Loi de programmation militaire : depuis hier, un budget pour nos armées…

Il s’agit donc d’un premier pas encourageant vers une remontée en puissance des capacités de la France.
militaire français

Depuis des mois, la situation traînait. Il faut croire que l’empilement des crises a fini par décider la représentation nationale : hier, mardi 19 mai, l’Assemblée nationale a voté l'actualisation de la loi de programmation militaire. Ce texte, qui fixe les orientations budgétaires de la défense française jusqu’en 2030, avait été adopté en 2024. Il s’agissait de le réviser en ajoutant 36 milliards au budget initial pour porter à 436 milliards d’euros l’effort de défense que consent notre pays pour se réarmer.

Selon le ministre des Armées, Catherine Vautrin, qui s’est évidemment félicité de l’adoption de cette rallonge, « cette loi permet de répondre à l’accélération de la menace ». Répondre à son développement serait plus juste : la menace ne s’accélère pas. Elle est à nos portes depuis que Daech, en Syrie et en Irak, a décidé de porter la guerre sur notre sol, c’est-à-dire depuis dix ans. La guerre en Ukraine et la tornade de l’opération Epic Fury n’ont fait qu’ajouter de nouveaux risques, dans un contexte déjà particulièrement dégradé.

Remontée en puissance

Fondamentalement, le format des armées ne changera pas. 210.000 militaires d’active (un peu moins de cinq fois le Parc des Princes), 225 avions de combat, 15 frégates de premier rang : c’est un modèle compact, dû notamment aux dissolutions à la chaîne, sous Chirac et surtout sous Sarkozy. En revanche, c’est dans le domaine matériel que les armées françaises décident de monter en gamme avec ce surcroît de moyens financiers : munitions et obus, deux domaines dans lesquels nous avons perdu notre capacité de production souveraine… et surtout les drones, devenus, depuis les développements du conflit ukrainien, l’arme par excellence des conflits contemporains. En avril, Zelensky a annoncé qu’une unité ukrainienne entièrement composée de drones avait remporté une bataille contre des soldats russes ; sans une seule perte humaine, donc. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est déjà la réalité.

Et puis, surtout, il y a cet article qui change tout, et qui constitue un tournant de réalisme, dans notre pays jusqu’ici marqué par le règne de la norme tatillonne et la déconnexion du réel (un cocktail très français). « Sur tout ou partie du territoire national, par décret en Conseil des ministres en cas de menace grave et actuelle », un régime d’exception pourra être décrété, notamment pour permettre à la France de s’affranchir de ses propres normes, notamment en termes d’environnement ou d’urbanisme, dans le cas où il aurait besoin de stocker du matériel ou de construire de nouvelles infrastructures. Évidemment, LFI et Les Écologistes, outrés par ce passage dans lequel ils voient une forme de dictature, ont voté contre.

Pourtant, ce n’est que le nécessaire premier pas vers une politique qui doit devenir plus générale. Si la menace contre la France devient « grave et actuelle », comme dit le texte, il faudra en venir à des réquisitions (d’usines, de chaînes de production, de camions, d’essence, etc.) et même à la mobilisation d’une partie de la population. Ce sera coercitif, ce sera probablement terrible à certains égards, et ceux qui nous souhaitent « une bonne guerre » sont vraiment des imbéciles. Mais ce qui est certain, c’est que pour gagner, une armée de métier à 200.000 hommes et femmes ne suffit pas…

Les chiffres du ministère annoncent que la force opérationnelle terrestre se compose de 77.000 personnes. En Ukraine, le régime de Kiev aurait perdu entre 100.000 et 140.000 soldats au combat, les Russes 1.350.000 (chiffres difficiles à vérifier). Le funèbre calcul est vite fait.

Il s’agit donc d’un premier pas encourageant vers une remontée en puissance des capacités de la France. Espérons, maintenant, que cette loi de programmation militaire, qui doit être révisée chaque année, ne fera pas les frais de la prochaine élection présidentielle…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 22/05/2026 à 17:59.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

35 commentaires

  1. Personnellement, j’estime que la seule chance pour la France de recouvrer sa pleine souveraineté en matière de défense et de reprendre en mains son destin est de sortir définitivement du joug de l’Union européenne et de l’OTAN, instrument de la domination US.
    Une fois libéré de cette double vassalisation euro-atlantique, notre pays doit se consacrer exclusivement à la protection de son sanctuaire national métropolitain et d’outre-mer. Notre pays n’ayant aucune vocation impérialiste contrairement aux USA de Trump, tout doit être axé, financé et organisé sur la seule défense de la France par la France, et rien d’autre. Même si son armée est insuffisante au plan conventionnel, la force militaire de la France est immense et crainte, car elle est le seul Etat de l’UE à disposer d’une dissuasion nucléaire nationale composée de 290 têtes d’une puissance cumulée de 39.000 kT, soit celle de 2.600 bombes d’Hiroshima. Avec un tel arsenal, nous ne craignons rien ni personne.
    Contrairement à l’Allemagne ou l’Italie, nous n’avons nul besoin du parapluie nucléaire américain.
    N’oublions pas que les alliances internationales sont mortifères, et nous ont valu l’entraînement de notre pays dans les 1° et 2° Guerres mondiales. Je n’ai pas du tout envie que la France soit embarquée dans un désastreux conflit atomique avec la Russie à cause de l’Ukraine, l’Allemagne, la Pologne, la Finlande ou les pays baltes. Mon avis est qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné.

  2. « Faire des normes » , et savoir « s’en affranchir », c’est trop beau. Presque trop français.

  3. si « le ministère » annonce « 77000 personnes opérationnelles », c’est probablement que le parc des princes pourrait accueillir tout le monde.

  4. C’est vriament réel ou va y avoir des coupes à venir encore…parce que LFI et con(s)sorts n’aiment pas…

  5. Pendant ce temps, selon le ministre estonien de la Défense, Hanno Pevkur, le coût des équipements militaires en Europe a augmenté de plus de 50 % en deux ans, dans un contexte de forte hausse des dépenses de défense au sein des pays de l’Otan. Selon lui, la progression rapide de la demande en armes et en équipements militaires exerce une pression directe sur les prix. Des matériels achetés il y a deux ans coûtent désormais 50 à 60 % plus cher lorsque les États cherchent à en commander davantage. La berezina !

  6. Quand on ne connaît rien au sujet, la sagesse recommande de se taire ce que devraient faire nombre de commentateurs de cet article !

    • Les commentaires sont parfois aussi faits pour informer les autres ..
      .alors posez vous,et expliquez nous ce que nous ignorons…

  7. Rien que oser écrire : »Si la menace contre la France devient « grave et actuelle », comme dit le texte, il faudra en venir à des réquisitions (d’usines, de chaînes de production, de camions, d’essence, etc.) et même à la mobilisation d’une partie de la population » est d’une violence sans nom ! …
    Allez Arnaud, pose ta plume ! … Mets en une bien visible et vas y en premier ! …
    La caste médiatico-politique est à vomir ! …

Commentaires fermés.

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