambitions et sa vision de ce que devrait être l'espace médiatique français au sens large. Sans complexe, elle annonce vouloir « poursuivre sa transformation » et étendre son action « au-delà du rôle de gendarme de l’audiovisuel auquel elle est trop souvent réduite ». « À la nécessité d’une plus forte régulation des plates-formes en ligne, à l’échelle européenne et nationale, pour protéger les individus, se conjuguent les risques induits par les désordres informationnels pour notre démocratie », se justifie, en introduction, le président de l’Arcom, le socialiste Martin Adjari.

Pour arriver à ses fins, l'Arcom se dote de nouveaux objectifs pour les années à venir. « Une feuille de route ambitieuse, pour un paysage audiovisuel et numérique en pleine mutation », est-il annoncé. Le premier de ces objectifs est de « contribuer à une meilleure protection des publics » sur Internet, et notamment des mineurs. Protéger les enfants des contenus islamistes ou pornographiques, quoi de plus noble ? Sauf que, comme souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions. La « protection des mineurs » sauce Arcom repose sur la vérification de l’âge non pas des enfants mais de l’ensemble des utilisateurs d’Internet. Quel service sera chargé de collecter les identités et coordonnées de ces millions d’internautes ? Avec quel niveau de confidentialité ? Au vu des graves fuites de données personnelles qui ont eu lieu, ces derniers mois, sur des sites gouvernementaux, il y a de quoi s’inquiéter ou, a minima, se poser quelques questions.

Une liberté d’expression menacée

Surtout, ce projet choque par sa volonté manifeste de museler l'espace public numérique français et de faire de l’Arcom le juge des opinions autorisées. S’il prétend « garantir la liberté d’expression et la libre communication des idées », c’est bien l’inverse qui semble recherché. L’« objectif 2 » du projet porte ainsi sur la lutte contre la « haine en ligne », mais aussi contre les « dynamiques haineuses, y compris diffuses », grâce à la mobilisation d’un mystérieux « observatoire dédié »… Qu’est-ce donc qu’une « dynamique haineuse diffuse » ? La critique de l’immigration entrerait-elle, par hasard, dans cette étrange catégorie non définie ? On se demande bien.

Tout aussi inquiétant, l’objectif 5 annonce le soutien économique des « médias producteurs d’une information professionnelle ». Au nom de quoi l’Arcom serait-elle fondée à favoriser certains médias plus que d’autres ? Par ailleurs, quels critères une information doit-elle remplir pour être considérée comme « professionnelle » ?

Même flou sur l’objectif 6, qui promet la mise en œuvre d’un nouveau cadre en matière de « pluralisme interne ». En réalité, on comprend entre les lignes que l’Arcom va se plier à une décision rendue en 2024 par le Conseil d’État, saisi par l’officine gauchisante Reporters sans frontières, qui lui demandait de faire respecter le pluralisme au sein des chroniqueurs et invités de CNews. L’absence totale de « pluralisme interne » à France Inter sera-t-elle, également, dans le viseur de l’Arcom ? On peut en douter.

Enfin, citons l’objectif 8, qui souhaite « contribuer à l’éducation aux médias ». Une mission d’autant plus urgente que, comme l’indique l’Arcom, « plus de 60 % des Français adhèrent à au moins une thèse complotiste ». Là encore, il y a de quoi rester perplexe. L’autorité de régulation est-elle bien légitime à faire le tri entre les informations et distinguer les bonnes des mauvaises ? Ce que la gauche a qualifié par le passé de « thèse complotiste » s’est parfois avéré parfaitement authentique : la généralisation du passe sanitaire pendant l’épisode du Covid-19 ou la présence de terroristes parmi les flux de migrants, entre autres exemples...

De premières réactions inquiètes

Si les politiques ne se sont pas encore emparés du sujet, de nombreux internautes s’inquiètent de ces annonces faites par l’Arcom. Beaucoup y voient un danger démocratique réel. « C’est fou, le temps et l’énergie consacrés à réfléchir à des méthodes pour museler leurs concitoyens », note ainsi un twittos. « Et le tout dans le silence ouaté des pantoufles, ce qui est presque le plus grave », dénonce un autre. « La dictature numérique s’installe sans qu’à aucun moment le Parlement ne s’y soit opposé », déplore un troisième.

Sur X, le lanceur d’alerte JBG a également souligné la dérive autoritaire de l’Arcom qui entend élargir son champ d’action en l’absence de tout contre-pouvoir. « Pas un mot sur le contrôle juridictionnel des décisions de l'Arcom, pas un mot sur les voies de recours pour les éditeurs, plates-formes ou créateurs sanctionnés », déclare-t-il. Un Manifeste pour la liberté d'expression a ainsi été mis en ligne pour dénoncer un « coup d'État administratif » et revendiquer la « liberté à parler, écrire, publier librement » dont devrait bénéficier chaque citoyen français. À méditer.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

50 commentaires

  1. Le regretté Henri Salvador chantait, la chanson suivante reprise de manière déformée par la socialo-macronie:  » faut réguler ! faut réguler ! Avant qu’le ciel nous tombe sur la tête ! Avant qu’le ciel nous tombe sur le nez !!!!
    Il est temps que le ciel tombe enfin sur la tête et sur le nez de l’Arcom et du Conseil Constitutionnel qui vient de remettre en place les ZFE !!!!!
    La dictature des juges !!!! BASTA !!! il est temps que la presse de droite attaque ces institutions anti-démocratiques !

  2. Il faut intégrer dans la constitution française le « bill of rights » issu du premier amendement de la constitution américaine. C’est la seule solution pour abroger les multiples lois liberticides déjà votées et empêcher que de nouvelles qui nous étrangleront avec des concepts aussi flous que les discours de haine, le complotisme, la censure des mensonges, la protection des citoyens des discours inappropriés…etc. L’ARCOM étant ce qu’elle est , la seule solution est de la faire disparaître sinon elle inventera au gré des nécessités politiques toujours plus d’interdictions et d’obligations liberticides. Il faut stopper net cette dérive. Personne ne doit avoir le droit de nous imposer sa vision du bien et du mal.

    • Si il ni y avait qu’eux a dissoudre ; ce pays regorge d’administrations et d’associations touchant d’énorme subventions qui sont à dissoudre ou fermer, ce qui représente au bas mots plusieurs milliards d’économies et de quoi commencer a rembourser la dette.

      • Ce qu’il faut bien comprendre c’est que ces comités Théodule sont à l’origine de la dette !!!! La France est un pays archi corrompu depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir il y a 45 ans !
        La fausse droite n’a pas touché à cela, pour la bonne raison que elle aussi elle en croque ! Elle est donc mal placée pour faire la leçon à la socialo-macrono-escrologie ! Il suffit de voir comment elle s’est comportée pour le choix du nouveau gouverneur de la Banque de France il y a deux jours pour s’interroger sur les accords en sous-main et les éventuels renvois d’ascenceur que cela implique.
        Mitterrand a inventé l’Arcom (mais sous un autre nom). Avec Lang ils ont placé tout une tas de petits copains chargés de la propagande gauchiste !
        Par exemple, Charles Alloncle a soulevé les notes d’hotel à Cannes de la direction de Rance TV ! Et combien d’administrations fonctionnent sur le même principe selon lequel puisqu’il y a un abruti en bout de chaine qui paye, pourquoi se gêner ? Et il ne peut pas y avoir un Charles Alloncle partout !
        En réalité entre les ministères aux choux farcis et autres assoces, ce sont des dizaines de milliards par an qui partent en fumée ! Et ce depuis le 10 mai 81 !

  3. L’Arcom est bien évidemment très critiquable, et devrait selon moi être, au minimum, fortement réformée, voire supprimée. Cela dit, il me semble que certains médias sur internet (comme par exemple B.V ou V.A) ne se gênent pas non plus pour censurer certains commentaires, dont je voudrais bien que l’on m’explique pour quelle raison « on » a estimé qu’ils devaient être censurés….J’dis ça, j’dis rien….

  4. L’ARCOM s’érige en juge et comme le conseil Constitutionnel étend son spectre missionnel. Comme personne ne l’empêche, au contraire on l’encourage, il aurait tort de ne pas le faire.
    Pour ce qui est des 60% des Français qui adhéreraient à des thèses complotistes, comment ne pas y adhérer quand on constate le comportement de l’ARCOM. Empêcher les gens de dire ce qu’ils pensent induit qu’on veut cacher la vérité. Ce sont l’ARCOM et le gouvernement qui suscitent les thèses complotistes.
    Le stade ultime, c’est le régime soviétique avec la Pravda qui dira la vérité.

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