Emmanuel Moulin à la Banque de France. « Une mascarade », « obscène », tempête le RN

La nomination validée de ce proche d'Emmanuel Macron s'ajoute aux précédentes.
@Thomas SAMSON / AFP
@Thomas SAMSON / AFP

Les nominations se suivent et se ressemblent. Le Parlement vient de valider, ce mercredi 20 mai, la volonté du président de la République d’installer un de ses fidèles à la très stratégique Banque de France.

Réunies chacune pour voter, après avoir auditionné l'intéressé, les commissions des finances du Sénat et de l’Assemblée ne se sont pas opposées au choix d’Emmanuel Macron. Paradoxalement, l'addition du résultat des deux chambres fait apparaître 58 voix contre et 52 voix pour. Mais pour que cette nomination fût rejetée, il fallait atteindre un minimum de trois cinquièmes. Si La France insoumise, le Parti socialiste et le RN ont voté contre, les voix des Républicains ont contribué à permettre cette validation que le locataire de l’Élysée désirait ardemment. « Il nous semble qu’il présentait toutes les compétences requises pour occuper ce poste », expliquait, sur Public Sénat, à l’issue du vote, le président du groupe LR au Sénat, Mathieu Darnaud. D’après Les Échos, relayé par Le Parisien, un accord discret aurait eu lieu en échange d’un vote favorable des Républicains : la nomination comme Défenseurs des droits d’un des leurs, le sénateur du Rhône François-Noël Buffet, membre en 2024 de l’éphémère gouvernement Barnier, en charge des Outre-mer.

Indépendance et compétence

Après Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, Marc Guillaume au Conseil d’État, Stéphane Séjourné à la Commission européenne (pour ne citer que les plus emblématiques), voici la farandole des nominations de fidèles du président de la République qui s’allonge. À 57 ans, Emmanuel Moulin est une figure reconnue de la Macronie. Alors qu’il termine une année qu’il vient de passer à l’Élysée au prestigieux poste de secrétaire général de la présidence de la République, il fut directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon et de Bruno Le Maire à Bercy. Auditionné au Sénat puis à l'Assemblée, avant le vote des parlementaires, Emmanuel Moulin s’est défendu de faire partie d’un clan. « Je me tiens devant vous en homme libre, en homme du service public [...] et qui s'engage à exercer ses fonctions en toute indépendance. » L’ancien directeur du Trésor a plaidé sa cause, justifiant une candidature qui n'avait rien d'« exceptionnel » : « Les quatre derniers gouverneurs de la Banque de France avaient eux-mêmes, déjà, été directeurs de cabinet de ministre ou directeur du Trésor avant de prendre leur fonction sans que cela nuise à leur indépendance ni a fortiori à leur compétence. »

« Maquiller la faillite du Système »

« Scandale », « minable », révoltant ». La droite nationale est vent debout. Non seulement il s’agit d’un mandat de six ans, renouvelable une fois, qui durera a minima, donc, durant tout le prochain quinquennat, mais cette nomination ressemble à un calcul malicieux, pour ne pas dire machiavélique, de la part du chef de l’État. Pourtant détenteur d’un mandat dont le terme était l’automne 2027, François Villeroy de Galhau avait annoncé, en février dernier, à la surprise générale, mettre un terme à ses fonctions en juin. Il laissait donc une place vacante, permettant à Emmanuel Macron de procéder à une nouvelle nomination à un poste stratégique dans la conduite de l’État.

« Emmanuel Macron a fait démissionner l'ancien gouverneur et vous a mis à la tête de la Banque de France, s’offusque, en séance, Jean-Philippe Tanguy, qui dénonce une mascarade. Monsieur Macron place ses copains pour maquiller la faillite du Système. » Le député RN de la Somme a reproché aux Républicains d’être la « courroie de transmission du système et du lobby bancaire ». « Premier collaborateur de Le Maire, Attal puis Macron, Emmanuel Moulin est la dépendance politique incarnée, parfaitement contre-indiquée pour la fonction, s’indigne la députée du Var Laure Lavalette. Le prix du silence de LR, cette fois : un poste pour Buffet. Obscène. » « M. Retailleau et ses alliés ont encore une fois trahi les Français en échange d'un poste », analyse la députée de Gironde Hélène Laporte.

« Une nouvelle fois, Emmanuel Macron place ses proches aux postes clefs de nos institutions, verrouillant méthodiquement l’appareil d’État avant l'élection présidentielle de 2027, s’émeut le député de l’Aisne Eddy Casterman. La Banque de France mérite une direction indépendante, au service de la souveraineté économique de notre pays et non une béquille du macronisme finissant. » Celui-ci claudique mais ne se rend pas.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

132 commentaires

  1. Je ne sais pas ce que vaut ce monsieur mais, au niveau économique, comme les LR, je ne fais pas plus confiance au RN qu’à Macron. Il est donc envisageable que l’accord des LR ne soit pas un acte de basse-politique mais un acte en conformité avec leurs convictions économiques. Sur le régalien, le RN devrait, en revanche, faire bien mieux que Macron (pas difficile).

  2. Nous savions que les L.R avaient perdu toute dignité , mais là il faut reconnaitre qu’ils sont allés très très fort . Ces gens sont des tartufes , des traîtres ,ils ne méritent surtout pas la confiance des Français . Il faut impérativement balayer ces gougnafiers de « échiquier » politique aux présidentielle ….Les L.R sont a l’agonie ,ils sont près a toutes les compromissions pour un mandat . Il sont en parti responsable de la déliquescence de la France .

    • Ne généralisez pas. Retailleau a des convictions et, contrairement, à la plupart des hommes politiques actuels il ne fait pas semblant: il cherche à avoir des résultats. Suspendre la réforme des retraites, pourtant bien modérée, est une décision clairement démagogique et porteuse de grosses difficultés.

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